
littoraux émergés; par exemple les étangs de Kerloch et de Kergalan1, sur la côte
du Finistère, dans la baie des Trépassés et dans la baie d’Audierne.
10° B A R B A G E P A R L E S D U N E S
Les dunes qui se forment au bord de la mer empêchent généralement l ’écoulement
des eaux venues de l’intérieur des terres et donnent ainsi naissance à des
lacs. Nous avons, sur le littoral de l’océan Atlantique, de très bons exemples de ce
phénomène3. Toute la côte du golfe de Gascogne, depuis la pointe de Grave jusqu’aux
falaises de Biarritz, est occupée par des dunes, dont quelques-unes, dans
la forêt de la Teste ou d’Arcachon, atteignent presque 90 mètres de hauteur3. Derrière
ces dunes, les rivières ont été arrêtées, et leurs eaux, ne trouvant plus
d’issue, se sont élevées et ont formé des lacs. Il faut toutefois faire une exception
pour la Levre, le plus important de tous les tributaires de l’Océan situés entre la
Gironde et l’Adour; ses eaux, plus puissantes que celles des rivières voisines, ont
pu vaincre l’obstacle et, au lieu de s’épanouir en formant un lac plus élevé que la
mer, elles se jettent dans le bassin d’Arcachon qui communique avec l’Océan
par une passe où les courants entretiennent une profondeur de 30 mètres4. Je ne
parlerai pas de ce bassin dont l’étude est du domaine de l’océanographie5.
La topographie de ces lacs présente, comme nous l’avons vu le trait caractéristique
suivant : le fond constitue un plan régulièrement incliné qui, partant de
la rive est, ou rive des landes, vient aboutir aux dunes qui forment la rive ouest; la
profondeur augmente donc insensiblement depuis les landes jusqu’au pied des
dunes, où elle atteint son maximum. De plus, dans les trois principaux de ces lacs,
Cazaux7, Parentis8 et Hourtin’, on reconnaît très bien un chenal sous-lacustre, qui
va s’élargissant du côté des dunes et qui prolonge jusqu’au pied de celles-ci le lit de
l’affluent principal du lac. La profondeur de ce chenal dépasse, aux lacs de Cazaux
et de Parentis, où il a les allures d’un véritable estuaire immergé, d’une dizaine
1. Carte g éo lo g iq u e a u ^ Q00, fe u ille Quimper, par Ch. Barrois. — Voir u n e d e sc r ip tio n de c e s le v é e s
d e c a illo u x dans Ch. B a b r o i s , S ur les p la g e s soulevées d e la côte occidentale d u Fin istère, Ann ales Soc.
g é o l.d u N o r d , t. IX, 1 8 8 1 -8 2 , p . 239.
2 . Carte g é o lo g iq u e a u ¿ôôoô» f a i l l e s Bordeaux e t la Teste-de-Buch, par L in d er, C o n tis-le s-B a in s, Sore
e t V ieu x -B o u ca u , par Jacquot.
3 . Voir la ca r te d’État-Major (la T e ste -d e-B u ch , S. W .) e t la ca r te du Ministèr e d e l’In tér ieur
(A rcachon ).
4 . D'après le s son da g e s du se r v ic e m a r itim e d’Ar cachon.
5 . Voir J. T h o ü l e t , Notes d'océanographie rela tiv e s au bassin d ’Arcachon (Revue m a ritim e e t coloniale
ja n v ie r e t fé v r ie r 1894).
6. P a g e s 47 e t 63 e t p l. x v i i , x vm e t xix.
7 . Carte g éo lo g iq u e au ¿0000» feu ille T este -d e-B u ch .
8 . Ib id ., feu ille S ore.
9. Ib id ., fe u ille B ord eau x.
de mètres celle des fonds voisins. Le plafond de ces lacs, abstraction faite du chenal,
n est que la continuation du plan incliné qui constitue le plateau des landes, et,
si on le prolonge par la pensée sous les dunes, on trouve qu’il vient aboutir à peu
près au niveau de la mer. On voit que le relief de la région noyée est encore parfaitement
reconnaissable. Le fond du chenal immergé est, à Cazaux et à Parentis,
de 2 à 3 mètres plus bas que le niveau de la mer, ce qui n’a rien de surprenant,
si l’on réfléchit que l’on ne se trouve pas à plus de 6 kilomètres de l’Océan et que,
à cette distance de la Pointe de Grave, le fond de l’estuaire de la Gironde, fleuve
beaucoup plus considérable, il est vrai, que les affluents des lacs landais, est à
25 mètres en contre-bas du
niveau de la mer1; la figure
98 représente celui
de Soustons, qui est l’un des
plus étendus.
Ces lacs, dont quelques
uns sont très étendus,
ne sont pas très profonds.
Ils ne s’élèvent pas jusqu’au
sommet des dunes, et les
plus importants d’entre eux
se déversent latéralement
les uns dans les autres
jusqu’à ce qu’un point faible Fl°- "-¡¡t Lac de S o u sto n s (Landes). Au fond les d'unes. 8 décembre 1898.
de la muraille de sable (D’après une photographie de A. Ublbbecqcb.) ^
permette aux eaux de s’échapper vers la mer. Ainsi le lac d’Hourtin s’écoule
dans celui de Lacanau, dont l’émissaire se jette dans le bassin d’Arcachon;
le lac de Cazaux se déverse dans le lac de Parentis, et celui-ci dans le lac
dAureilhan-, dont les eaux vont à l’Atlantique par le courant de Mimizan. Sous
le rapport de la profondeur, Cazaux occupe le premier rang avec 22m,30, puis
Parentis avec 20m,50; encore ces profondeurs sont-elles dues à la présence des
anciens estuaires immergés qui entaillent le plafond. Hourtin, Lacanau et
Aureilhan viennent ensuite avec 9m,70, 6m,90 et 6 mètres. La profondeur des
autres lacs ne paraît pas dépasser 5 mètres3.
A côté de ces lacs résultant de rivières barrées et limités, d’un côté par les
dunes, de 1 autre par les landes, on trouve parfois, au milieu même des dunes,
de petits étangs qui ne sont pas, comme les grands lacs du littoral, situés sur le
trajet d un cours d’eau important, mais qui occupent des dépressions causées par
1. D après la ca r te de l’em b o u ch u r e d e la Gironde, du d ép ô t des ca r te s e t p la n s de la m a r in e .
2. Carte g éo lo g iq u e a u g ^ , fe u ille Sore.
3. D après m e s son da g e s e t le s r en s e ig n em en ts du se r v ic e des p on ts e t ch a u ssé e s d es Landes.