
ment, mon batelier effrayé lâcha les avirons, et peu s ’en fallut que mon bateau,
pris en travers par le vent, ne terminât au fond du lac, avec mes instruments, ses
Fin. 10. — Bateau Osgood au bord du lac d’Aumar (2 215 met.) (Hautes-Pyrénées), 20 juillet 1894.
(D’après un e photographie d e A. Delebecque.)
voyages pyrénéens. La fig. 8 montre le lac quelques minutes avant cet incident,
avec des vagues déjà assez fortes. Les fig. 9 et 10 représentent le bateau sur le lac
de Miguelou et au bord du lac d’Aumar, dans les Hautes-Pyrénées.
2° D É T E R M IN A T IO N D E L A P O S IT IO N E N P L A N D D PO IN T D E SO N D AG E
On choisit comme repères sur les bords du lac un certain nombre de points
trigonométriques (autant que possible des points de premier ou de second ordre.),,
on les reporte sur une planchette et, à l’aide de ces points, on lève les rives du
lac. A défaut de points trigonométriques, on mesure une ou plusieurs bases dont
on jalonne les sommets qui servent alors de points de repère. Le contour du lac
étant ainsi dessiné, il s’agit de se déplacer sur ce lac, et de lever aussi méthodiquement
que possible un terrain qu’on ne voit pas. Voici comment j ’ai procédé :
Mon bateau était muni d’un mât gradué en décimètres et dont la hauteur était
soit de 5 mètres, soit de 7 mètres, suivant la largeur du lac ; ce mât sèrvait de mire.
Le mât de 7 mètres était en bois ; le mât de S mètres était formé de plusieurs tiges
de bambou s’emboîtant l ’une dans l’autre. A terre, un opérateur, installé avec la
planchette, dirigeait, au moyen de signaux convenus, le bateau suivant des profils
déterminés d’avance ; le bateau s’arrêtait pour sonder, et, lorsque la sonde touchait
le fond, l’opérateur, averti par un signal, visait le mât au moyen d’une alidade
stadimétrique ; il avait ainsi la direction du bateau et sa distance à la planchette,
et il pouvait marquer immédiatement sur celle-ci le point où le coup de sonde venait
d’être donné. La figure 11 représente ces opérations, faites au lac de Longemer, dans
les Vosges. Cette méthode, très exacte et très expéditive, n’était guère applicable
que jusqu’à une distance de 1 kilomètre ; au delà, les visées devenaient trop incertaines.
On se repérait alors, du bateau même, en visant au sextant les points trigonométriques,
tout en continuant à se laisser diriger, suivant les profils, par les
signaux de l’opérateur installé sur la rive.
Le choix des profils n’était d’ailleurs nullement arbitraire ; ceux-ci étaient, en
général, perpendiculaires à la côte, et distants entre eux de 50, 100, 200 mètres
suivantlanature du lac. Très
rapprochés près des bords,
les coups de sonde étaient
plus espacés au large, là où,
comme nous le verrons plus
loin, la profondeurvarie peu
sur unè grande étendue
Certaines régions, où se rencontraient
des accidents topographiques
intéressants,
étaient particulièrement
fouillées. Le lever du fond
d’un lac comporte d’ailleurs
Fig. 11. — Opérations de sondages au lac de Longemer (Vosges),
la détermination d’un bien
23 mai 1895.
(D’après une photographie de A. plus grand nombre de points
Delebecque.)
qu’un lever topographique ordinaire ; car l’hydrographe, à l’inverse du topographe,
ne voit pas le terrain qu’il explore.
11 est bon de remarquer que cette manière d’opérer donne des résultats absolument
exacts, même si, sous l’influence du vent ou des courants, le bateau dévie
du profil suivant lequel on cherche à le diriger. L’emplacement du coup de sonde
n en est pas moins rigoureusement déterminé ; seulement le point, au lieu d’être pris
sur le profil même, est pris un peu en dehors de ce profil.
Le nombre de coups de sonde par kilomètre carré pourrait être une mesure
de la précision obtenue, si certains lacs, d’un relief très tourmenté, ne nécessitaient
pas un lever particulièrement minutieux. Ce nombre est en conséquence très
variable ; pour le Léman, il a été de 20, pour le lac du Bourget de 75, pour le lac
d Annecy de 123, pour le lac d’Aiguebelette de 212.
71. — Résultats obtenus et leur représentation.
Les méthodes que je viens d’exposer m’ont permis de faire le lever d’un certain
nombre de lacs du territoire français. J’ai dû me borner aux plus importants. Si