
s est élevé à son tour de la cote 430 à la cote 446, qui correspond à son niveau actuel.
Cependant le seuil de Crans a fini par être entamé et l ’érosion régressive s’est
propagée dans le delta du Fier, en y creusant une vallée d’une trentaine de mètres
de profondeur ; elle est aussi remontée dans la direction du Thiou; mais, de ce côté,
elle n’est point encore parvenue jusqu’au lac d’Annecy. Sans la présence du delta,
le niveau du lac se serait abaissé dès que seuil de Crans aurait été eutamé. Ainsi
donc le delta du Fier, après avoir comblé
le lac en partie, a exhaussé son
niveau et l’a protégé contre un abaissement
ultérieur. Cette conclusion est
opposée à celle de Maillard1 qui parle
de trois étages de terrasses, indiquant
autant de niveaux du lac; malgré des
recherches minutieuses, je n’ai pu les
trouver.
D’autres affluents travaillent d’ailleurs
à combler le lac ; ainsi nous avons
vu plus haut8 que la barre qui sépare le
Grand Lac du Petit Lac n’est probablement
autre chose que la continuation
sous-lacustre des deltas du Laudon
et des autres affluents situés entre cette
rivière et Duingt.
En résumé, depuis la période glaciaire,
le niveau de nos trois grands lacs
subalpins a été soumis au régime sui-
F ig . 151.— Entrée amont des gorges du Fier, à Lovagny. Vant .
(D'après ans photographie de M. juplibm.) Le lac de Genève a d’abord été de
30 mètres plus élevé qu’aujourd’hui; à ce
niveau, les affluents, y compris l’Arve, ont déposé leurs deltas dans le lac; ces
anciens deltas forment aujourd’hui des terrasses par suite de l’abaissement du
niveau, sauf toutefois celui du Rhône qui est enseveli sous les couches récentes du
delta correspondant au niveau actuel. L’érosion régressive, favorisée par la différence
d’altitude entre le lac et le niveau de base le plus voisin (seuil de l’Écluse), et
aussi par la grande quantité d’eau que débitait l’émissaire, a été assez puissante
{. M a i l l a r d , Hôte su r la géologie des en viron s d'Annecy , la Roche, Bonneville (Bull. C. G. F ., n ° 6,
n o v em b r e 1889, p . 5).
2 . P a g e 64.
pour remonter jusqu’au lac; le niveau de ce dernier s’est par suite abaissé, avec un
arrêt correspondant à un niveau supérieur de 10 mètres à celui d’aujourd’hui.
Le lac du Bourget paraît avoir occupé autrefois un niveau supérieur a celui d’à
présent; ce niveau était réglé par l’altitude, impossible à préciser, du point le plus
bas de la moraine de Massignieu. Les terrasses correspondant à ce niveau sont
probablement noyées sous des alluvions plus récentes. Le lac s’est ensuite abaissé,
mais, lorsque le delta du Rhône est venu réunir la pointe sud du Colombier à la
pointe nord du mont Landard, il a été coupé en deux, et le lac d’amont, qui représente
à peu près le lac actuel, s’est ensuite légèrement exhaussé par suite de la progression
du delta dans le lac d’aval.
Le lac d'Annecy occupait autrefois un niveau inférieur d’une quinzaine de
mètres au niveau actuel ; ce niveau a été relevé par le delta du Fier, lorsque celui-ci
est venu toucher le seuil de Crans. Ensuite l’érosion régressive a été assez puissante
pour entamer ce delta sur toute sa longueur suivant le cours du Fier; mais elle ne
s’est pas encore propagée bien loin dans la direction du Thiou, émissaire du lac, et
le niveau de celui-ci n’a pas sensiblement varié depuis son exhaussement.
4° LA C S D E S A IN T -P O IN T E T DE REMORA Y ( p l . X X l )
Ces deux lacs ne formaient autrefois qu’une seule nappe d’eau, mais le Doubs
l’a coupée en deux par son delta, qui s’est exhaussé à mesure qu’il s’avançait dans le
lac de Saint-Point; si bien qu’aujourd’hui il y a une différence de niveau de 1"',70
entre les deux lacs séparés par un intervalle de 2 kilomètres. Nous avons vu1 que
c’est probablement à cet exhaussement qu’est due la grande largeur de la beine au
lac de Remoray.
M. A. Magnin* pense que le système de ces deux lacs n’est que le reste d’un
ancien lac qui se serait étendu jusqu’au hameau de la Cluse et Mijoux, à 5 kilomètres
au nord dulac actuel de Saint-Point, et qui aurait été coupé en deux par des
alluvions et des dépôts glaciaires; mais l’examen des lieux ne me parait pas confirmer,
cette hypothèse. Qu’il y ait eu un lac en amont de la cluse qui sépare ce hameau de
Pontarlier, c’est à peu près certain; ou trouve en effet, dansla dépression qui s’étend
d’Oye à la Cluse et Mijoux, deux lambeaux de terrasse, à peu près à 10 mètres au-
dessus du lit actuel du D oubs, et dont l’une, qui a les couches inclinées caractérisT
tiques, est un delta torrentiel du petit ruisseau des Vermots. Mais rien ne prouve
que cet ancien lac ait communiqué avec celui de Saint-Point — Remoray.
En effet, à sa sortie du lac de Saint-Point, le Doubs, qui n’a qu’une quinzaine
de mètres de largeur, est limité des deux côtés par l’urgonien en place ; il semble
donc incontestable qu’un seuil rocheux soutient le lac à l’aval. D’autre part, sur la
rive droite du Doubs, à une centaine de mètres à la fois de la rivière et du lac, et
1. P a g e 67.
2. A. Ma g n in , les Lacs d u Jura, p . 8 7 .. -