
satisfaisante n’a pu, jusqu’à présent, être donnée de leur origine, beaucoup de
personnes ont attribué celle-ci à l ’excavation parles glaciers.
11 est peu de questions qui aient été aussi discutées que celle de savoir si les
glaciers ont la faculté de creuser des cuvettes dans la roche, et mon intention n’est
point d’ajouter quelques pages de plus aux nombreux volumes qui ont été écrits pour
ou contre cette théorie. Malheureusement, comme nous n’avons pas encore pu
Fig. 137. — Lac Bleu ou de Lesponne.
(D'après une photographie.)
pénétrer sous les glaciers, l’observation, qui met souvent à néant les hypothèses les
plus ingénieuses, ne peut venir à notre secours. D’ailleurs, même si l’on trouvait
des cuvettes sous les glaciers, on ne saurait en conclure que ceux-ci les ont creusées ;
elles pourraient avoir une origine très, différente. Seule l ’absence de cuvettes, si elle
la v a llé e d e l’A ch en e au , ou v erte au m ilieu d e s g n e is s , p r é sente p lu sieu r s é tra n g lem en ts, n o tam m en t à
P o r t-S a in t-P è r e e t à P ilo n ; en c e d e rn ie r p o in t, l ’esp ace com pr is en tr e le s d eux v er sants n ’a tte in t pas
150 m è tr e s ; m a is c epend an t on n e v o it p o in t en tr e ce s d eu x ver sants u n seu il ro ch eu x co n tin u . Dans ce s
co n d itio n s, l ’e x is te n c e d’un b a ssin c r eu sé dans la ro ch e en p la c e e s t tr è s p ro b lém a tiq u e , e t le la c de
Grandlieu p eu t tr è s b ien n e pas ê tr e un v ér itable la c e t n e c o n stitu e r q u e la partie é la r g ie d’u ne v a llée
d o n t la p en te é ta it au tr e fo is c o n tin u e e t q ui a é té en v a sé e par le s a llu v io n s. Cet en v a sem en t a é té ,
d’ap rès M. Ch. Barrois, d o n t le s b e lle s é tu d e s su r la Bretagne son t b ien co n n u e s, fa c ilité par u n e subm
e r sio n g én é r a le d e la r é g io n , qui a tte in t u n e v in g ta in e de m è tr e s . T elle e st au ssi l ’op in ion de M. le
g én é r a l d e la N o ë (Note sur la géographie ancienne d e Vembouchure d e la Loire, in Bull. Géog. Hisl. e t
S c ien tif., 1889, k l 1).
était constatée, prouverait que les glaciers n’ont pas le pouvoir d excaver la roche.
Nous savons bien qu’un glacier peut, par l’intermédiaire des cailloux qu’il charrie
dans sa moraine profonde, user son lit, soit en le polissant, soit en le striant;
mais il y a loin de là à creuser des gouffres de 120 mètres de profondeur comme
le lac Bleu (fig. 137), de 100 mètres comme le lac de Caïllaouas (fig. 138), de
85 mètres comme le lac d’Artouste (fig. 139), de 72 mètres comme le lac deNaguille,
de 70 mètres comme le lac Cotepen (fig. 108), de 67 mètres comme le lac d’Oo
F ig. 138.— Lac de Caïllaouas (Hautes-Pyrénées). A d ro ite de l a cabane , l’émissaire d u lac.
’ (D’après une photographie d e M. E . B e l l o c . )
(fig. 140). Même au pied des cascades, là où la force excavatrice doit atteindre sa
plus grande intensité, la pression delà glace nesaurait être très considérable; car,
ainsi que l’a montré M. Heim1, pour peu que le glacier ait une épaisseur un peu
considérable, sa température, au point de contact avec le sol, doit être égale à zéro,
et, à cette température, la glace se liquéfie facilement par la pression. Toutefois,
je le répète, l’observation directe n’est pas possible, et nous connaissons si
mal ce qui se passe sous les glaciers qu’il serait dangereux de se prononcer
d’une façon absolue.
Cependant, s’il est bien difficile d’admettre que la glace puisse excaver la roche
dure, on ne peut se refuser à reconnaître qu’elle est capable d’entamer des roches
d . Heim, Gletscherkunde, p . 247.