
et non pas so h s les eaux. Jamais 1 on n ’y a trouvé les couches caractéristiques des
deltas torrentiels, si apparentes dans les terrasses voisines qui bordent le lac. L’inclinaison
locale des alluvions de la Dranse, signalée plus haut, est trop irrégulière
pour pouvoir être attribuée à un dépôt lacustre* ; elle provient vraisemblablement
d’éboulements ou de tassements locaux dont le voisinage immédiat du gypse’, roche
facilement attaquable par les eaux souterraines, rend compte aisément.
La faune et la flore, assez pauvres d’ailleurs, de cette alluvion lui font attribuer
un âge relativement jeune. On y a trouvé des ossements d’animaux vivants de nos
jours , une défense qu Alphonse Favre* attribue, avec beaucoup de doutes, à l’Ele-
phas antiçuus, des mollusques, des insectes et des plantes semblables à ceux qui
vivent actuellement dans la région5. M. Forel6 n’hésite pas à dire en conséquence
que l’alluvion ancienne appartient au terrain quaternaire et non au pliocène, dont
on considère généralement que le Deckenschotter fait partie. Le peu d’altération des
roches qui la constituent milite également en faveur de sa jeunesse; à cet égard,
elle est fort différente de l’alluvion des plateaux du Lyonnais que MM. Delafond et
Depéret rangent dans le pliocène supérieur7.
Il semble d’ailleurs que l’alluvion ancienne ne soit pas très éloignée d’être du
même âge que les moraines qui la surmontent. M. Ernest Favre8 a constaté en effet
que, au bois de la Bâtie, à peu près à mi-hauteur de la falaise qui domine la rive
gauche du Rhône, une lentille de terrain glaciaire, composée d’argile avec cailloux
sfriés, pénètre comme un coin dans l’alluvion ancienne. Cette lentille fait, d’après
M. Favre, très nettement partie de la grande masse de terrain glaciaire qui recouvre
cette alluvion, et en effet, d après le dessin qu’il joint à son mémoire0, elle s’en
détache visiblement. Non loin de là, dans la gravière de Mategnin, sur la rive droite
du Rhône, une disposition analogue a été constatée par Alphonse Favre,0. « Ces faits,
dit M. Ernest Favre avec beaucoup d’apparence de raison, ne peuvent s’expliquer
*1. Je ne sais pourquoi M. Bruckner qui, d’ordinaire, est un observateur très avis«, veut voir dans -
ces dernières couches un ancien delta torrentiel de la Dranse dans le lac de Genève, à une époque où
son niveau aurait été de 130 à 180 mètres au-dessus du niveau actuel (Ed. B b ü ck n e r , d ie Yergletsche-
ru ng des Salzachgebieles, in P en c e s Geograph. A bhan d l., Bd. I, Heft I, p. 165, 1886). 11 reconnaît tout le
premier à la même page que leur inclinaison est des plus irrégulières, même qu'elles penchent tantôt
vers le nord, tantôt vers le sud.
2. Voir carte géologique au feuille Thonon.
3 . F.-J. P ictet, Ossements trouvés d an s les g ra v ie rs stratifié s de Mategnin {Mém. Soc. Phys. et llis t.
Na t. d e Genève, XI, p. 85, Genève, 1846).
4 . A upuobse F avre, De scription géologique d u canton de Genève, t . I , p . 9 6 .
5. A l ph o nse F a v k e , Recherches, 1. 1, p. 9 1 .
6. F.-A. F orel, le Léman, 1.1, p. 1 7 4 .
7 . D elafond e t D epéret, les Terrains te rtia ire s d e la Bresse, p . 2 0 2 e t seq. —
8. E r n e s t F a v r e , Arch . S. P . N. G., nouvelle période, t 58, p. 21, 15 janvier 1877, et Ch. L o r v , Bull.
S. G. F ., 3e période, t. 3, p. 723, 1874-75.
9 . Ernest F av re , loc. c it., p l. II.
10. Ib id ., p. 23.
que par une oscillation du glacier ; après avoir recouvert la nappe inférieure, il a dû
se retirer ; les eaux ont enlevé la boue glaciaire, sauf la languette qui est restée le
seul témoin de ce mouvement, puis elles ont déposé l’alluvion supérieure, que le
glacier, dans un nouveau mouvement de progression, a recouvert de la grande nappe
d ’argi l e. » . . . • " . : ■ • ■ ' • ■ i : .
Dans ces conditions, l’alluvion ancienne pourrait correspondre à celle qu on
rencontre à l’est de Lyon, sous les moraines de la dernière glaciation et que
MM. Delafond et Depéret* ont appelée « cailloutis de la période de progression desglaciers
». Il faut remarquer cependant qu’un temps assez long a dû s’écouler entre le
dépôt de la nappe inférieure de l’alluvion ancienne et celui de la grande masse glaciaire
qui la recouvre ; car, en certains points, le terrain glaciaire est en contact avec
la molasse à un niveau inférieur à celui qu’atteint l’alluvion ancienne. Ainsi, un peu
en aval de la Plaine, la molasse qui forme le promontoire d’Épeisses supporte directement
l’argile glaciaire, à quelques mètres au-dessus du lit du Rhône ; 1 alluvion
ancienne fait ici défaut*. On est donc amené à conclure que cette alluvion a eu le
temps d’être ravinée assez fortement avant le dépôt de la couche supérieure de terrain
erratique. On trouve du reste, en d’autres points du canton de Genève, des
dénivellations considérables de l’alluvion ancienne3.
Quel que soit d’ailleurs l’âge de cette alluvion ancienne, son dépôt autour du
lac de Genève est assez difficile à expliquer. Comment en effet a-t-elle pu traverser
la dépression du lac sans la combler ? C’est une question que se sont posée la plupart
des géologues qui se sont occupés du lac de Genève, et voici les principales
réponses qu’ils y ont faites.
Alphonse Favre*suppose que l’alluvion ancienneest un produit des grands glaciers,
que ses cailloux ont franchi la dépression du lac, alors que celle-ci était
occupée par la glace, qu’ils ont fait ce voyage à 1 état de blocs erratiques et qu’ils
n’ont été roulés qu’après être arrivés dans le torrent au pied du glacier et avoir été
remaniés par les eaux.
M. Ernest Favre5 pense qu’elle provient de glaciers peu éloignés; les eaux qui
sortaient de leurs diverses parties, et qui parcouraient les plateaux et toutes les
dénivellations du sol, formaient leurs dépôts torrentiels aux hauteurs les plus
diverses. Il suppose, lui aussi, que le lac existaitdéjà, mais qu’il était comblé parla
glace. Il reconnaît d’ailleurs que son explication est loin d être satisfaisante.
M. Forel* prétend que l’alluvion ancienne de Bougy et de la Dranse est un dépôt
■1 . l e s Terrains tertia ire s de la Bresse, p . 2 8 9 .
2 . Cette co n sta ta tio n , d ont j'a i pu vé r ifie r l ’ex a c titu d e , a é té fa ite p a r A lp hon se Favre (De scription
géologique d u canton de Genève, t. II, p. 87).
3. Ib id ., t ,J , p. 87.
4 . Recherches, 1 . 1, p. 95, e t Description géologique du canton de Genève, t. I, p. 141.
5. L’Origine d e l’alluv iôn ancienne [Arch. S. P. N. G ., n o u v e lle p é r io d e , t. 5 8 , p . 18 e t se q ., 1877).
6. Léman, t. I, p . 1 7 3 .'