
Je crois pouvoir rattacher encore à une cause analogue les nombreux entonnoirs
qui s’ouvrent dans la plaine alluviale du val de Loire, aux environs d’Orléans. Leur
diamètre ne dépasse pas en général 12 mètres, et leur profondeur S à 6 mètres.
Fig. 125. — Petite lag u n e , non loin de Saint-Magne (Gironde), 5 novembre 1896.
(D'après u n e photographie de A. Delebecquk.)
Deux d’entre eux, ceux qui forment le lac de la Roture et la source du Loiret, sont
notablement plus grands. Ces entonnoirs sont creusés dans les dépôts modernes de
Fig. 1 2 6 . — Lagune de l a Hucau (Gironde), 5 novembre 1896
(D’a p r è s u n e ph o to g rap hie d e A Dklkbrcquk.)
la Loire qui recouvrent le calcaire de Beauce1 ; mais ce dernier est associé à des
couches marneuses et présente des vides irréguliers2. M. Rossignol*, ingénieur des
ponts et chaussées, y a constaté de nombreuses cavernes lors de la construction du
1. Carte g é o lo g iq u e aUjÿ^L— fe u ille Orléans, par Douvillé .
2 . L égen d e d e la fe u ille Orléans.
3. M. R o s s ig n o l, Notice su r la construction d ’un v ia d u c à la traversée du v a l de la Loire à G ¡en (Ami. P .
e t 7 e s é r ie , t. VI, 1893, p. 659).
viaduc, à travers le val de Loire, de la ligne du chemin de fer de Bourges à Gien, et,
en exécutant les fondations de cet ouvrage, il a eu souvent à lutter contre des courants
souterrains, très abondants et très violents, qui jaillissaient de ces cavernes.
11 paraît bien probable que ces courants produisent dans les alluvions du val de
Loire des effondrements qui donnent naissance aux entonnoirs en question. Cette
explication est d’autant plus vraisemblable que, le 2 novembre 1896, M. Lévesque,
ingénieur des ponts et chaussées à Orléans, à qui je suis redevable de beaucoup de
renseignements très intéressants sur cette région, m’a montré, près du village de
Chécy, plusieurs de ces petites excavations dont la formation avait suivi une crue
toute récente du Cens (affluent de la Loire), qui datait de la nuit du 16 au 17
octobre. A 700 mètres à l’est de l’étang de la Roture, et tout près d’une ferme
importante, deux autres de ces entonnoirs, extrêmement bien conservés, s’étaient
ouverts subitement, l’un en 1894, l’autre en 1895, au milieu d’une plaine parfaitement
horizontale.
Rappelons enfin que certains accidents géologiques singuliers, tels que les failles
courbes des environs de Lons-le-Saulnier, où des lambeaux de balhonien se
trouvent isolés entre des coucbes normalement stratifiées de lias et de bajocien, ne
peuvent guère s’expliquer que par une dissolution souterraine, créant des vides où
les terrains supérieurs se sont effondrés1.
C. îÿ , ACTION. DE l ’e a u DANS LES TER RA IN S F IS SU R É S
11 est une circonstance particulièrement intéressante où les cours d’eau peuvent
produire des contre-pentes dans les vallées; c’est lorsque les terrains où ils coulent
sont formés de roches fissurées.
Si un cours d’eau, pendant qu’il est occupé à façonner son profil en long, vient
à rencontrer une fissure, il sera immédiatement dérangé dans son travail. Il s’engouffrera
dans cette fissure; l’érosion de la région située en amont va se faire alors
à partir d’un niveau de base nouveau; en même temps la partie aval va se trouver
privée d’eau. Il se formera ainsi un tronçon de vallée sèche qui s’étendra, soit
jusqu’à la rencontre du plus prochain affluent situé en aval, soit encore jusqu’à une
source ramenant les eaux de la rivière dans la vallée qu’elle a momentanément
abandonnée.
Peu à peu, le cours d’eau va se façonner un profil en long en harmonie avec
sa nouvelle position ; l’angle brusque F formé par le lit aérien et le lit souterrain va
s’adoucir; en même temps la portion déroché FAB(fig. 127), mal soutenue, pourra
s’effondrer, et finalement la vallée sèche se trouvera séparée, par un ressaut plus ou
moins élevé, de la vallée d’amont qui constituera un bassin fermé (fig. 128).
On trouve dans les terrains fissurés une foule d’exemples très nets d’un pareil
1. Marcel Bertrand, Carte g éo lo g iq u e au 8000Q, fe u ille L o n s-le -S a u ln ie r , lé g e n d e e x p lic a tiv e , e t Bull.
S. G. F., 3° s é r ie , t. 12, 1883-84, p. 452.