
chof et de M. Thoulet relatées ci-dessus1, quela vase ne peut s’y déposer; c’est donc
la muraille même du lac que la carte représente. C’est, en effet., ce que l’on constate
dans les opérations de sondage ; le plomb de sonde vient frapper le rocher au
lieu de s ’enfoncer doucement dans la vase, et la main de l’opérateur perçoit très
bien la sensation particulière produite par cet arrêt brusque.
Comme exemple de ces talus rocheux plongeant dans les lacs, je citerai :
Dans le lac de Genève :
Le talus de Chillon, plongeant avec une pente de 54° (138 p. 100)1 jusqu’à une
profondeur de 80 mètres.
Dans le lac du Bourget :
Le talus de la montagne du Chat entreBourdeau et Hautecombe, plongeant par
places avec une pente de 63’ (200
p. 100) jusqu’à une profondeur de
100 mètres.
Le talus du rocher de Châtillon,
plongeant avec une pente de 55Q140
p. 100) jusqu’à une profondeur dé
60 mètres.
Dans le lac d'Annecy ;
Le talus oriental du promontoire
de Duingt, plongeant avec une pente
de 63° (195 p. 100) jusqu’à une profondeur
de 35 mètres.
Le talus méridional du roc de
Chère (fig. 22), plongeant avec une
pente de 87° (1 900 p. 100) jusqu’à
une profondeur de 42 mètres. (La
Fig. 22. — Roc de Chère, au lac d’Annecy.
(D’après une photographie.)
sonde accuse en un point 42 mètres de profondeur à 2 mètres du rocher,)
Dam le lac <tAiguebelelte-:
Le talus septentrional de la pointe qui s’avance sur la rive Est du lac d’Aigue-
belette, plongeant avec une pente de 45° à 50° (100 à 119 p. 100). Ici la beine est
assez développée, ce qui s ’explique facilement par la nature de la roche, formée
d une molasse assez tendre ; mais, étant donné l’inclinaison du talus, ce ne peut
être qu une beine d érosion ; la beine d’alluvion et le mont manquent nécessairement.
L’escarpement si remarquable du roc de Chère, au lac d’Annecy, n’est
1. P a g e 59*
2 . Les va leu rs d e to u te s c e s p en te s , ex p r im é e s s o it e n d eg r é s, s o it en tan t p our c e n t, n e son t d on n
é e s qu ap p r o x im a tiv em en t. L'in clina ison d e s ta lu s e s t lo in d 'a illeu r s d’ê tr e u nifo rm e.
d’ailleurs pas unique; on trouve, paraît-il, au lac de Côme, une profondeur de
414 mètres à 10 mètres du rivage. Le lac des Quatre-Cantons possède aussi dans
l’Urnersee des talus rocheux excessivement rapides, qui descendent jusqu’à une
profondeur supérieure à 150 mètres*.
Ajoutons encore que, en général, dans les grands lacs, les talus latéraux ont
une pente beaucoup plus forte que les talus longitudinaux ; la pente moyenne de
ceux-ci dépasse rarement 10 p. 100.
3° FO N D D B S L A C S
En général, lefond des lacs est constitué par un ou plusieurs plateaux, sensiblement
horizontaux, dont la surface est une fraction très importante de la surface
totale de la cuvette. Tantôt ces plateaux succèdent presque sans transition à des talus
plus ou moins inclinés. Ainsi, en face d’Évian et d’Ouchy, les deux talus septentrional
et méridional du lac de Genève descendent avec une pente moyenne de 7° à 8° (12 à
14 p. 100) et sont en quelque sorte coupés tout à coup par un plan à peu près
horizontal; au lac du Bourget, le fond du lac se raccorde assez brusquement, sur la
rive occidentale, à un talus incliné d’environ 40° (84 p. 100)!; au lac d’Annecy, la
barre très aplatie qui sépare les deux bassins se trouve immédiatement au pied du
grand escarpement du roc de Chère. Tantôt, au contraire, le raccordement se fait
insensiblement : par exemple le bassin du sud du lac du Bourget avec le talus
oriental, la barre du lac d’Annecy avec la rive méridionale entre Héré et Saint-
Jorioz.
Souvent l’un de ces plateaux horizontaux est sensiblement plus développé que
les autres, et alors il constitue l’un des traits les plus remarquables et les plus caractéristiques
des grands lacs; la vase ayant nivelé toutes les aspérités primitives qui
pouvaient exister sur sa surface, celle-ci est absolument lisse et, de plus, presque
plate. On l ’appelle très justement le plafond, ou encore la plaine centrale du lac,
et M. Forel l’a ingénieusement comparée à une table de billard.
Ainsi, au fond du lac de Genève, sur un espace de 4 675 hectares, soit environ
le douzième du lac, la profondeur varie au plus de 5 mètres.
Au fond du lac du Bourget, sur un espace de 431 hectares, soit environ le
dixième du lac, la variation extrême de profondeur est de 5“,40.
Au fond du lac d’Annecy, dans le bassin du nord, sur un espace de 282 hectares,
soit un peu plus du dixième du lac, la variation extrême de .profondeur est de
5 mètres ; dans le bassin du sud, la variation est la même sur un espace de 277 hectares,
soit presque exactement le dixième du lac. On verra par le tableau suivant,
relatif au lac d’Annecy, combien est importante la proportion du sol du lac comprise
1. Voir la fe u ille 381 (Brünneu) d e l'A tla s to p o g ta phiqu e suisse,
2. Ce talus e s t , com m e n o u s v en o n s de l e v o ir , en c o r e b eau cou p p lu s rap ide en c e r ta in s p o in ts.