
d’Allos ne restent pas non plus longtemps sous terre ; car, dans le ravin du col de
Chadoulin, jaillit une source à 3S0 mètres de distance du lac et à 70 mètres en
contre-bas de celui-ci. Je citerai encore les sources du Fier, en Savoie, qui, d’après
M. Maurice Lugeon *, sont alimentées par les eaux du petit lac Charvin, et l’émissaire
du lac de la Motte (Jura), qui, après s’être engouffré à quelques centaines de
mètres dulac, reparaît, presque immédiatement après, pour former, avec le ruisseau
sorti du lac deBonlieu, la cascade du Saut-Girard, bien connue des touristes.
Mais souvent aucune source n’est en relation si manifeste avec le lac. Alors on
peut procéder de trois manières différentes :
1° Ou bien chercher, dans le voisinage du lac, une source dont les variations de
température suivent à peu près celles d’une région déterminée du lac. Ainsi, en
1853, MM. Ch. Dufour, F. Burnier et A. Yersin ont montré que la source de l’Orbe
suit les variations de température du lac de Joux, tandis que les autres sources de
la région sont à peu près invariables®.
2° Ou bien chercher une source dont le débit varie en raison de l’écoulement
du lac. Ainsi, en 1884, M. Guiguer de Prangins a montré que l’ouverture des vannes
de l’entonnoir de Bonport, au lac de Joux, est suivie au bout de quelques heures d’une
crue de la source de l’Orbe3. On sait également que l’émissaire du lac de Narlay, qui
se perd après un parcours de quelque 150 mètres, vient apparaître au moulin de Cha-
lain, un peu en amont du lac de ce nom, après un trajet souterrain de 10 kilomètres.
Car, en 1852, on a constaté que, en arrêtant l ’eau de cet émissaire dans le bief d’un
moulin qu’il faisait mouvoir, douze heures après il n’y avait plus d’eau au moulin
de Chalain4. 11 semble aussi que l’eau du lac de l’Abbaye, qui s’engouffre dans uu
entonnoir, sur le bord même du lac, après avoir actionné la turbine d’une usine,
revoie le jour à la source de Molinges, dans la vallée de la Bienne, à une distance de
20 kilomètres; car plusieurs fois on a, parait-il, suspendu l’écoulement du lac de
l’Abbaye pendant un mois entier (!) pour faire des réparations à l’usine, et chaque
fois la source de Molinges a beaucoup diminué. Toutes les fois que l’on arrête
l’usine, le samedi soir, la source diminue considérablement environ quarante-huit
heures après5.
3° Ou bien jeter une matière colorante dans l’entonnoir où s’engouffrent les
eaux du lac et chercher les sources que cette matière colore au bout d’un certain
temps. C’est ainsi que MM. Piccard, Forel et Golliez ont constaté que la source de
l’Orbe était colorée par de la fl uorescine jetée dansl’entonnoir de Bonport9 du lacde Joux.
H Lettre in é d ite .
2. F orel e t G o l l i e z , A rch . S . P . N. G., XXXI, p . 311 |e t 3 1 5 , 1 8 9 4 , e t Bull. S. V. S . N. v o l. 3 0 , p. x iv
e t x v i i , 1 8 9 4 .
3 . F orel e t Golliez, loc. c it.
4 . Lamairesse, É tudes hydrologiques su r les m onts Jura, p . 9 7 , Dunod, éd iteu r , 1 8 7 4 .
5 . Lamairesse, loc. c it., p . 1 1 7 .
6. F orel e t Golliez, loc. c it.
D’après M. A. Magnin ', on connaîtrait encore d’une façon certaine le point
de sortie des eaux des lacs suivants du Jura :
Lac de Crenans : sortie dans la vallée de l’Ain, au moulin de Jeneyriat, après
un parcours de 2 300 mètres.
Lac d’Antre : sortie à la source du ruisseau d’Héria, au pont des Arches,
après un parcours d’un peu plus d’un kilomètre.
Lac de Crotel : sortie à 1500 mètres de distance, près lie Groslée.
Lac d’Armaille : sortie à la source d’Ère-Fontaine ou du Loup, à 600 mètres
environ de distance.
J’ajouterai que les eaux du lac des Hôpitaux d’aval paraissent bien donner
naissance à une source qui jaillit à quelques centaines de mètres au sud-est du lac,
du côté du village de la Burbanche.
Benoist3 dit, sans donner d’autre explication, que l ’eau du lac Genin vient
sortir au moulin de Charix, après un parcours de 5 kilomètres.
Quant aux points de sortie des émissaires des autres lacs, ils sont encore
hypothétiques. M. A. Magnin3 donne, pour quelques lacs du Jura, les suivants,
comme étant les plus vraisemblables:
« Le lac de Malpas forme probablement la source très voisine du ruisseau du
Saut, affluent du Doubs; celui d’Ambléon, la source du Sétrin, affluent du Gland,
située à 1 kilomètre du lac, mais a 250 mètres plus bas; les eaux des lacs du
Vernois et du Fioget se rendent probablement, comme celles de Narlay, au lac de
Chalain; les entonnoirs du lac du Boulu aboutiraient dans la vallée du Flumen, à
8 kilomètres, au lieu dit Sous-la-Patinerie; ceux du lac des Mortes, à 7 kilomètres
environ au sud, à la Doye-Gabet, près Morez; ceux d’Étival, dans la vallée du
Drouvenant; ceux de Fort-du-Plasne, dans la vallée de la Laime; du lac Brenets,
dans la vallée de la Bienne; enfin les entonnoirs du lac d’Onoz vont former, dans
la vallée de l’Ain, des sources situées à un kilomètre et demi au-dessus de Brillât,
et ceux du lac de Viremont, les sources de Legna ou d’Agea, distantes d’environ
deux kilomètres. »
11 parait également que les eaux du lac des Hôpitaux d’amont vont sortir à
quelque distance du lac, au nord-ouest, du côté de Tenay.
D’après Lecoq4, l’eau du lac de Montcyneire alimenterait probablement les
sources de Chamiane, de Compains et de Valbeleix; et les sources de Ponteix, de
la Pradas, de Pagnat, de Saint-Amant et de Tallende, seraient dues à des infiltrations
du lac d’Aydat à travers la digue de lave qui le soutient5.
1. Les Lacs du Jura, p . 80.
î . L égende de la Carte g éo lo g iq u e (feu ille N an lua ) au jjL j . V o ir l’em p la c em en t dn m o u lin de
Charix pl. XXII.
3 . Les Lacs du Jura, p . 81.
4 . L ’Eau su r le P la teau Central de la France, p . 332.
5. Loc. c i t., p. 327.