
paraît évident que le Doubs, pendant qu’il creusait sa vallée, a rencontré une
fissure dans laquelle il s’est engouffré, et que la vallée supérieure a été convertie
en lac par l’obstruction partielle de cette fissure. Toutefois la partie de la vallée
comprise entre l’entonnoir et le Saut du Doubs n’est jamais complètement sèche,
même en basses eaux; car la roche très fissurée qui forme le ressaut laisse toujours
passer une certaine quantité d’eau.
Dans le massif de Belledonne, le lac Robert1 (fig. 46, p. 125) qui, avec une
profondeur de 17 mètres en basses eaux, n’a pas d’écoulement apparent, et qui
se trouve au pied d’un ressaut où s’amorce une vallée, paraît avoir une origine analogue
à celle du lac de Chail-
lexon.
Quelquefois, en dehors
des vallées parcourues parles
cours d’eau, de simples entonnoirs,
comme il en existe
en si grand nombre dans
les terrains fissurés, viennent
à se boucher et, si le climat
permet à l’eau de pluie de
s’y accumuler, se convertissent
en lacs. Telle paraît
être l’origine de la cavité
remplie d’eau connue sous
le nom de Fosse-au-Mortier2
Fig. 129. — Fosse-au-Mortier, près Signy-1’Abbaye (Ardennes),
16 septembre 1896.
(D’ap rè s u n e photographie de A . D e leb e c q u e .)
(fig. 129), qui est située dans le département des Ardennes, non loin du village de
Signy-1’Abbaye. Cette cavité, dont la surface atteint à peine un hectare, et dont la
profondeur est encore inconnue, s’ouvre au milieu des marnes du callovien; mais il
est probable qu’elle se prolonge jusqu’aux calcaires fissurés de la grande oolithe,
visible au fond de plusieurs autres cavités sèches, telles que la Fosse-aux-Lions, qui
se trouvent dans le voisinage.
Il est probable que beaucoup de lacs situés dans les terrains fissurés ont une
origine semblable, notamment la plupart des lacs du Jura qui ne sont point soutenus
par des moraines ou des barrages d’alluvions; malheureusement nous ne pouvons
en général en donner la preuve, parce qu’il est rare que les entonnoirs situés au
fond des thalwegs, et par où l’eau s’échappait primitivement, soient encore reconnaissables
comme au lac de Chaillexon. Le plus souvent leur obstruction, qui a été
J. Carte g é o lo g iq u e au fe u ille Grenoble.
2 . Carte g éo lo g iq u e au — fe u ilie Re thel par Ch. B a r ro is..— Voir a u s si E. S auvage e t A. Buvi-
g n ie r , S ta tistiq u e minéralogique e t géologique d u d épartement des Ardennes, p . 82, et J ean H uber t, Géog
ra ph ie historique du département des A rdenne s (1856), p. 227.
la cause de la formation du lac, a dû être complète, et ils ont été recouverts par les
sédiments qui se sont déposés ensuite, de telle sorte que tout vestige en a complètement
disparu. Tout au plus pourrait-on reconnaître la trace d’un ancien entonnoir
à l’extrémité nord du lac de la Motte (Jura) (profondeur 30 mètres^^p
Mais l’obstruction de l’entrée d’une fissure n’est pas la seule cause qui puisse
donner naissance à un lac. La galerie souterraine qui fait suite à cette fissure n’est
souvent séparée de la surface du sol que- par une voûte peu épaisse ; par suite de 1 érosion
continuelle des eaux, cette voûte pourra s’effondrers, et les eaux, dans certains
cas, viendront se rassembler au fond de la dépression ainsi formée à la surface. Telle
Fig. 130. — Lac de Narlay (Jura), 8 juillet 1895.
(D'après une photographie de A. Delebecque.)
paraît être l’origine de certains lacs du Jura. Si, comme il semble résulter de l’inspection
de la carie du lac de la Motte, la cuvette occupée actuellement par ce
lac possédait autrefois un entonnoir par où s’écoulaient les eaux de la vallée, il est
possible que le lac voisin de Narlay3 (fig. 130) (39 mètres) soit dû à un effondrement
de cette nature.
Parmi les lacs qui semblent devoir leur origine à des pertes de cours d’eau,
accompagnées peut-êlre d’effondrements souterrains, je citerai le lac d’Allos
(Basses-Alpes) (fig. 48, p. 126) (profondeur moyenne 40 mètres), soutenu par une
digue de grès et de poudingues oligocènes fissurés; l’ancien lac, à présent comblé,
des Assiettes (fig. 131), près du col de la Yanoise, et sur lequel serpente le torrent
issu du glacier de la Réchasse pour s’infiltrer souterrainement dans une fissure de
•1. Voir pl. XI e t A tla s des Lacs Français, pl. 8. — C arté g é o lo g iq u e a u — fe u ille Lons-le-Saulnier.
2. E . A. Ma rt e l , les Abîmes, passim.
3. Voir pl. X e t A tla s des Lacs Français, p l. 8. — Carte g éo lo g iq u e a u gQôôô, fe u ille L o n s-le -S a u ln ie r .