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120 LES LACS FRAN ÇA IS.
ferme 0gr,72 de résidu sec par litre, et surtout celui d’Entressens (fig. 44) qui en
renferme 3gr,638l.
Mais il peut y avoir des émissaires de deux espèces. L’écoulement peut se
faire soit par déversement au-dessus du seuil qui soutient le lac, soit par des canaux
Fig. 44. — Lac d’Entressens, dans la Crau. Au fond les Alpines, 26 jn a r s 1896.
(D’après un e photographie de A. Dei-ebe cq de .)
souterrains qui s’amorcent sur les talus ou sur le plafond) du bassin. Comme pour
les affluents, nous dirons, dans le premier cas, que l’émissaire est superficiel, dans
le second qu'il est sous-lacustres. Etudions successivement chacun de ces deux
modes d’écoulement.
a . — ÉM IS SA IR E S SU PE R F IC IE L S
Pour beaucoup de lacs d’eau douce, l’émissaire est unique et superficiel. En
général, il porte les eaux du lac ou bien à la mer ou bien à un autre cours d’eau.
Parfois, cependant, après un parcours assez restreint, qui atteint rarement
un kilomètre, il s’engouffre dans un entonnoir et disparaît. Ce cas se présente
très fréquemment dans les bassins fermés du Jura, notamment pour les lacs de
la Motte, de Narlay, des Mortes, d’Etival, de Malpas, de Fort-du-Plasnê, et aussi,
comme l’a constaté M. A. Magnin3, pour le lac Brenets et pour les lacs du Boulu,
d’Onoz, de Viremont, Lauste. Quelquefois l’entonnoir se trouve sur le bord même
du lac (lacs de l’Abbaye, du Fioget, du Vernois, lac Genin, et encore, d’après les
observations de M. A. Magnin, lacs de Crenans, d’Antre, de Crotel).
■ B I I | 4 . Voir ch a p itr e IX.
2 . Ce te rm e d’émissaire sous-lacustre e s t p r é fé rab le a u te rm e , sou v en t em p lo y é , d'émissaire souterrain.
E n e ffe t, il a r r iv e fr éq u em m en t, p a r e x em p le lo r sq u e l e la c s e v id e au m o y en d’en to n n o ir s s itu é s sur
s e s b o rd s, q u e l’ém is sa ir e su p e r fic ie l d e v ien n e so u te r ra in a p rès u n p a r cou r s d e q u e lq u e s m è tr e s.
3 . Les Lacs du Jura, p . 78.
Lorsque l’émissaire superficiel a un parcours superficiel important, il est très
rare qu’il soit double. Je n’en ai vu d’exemple que sur deux lacs, tous les deux situés
dans les Pyrénées-Orientalés, sur le désert de Carlitte, et peu éloignés l’un de l’autre.
Ce sont le lac de las Dougnes, au nom caractéristique, et celui de Pradeilles (fig. 43),
qui déversent leurs eaux à la fois dans la vallée de la Sègre et dans celle de la Tet. Le
déversoir du lac de Pradeilles qui est dirigé vers la Tet ne fonctionne d’ailleurs qu’en
hautes eaux; le jour de ma visite, le 30 juillet 1894, il était à sec. Ces deux cas ne
sont d’ailleurs pas uniques. D’après Ch. Grad1, entre le plateau deLangres et le ballon
de Servance, se trouve une petite nappe lacustre qui verse à la fois ses eaux dans la
Saône et dans la Moselle.
D’autre part, Elisée Reclus2
cite également comme ayant
un double déversoir le Les-
jeskogenvand, lac qui alimente
au nord-ouest la Rau-
ma, tri butai re d u M oldefj ord,
au sud-est le Lougen, tributaire
du grand Mjôsen et du
fjord de Christiania. Ce double
écoulement d’un lac n’est
d’ailleurs qu’un cas particulier
delabifurcation descours
d’eau phénomène assez rare *?IG' — Lac de Pradeilles (Pyrénées-Orientales) à double écoulement.
1 L’émissaire qui se dirige vers la Tet e st visible sur la gauche ; celui qui
et dont je ne connais qu’un se dirige vers la Sègre se trouve à droite, en dehors de la figure.
. . 30 juillet 1894. exemple enr rance, en dehors
(D'après une photographie de A. D e i.eb e cq u e .)
de ceux qui ont trait aux lacs
précités; il nous est fourni par le torrent qui descend des lacs du Doménon, sur
le versant nord-ouest du massif de Belledonne, et qui, un peu avant d’arriver au
chalet de la Pra, refuge du Club Alpin Français, se divise en deux branches 3: l’une
traverse le lac Crozet et va se jeter dans l’Isère à Lancey, l’autre passe au chalet de la
Pra, à l’Oursière et à Revel, et tombe dans l’Isère à Domène. (Voir la feuille Grenoble
sud-est de la Carte d’état-major et la feuille le Bourg-d’Oisans du ministère de l’Intérieur.
La bifurcation a lieu au point coté 2 2 5 3 4.)
1. Lacs e t rése rvoirs d e s Vosges (A n n . C. A . F ., 1877, p . 497).
2 . Géographie universelle : Europe Scandinave e t russe, p . 83.
3. Des travaux d’a rt, qu ’on a é tablis a u p o in t d e p a r ta g e , o n t u n p eu m o d ifié le s c o n d itio n s de c e tte
b ifu r ca tion , q ui c ep en d an t p a ra ît b ie n ê tr e n a tu r e lle .
4 . Une sem b la b le b ifür ca tion , b ie n c o n n u e des g éo g r a p h e s, e x is te dans l’Am ériq ue du S ud , o ù le s
ea u x du Gassiquiare son t à la fo is tr ib u ta ir e s d e l ’Orénoque e t du Rio Negro (Élisée Reclus, Nouvelle
Géographie universelle, t. XVIII, Amérique du S ud, p. 125). — M. E.-A. Martel en a s ig n a lé u n e au tr e en
Irlande (Gompt. Rend. des Séances d e la Société d e géographie d e P a r is , 1896, p . 7 0), o ù la r iv iè r e de B a lly le e ,
p r è s d e Gort, a a u ssi u n d oub le é c o u lem en t.