
qui, à partir du Rhône, remonte bien avant dans le Valais (pl. I), montre le travail
qu’a déjà accompli le fleuve.
Le lac du Bourget a été aussi singulièrement diminué par le Rhône qui, à peine
épuré par le lac de Genève, redevient fleuve glaciaire par sa jonction avec l’Arve.
Autrefois ce lac remontait au nord jusque vers Seyssel, il venait baigner les flancs
du Colombier et se recourbait du côté d’Yenne en occupant l’espace où se trouvent
aujourd’hui les marais de Lavours. Les molards de Vions, de Chàtillon, de Lavours,
formaient des îles dans cette petite mer intérieure au contour capricieux. Mais le
Rhône qui, à cette époque, débouchait directement dans le lac, en a comblé toute
la partie supérieure; si bien qu’à présent il n’est même plus son affluent; il passe
à côté de lui, sur le delta qu’il y a déposé, et recueille les eaux de son émissaire.
Toutefois, pendant environ soixante jours par an, il se déverse encore dans le lac par
le canal de Savières1. La figure 145 représente la partie aval du lac prise delà montagne
de la Chambotte ; on y voit le Rhône couler à la surface de la plaine qu’il a
conquise sur le lac.
Le même phénomène s’est passé au lac d’Annecy, qui autrefois s’étendait jusque
vers le pied de la montagne de la Balme et que le Fier a en partie comblé. La
grande plaine des Fins, qui se développe au nord du lac, est bien un delta du Fier ;
on y trouve en effet, dans la profonde entaille que cette rivière s’y est creusée, les
couches inclinées caractéristiques des deltas torrentiels. Nous aurons l’occasion de
revenir sur ce point. A présent le Fier a complètement cessé d’être l’affluent du
lac ; il reçoit au contraire ses eaux par l’intermédiaire du Thiou.
Les exemples de pareils comblements sont innombrables, chaque petit ruisseau
qui débouche dans nn lac y déposant son delta ; je me bornerai à en citer
quelques-uns parmi les principaux :
Dans les Alpes: le lac de la Sassière, fortement entamé par le delta du torrent
issu du glacier de Rhêmes ; — le lac des Assiettes*, entièrement comblé par un
torreut descendu des glaciers de la Vanoise ; — le lac des Vaches (col de la Vanoise),
presque complètement envahi parles alluvions du torrent du glacier de la Grande-
Casse, etc.
Dans le Jura : les lacs de Saint-Point et de llemoray, qui autrefois ne formaient
avan t so n en tr é e d ans le Léman , on trouve a isém en t q u e , lo r sq u e le Rh ône d éb ou ch e ra à G en ève , il
p a s se r a au B ouv e ret à p eu p r è s à loO m è tr e s a u -d e s su s du n iv e a u a c tu e l, e t l'o n p eu t c a lcu le r q u e
la m a s s e d e m a tiè r e s q ui s e se r a d ép o sé e a u -d e ssu s du la c se r a de 43 m illia rd s de m è tr e s cu b e s, en v iro
n la m o itié d u cu b e du la c a c tu e l; c e q ui, d’ap rès M. Forel, a u gm en te ra it sen s ib lem en t le v o lum e à
r em p lir e t l e tem p s n é c e ssa ir e au c om b lem en t. Mais le r a iso n n em en t d e M. Forel m e p a ra ît d é fe c tu eu x ,
en c e sen s q u e l e ch iffr e d e 2 000 000 d e m è tr e s cu b e s, su r leq u e l r ep o se la d ur é e de c om b lem en t du
la c , r ep r é sen te e x c lu siv em en t la q u a n tité d’a llu v io n ap po r tée d ans le la c e t n o n pas c e lle q ui se
d ép o se , en l ’exh au ssan t, su r l e d e lta , au fu r e t à m e su r e q u e c e lu i-c i s’avan ce d ans le la c . Je m e hâte
d e d ir e q u e c e ch iffr e m o y e n d e 2 000 000 d e m è tr e s cu b e s, q ui r é su lte s eu lem e n t d e 15 a n a ly se s fa ite s
en 1886 par un p h a rm a c ien d e Morges, n ’e s t p eu t-ê tr e pas p lu s e x a c t q u e le ra iso n n em en t q u e je c r itiq u e .
1. Voir pa g e 114.
2 . Voir fig. 131, p a g e 328.
L E S PH A SE S DE LA V IE DES LACS.
F ig. 145. — La c du Bourget (pa rtie aval) vu de la Chambotte.
Au fond, a u p ied d u Colombier, o n v o it le Rhône qui coule s u r la p la in e d’alluvion
(D’après une photographie de M. Neürdein .)