
d’Amphion ; le 28, vingt-quatre heures plus tard, la température n’était que de 6°,8
au large d’Yvoire. Mon observation a évidemment beaucoup moins de valeur que
celle de M. Forel, car je n’ai pas fait les mesures dans la même partie du lac. Néanmoins,
comme le 27 le lac était au calme plat et que le 28 il était légèrement agité,
je suppose que la chaleur reçue dans la première journée, et qui était restée entièrement
à la surface, s’est diffusée le lendemain dans les couches sous-jacentes par
l’effet des vagues.
Une autre conséquence de ces courants est que, dans certains lacs, lorsque le
vent souffle énergiquement, la température varie d’une extrémité du lac à l’autre.
L’eau de surface, chassée de la côte au vent à la côte sous le vent, s’accumule sur
cette dernière, tandis que le
courant de retour vient ramener
les eaux profondes
sur la première. Il en résulte
que, si les eaux de
surface sont plus chaudes
que les eaux de fond, l’eau
de la côLe au vent est plus
froide que celle de la côte
sous le vent. J’ai constaté
ce phénomène sur le petit
lac des Rousses^(fig. 32),
qui n’a pourtant que deux
kilomètres de long, mais
qui est allongé du nord-
est au sud-ouest et qui,
malgré ses dimensions restreintes, semble bien être le siège de courants assez
énergiques. Le 23 juin 1893, par une bise assez forte qui soufflait depuis quatre
jours, la température était de 16°,5 sur la côte nord-est et de 17°,8 sur la côte sud-
ouest. Cet écart de 1°,3 ne peut s’expliquer que par le jeu des courants.
Sur les grands lacs, et notamment sur le lac de Genève, cette différence peut
devenir énorme. Ainsi, à la suite d’un grand vent du sud-ouest qui avait soufflé pendant
quatre jours, M. Forel1 a constaté, le 24 juillet 1879, que la température de
la surface au large d’Ouchy variait de 18°, 1 à 19°,6, tandis que celle du port de
Genève était, à midi, de 9°,4, ce qui. fait une différence de 10°,2. J ai fait une
constatation analogue le 6 août 1893, alors que le vent du sud-ouest soufflait depuis
le 2 de ce mois. Ce jour-là, à quatre heures après midi, la température du lac,
immédiatement en amont du port de Genève, était de 7°,6, c’est-à-dire plus basse
que celle de la plupart des lacs de montagne à pareille époque, tandis que le même
1 . Léman, t. If, p . 317.
jour, à 7 heures du soir, elle était de 18°,7 au large de Vevey, et, à 10 h.30 du
soir, de 17°,8 à Ouchy. Il y avait donc un écart de 11°. J’ai pu d’ailleurs le lendemain,
en allant en bateau à vapeur de Genève à Thonon, suivre la marche des températures
dans la moitié aval du lac. Voici les résultats que j ’ai obtenus, entre
1 heure et 3 heures après midi :
Degrés-
Sortie du p o rt de Genève. .................. 8,8
En face P rég n y ............................................... 9,2
En face Versoix............................................... 11.4
E n face Goppet............................................................. *3,6
En face le ch â te au de C ra n s ...................... . . . 1^,7
Su r la b a rre de N e rn ie r............................................. 16,0
E n tre Yvoire e t T h o n o n ............................................ 16,1
E n a rriv an t à T h o n o n ............................................... 16,25
On suit pour ainsi dire pas à pas le réchauffement progressif du lac à mesure
qu’on s’éloigne de Genève.
Je citerai enfin le résultat des recherches faites par M. Van Berchem dans le
Petit Lac de Genève, entre Tougues et Céligny, et qui sont consignées dans le tableau
suivantl.
PROFONDEUR
MESURÉE
en m ètre s.
1 8 9 1 1892
l or oc tob re .
1893
31 oc tob re .
18 ju ille t. 7 août. 1« sep t. 17 sep t. 5 oc tob re . 24 oc tob re . 4 n o v .
Degrés. Degrés. Degrés. Degrés. Degrés. Degrés. Degrés. Degrés,
S u r f , o u 0 ,2 0 1 9 ,9 1 5 ,7 1 9 ,0 1 8 ,6 H 1 5 ,7 1 4 ,6 1 1 ,8 17,7-
1 1 9 ,1 1 5 ,7 1 8 ,6 1 8 ,6 1 5 ,7 1 4 ,6 1 1 ,8 1 7 ,6 1 3 ,5 ÿ
1 3 ,5
5 1 8 ,0 1 5 ,5 1 7 ,0 1 8 ,4 1 5 ,2 | 1 4 ,6 1 6 ,2 ; 10 1 4 ,0 1 4 ,4 1 6 ,0 1 8 ,4 1 5 ,2 1 4 ,4 1 1 ,8 1 5 ,4 1 3 ,2
2 0 ■ R i 1 2 ,8 12,1 ' 1 7 ,8 1 5 ,1 13,0 ; 1 1 ,8 1 2 ,6 1 3 ,2 -
2 5 „ ' » B . ' » 1 » ’ 1 0 ,8
7 2 1 0 ,8 7 ,4 1 2 ,0 1 3 ,3 9 ,8 1 1 ,8 9 ,4 8 ,7
30 3 5 » » » » » 1 1 ,8 , » -
4 0 5 ,8 8 ,6 5 ,8 i 8 ,2 5 ,0 6 ,5 1 1 ,3 . 7 ,6 - 7 ,4
45 » » » » » -» ‘ 9 ,7
50 4 ,7 6 ,4 5 ,1 5 ,4 5 ,0 5 ,6 . 6 ,5 6 ,4
60 » » . \;>>. : ■ ■ » 5 ,6 5 ,2
H
6 5 -6 7 4 ,6 4 ,8 4 ,8 5 ,1 4 ,7 4 ,9 5 ,4 5 ,6 5 2 1
Du 19 au 28 août 1891, le vent du sud a soufflé d’une manière continue et les
eaux froides des profondeurs du Grand Lac sont venues remplacer celles plus
chaudes du Petit Lac. Aussi trouvons-nous, le 1er septembre, une perte importante
1. Ce tab leau e st ex tra it d e s Archives S. P . N. G., 3e p é r io d e , t. XXX, p . 678, 1893.