
PRÉFACE
I l y a quelque temps, j e lisais dam un jou rn a l que la Suisse accusait la France
de n'avoir point de lacs, et ce journal, dont le patriotisme paraissait avoir été
cruellement blessé, protestait en termes indignés contre cette accusation. « Point
de lacs! disait-il. Mais la France ne possède-t-elle p as la moitié du lac de
Genève? N 'a-t-elle point, en toute propriété, le lac d Annecy et le lac du Bourget?
E t les gouffres sans nombre qui s’étagent sur les flancs des Alpes et des Pyré nées,
et les cratères, pleins d eau bleue, de VAuvergne et du Vivarais, et les
lacs verts où se reflètent les sapins des Vosges et du Jura, et les vastes et
monotones étangs des Landes, et les petites mers intérieures qui brillent sur
les bords de la Méditerranée, pareilles aux fragments d’un miroir brisé, tout
cela n'est-il pas le bien de la France ? » C'est ainsi, ou peu s'en faut, que le
journal s'exprimait.
Assurément; le journal avait raison, mais, d ’un autre côté, la Suisse
ri avait pas tout à fait tort. Sans doute nous avions bien des lacs, sur les bords
desquels les touristes se pressaient chaque année; sans doute les bateaux à
vapeur du lac de Genève, les petites barques du lac de Gérardmer, les hôtelleries
du lac d ’Oo ou du lac de Gaube s'emplissaient et se vidaient périodiquement;
mais, parmi ces hôtes d'une saison, parfois même d’une journée, combien se
demandaient ce qu'il y a sous la surface de ces eaux qu'ils venaient admirer ?