
les plantes, sous l’influence de la lumière, absorbent de l’acide carbonique; il y a là
une cause d’appauvrissement des eaux superficielles. D’autre part, dans les profondeurs,
à l’abri de la lumière, la vie organique doit absorber de l’oxygène et dégager
de l’acide carbonique qui peut contribuer à maintenir le titre des eaux profondes,
tout comme, si elles séjournaient dans une atmosphère confinée. J’ai trouvé, comme
nous le verrons plus loin, que, le 15 août 1894, l’eau de surface du lac de Nantua
renfermait OB',011 d’oxygène dissous par litre et seulement 0®1',00256 à 40 mètres de
profondeur. 11 y a là une disparition d’oxygène égale environ à 0^,008, qui peut
donner naissance à 0ar,0H d’acide carbonique. Or la formule de M. Schloesing
montre que, à 16°, 0®r,15 de carbonate de chaux dissous à l’état de bicarbonate
nécessitent une tension de l’acide carbonique égale à 0,00538 dans l’atmosphère, ou
bien, ce qui revient au même, une quantité d’acide carbonique dissous qui, en vertu
de la solubilité de l’acide carbonique (environ 2 grammes par litre à 16° et à la tension
d’une atmosphère) est, pour cette tension, de 0®r,01076, chiffre bien voisin de
OB',011. D’ailleurs, dans les profondeurs, la température étant plus basse, la quantité
d’acide carbonique nécessaire pour conserver le carbonate en dissolution est
encore un peu moins forte, toujours en vertu de la loi de Schloesing.
Nous voyons donc que l’acide carbonique produit par la vie organique peut,
dans certains cas, être suffisant pour maintenir dans les lacs le titre relativement
élevé de l’eau des affluents; même, si cet acide devient plus abondant, les eaux
profondes pourront dissoudre soit le carbonate de chaux précipité des eaux superficielles,
soit les matières qu’elles tiennent en suspension, soit encore les parois
calcaires ou les vases du fond.
De pareils phénomènes ne peuvent se passer dans nos lacs pour le carbonate de
magnésie à cause de sa grande solubilité. D’après M. Engel1, la solubilité du carbonate
neutre, dans l’eau exempte d’acide carbonique, est déjà de 0s1,970 par
litre à 12°. Quelle que soit leur température, les eaux de nos lacs, qui n en renferment
en général que quelques centigrammes, sont loin d en être saturées. Dès
lors, il n’y a aucune raison pour que ce sel se précipite dans les eaux superficielles,
et l’on doit en trouver la même quantité dans toutes les régions du lac ; c est ce que
mes analyses paraissent établir. Remarquons d’ailleurs que ce carbonate peut très
bien, à cause de sa solubilité, exister à l’état de carbonate neutre, la présence d’un
excès d’acide carbonique n’étant nullement nécessaire pour en dissoudre la faible
quantité que nous rencontrons.
Cet appauvrissement, pendant l’été, des eaux superficielles, doit se produire sur
tous les lacs dont les eaux sont sursaturées de carbonate de chaux, c’est-à-dire qui
en renferment plus de 0^,05 à 0sr,06 par litre*; mais il ne s’observe d’une
d . E ngel, Sur la so lub ilité des sels en présence d e s acid e s, des bases e t des sels (A n n. ch. et p h .,
6e s é r ie , t. XIII, p . 353, 1888).
2. Voir page 218.
manière frappante que sur les petits lacs où les courants sont peu énergiques et ou
les couches superficielles restent distinctes des couches profondes (lacs de Nantua,
d’Aiguebelette, de Remoray et même de Saint-Point‘, malgré la forme allongée
et l’orientation de ce dernier). Au contraire, sur les grands lacs ou les eaux de
surface et des profondeurs sont perpétuellement mélangées, les écarts que
nous observons sont beaucoup plus réduits. Ainsi, pour les lacs d’Annecy
et du Bourget, qui renferment pourtant un excès de carbonate de chaux, ils
n’atteignent respectivement que 0®',022 et 0b',014. Quant au lac de Genève,
l’écart maximum n’est que de 0®',02; d’ailleurs, outre qu’il est le s.ege de
courants très intenses, ce lac renferme moins de carbonate de chaux que les autres
(OB',06 à 0er,07). 1 1
Ainsi que je l’ai dit plus haut*, j ’ai trouvé, dans toutes mes recherches, que
l’eau de l’émissaire avait une composition analogue à celle de la surface; cette eau
n’est donc pas toujours, comme on l’a prétendu, la résultante des eaux des diverses
régions du lac. Par les jours calmes, l’eau de l’émissaire paraît être exclusivement
la même que celle de la surface. Il doit en être de même lorsque le vent accumule
les eaux de surface dans la partie inférieure du lac, quand, par exemple, la bise
du nord-est souffle sur le lac de Genève. Au contraire, lorsque, par suite de
contre-courants, les eaux des profondeurs sont ramenées à la surface dans la
région aval du lac, lorsque, le vent du sud-ouest soufflant sur le lac de Geneve,
par exemple, les eaux profondes sont soulevées dans le Petit Lac par le courant de
retour venu du nord-est, alors l’eau de l’émissaire est bien la résultante de 1 eau
des diverses régions du lac. Mais, dans ces conditions, grâce aux mélanges qui
s’effectuent, il ne doit plus y avoir de différence sensible entre la composition de
l’eau de la surface et celle de l’eau des profondeurs . ^
Enfin existe-t-il des différences dans la composition de l’eau de surface d’un
même lac prise en différents points? Il semble que non. Les actions qui appauvrissent
cette eau paraissent agir partout avec la même intensité, et d’ailleurs les
évaporations faites le 19 septembre 1894 sur de l’eau prise en trois points très diffé-
1. L’écart e s t c ep en d an t m o in d r e au la c d e S a in t-P o in t (0s',03) qu ’au la c d e R em o ra y (0S',04), le s
p r ise s a y an t é té fa ite s l e m êm e jo u r p our le s d eu x la c s ; ce q u i s’a c c o rd e b ie n a v e c l e s tem p é ra tu r e s
ob se rv é e s (voir p age l ë ‘2) e t m on tr e u n e fois de p lu s l’intlu en cc d e la fo rm e du la c sur le s c o u r a n ts ,
2. P a g e 212. £ ■ , ¡1 .
3. Un cas e x c ep tio n n e l e s t c e lu i où ce rta in s a fflu en ts s e je tte n t d ans l e la c to u t p r è s d e 1 ém issa
ir e e t v on t s e rend re à ce d e rn ie r san s se m é la n g e r à la m a s s e g én é r a le d e s ea u x . L e a u de
l ’ém issa ir e e s t alo rs la ré sultan te d e l ’eau de c e s a fflu en ts et d e l’e a u du la c . A in si le s d eu x a fflu en ts
p r in c ip a u x d u la c d e S y lan s (fonta in e Dru e t ru is s e a u d e Cliarix) o n t le u r em b o u ch u r e à u n e
cen ta in e d e m è tr e s s eu lem e n t de l’ém issa ir e . Vo ici le s ch iffr es q u e m ’o n t d onn é s d e s p r ise s fa ite s le
13 mar s 1892:
Eau prise à la surface au milieu du lac.. . . . . . 0*r,175 par litre.
Fontaine Dru....................................................... • • • • 0«r,195
Ruisseau de Clia rix ............................................................. 0sr,187
É m is s a ir e ................................ °®r’188