
duire; rien d'ailleurs, dans les études qu’on a faites des massifs montagneux, n'a
révélé jusqu’à présent un morcellement aussi prodigieux de la croûte terrestre.
Les observations géologiques faites à l'occasion de la construction du tunnel du
Saint-Gothard sont peu favorables à cette hypothèse. Le tunnel passe à 300 mètres
au-dessous d’Andermatt1, qui paraît être le siège d’un ancien lac important à présent
comblé par les alluvions de la Reuss, et, à cet endroit, les géologues suisses
Fig. 116. — Lacs du P o rt de Venasque.
(D’ap rè s une p hotographie do M. T rkntoul.)
n’ont observé aucune modification dans l’allure des couches*. Il semble donc que la
formation des lacs de montagne ne peut être rapportée que tout à fait exceptionnellement
à des affaissements analogues à ceux qui paraissent avoir donné naissance
aux grands lacs subalpins.
Je suis loin de prétendre, d’ailleurs, que certains effondrements ne peuvent
figurer au nombre des causes qui ont présidé à la formation des lacs; mais ces
effondrements ont, comme nous le verrons plus loin, une tout autre origine et ne
peuvent être rapportés aux forces internes qui agissent sur l ’écorce terrestre.
1. Carte g éo lo g iq u e du Samt-Gothard an p a r Von F r itscb , p u b lié e a u x frais d e la Confédération
h e lv é tiq u e .
2 . St a p f f , Observations géologiques dans le tunnel d u Gothard (Arch. S. P. N. G., 1875 e t 1876, p assim).
2° B A S S IN S P R O D U IT S PA R L E S FO R C E S D ’ O R IG IN E E X T E R N E
QUI A G IS S E N T S U R L ’ ÉCORCE T E R R E ST R E
Les agents d’origine externe qui peuvent travailler avec le plus d’énergie
l’écorce terrestre sont le vent, l’eau et la glace. Examinons-les successivement.
A. — Action du vent.
On sait que le vent, entraînant des particules sableuses, peut user même les
roehes les plus dures1. D’après Gilbert2, la partie sud-est du Colorado renferme un
nombre considérable de petites dépressions peu profondes dues à l’action du vent
sur des surfaces privées de végétation. Pumpelly3 a constaté que, partout où le
terrain situé entre la frontière sibérienne et la grande muraille de Chine est formé
de roches cristallines, il était rempli de dépressions auxquelles il ne manquait que
de l’eau pour être transformées en lacs. 11 les attribue à l’enlèvement par le vent des
parties décomposées de la roche.
En ce qui concerne le territoire français, je ne vois guère de point où cette
explication pourrait être admise. Il est évident qu’elle ne saurait rendre compte des
profondes cavités qui existent dans les vallées alpines ou pyrénéennes. Certains
plateaux montagneux sont, il est vrai, très exposés au vent; tel est, par exemple,
le désert granitique de Carlitte4 qui est constellé de petits lacs dont la profondeur
ne paraît guère dépasser 15 mètres5. Mais la surface de ce plateau, situé à une altitude
supérieure à 2 000 mètres, est protégée par la neige pendant plus de la moitié
de l’année. Il faut d’ailleurs remarquer que des dépressions causées par le vent ne
peuvent exister que dans des climats très secs; car, dans un climat humide, où la
précipitation atmosphérique l’emporte sur l’évaporation, elles se rempliraient d’eau
aussitôt ébauchées et seraient par suite à l’abri d’une excavation ultérieure.
B. — Action de Veau.
a. — ACTION MÉCANIQUE OU CHIMIQUE DES EAUX SUPERFICIELLES
Il serait superflu de rappeler ici le pouvoir mécanique de l’eau; tout le monde
est d’accord aujourd’hui pour admettre que, dans la formation des vallées, une part
1. D e Lapparent, Traité de géologie, 3? éd itio n p. 135.
2 . G. K. G ilb e r t , Journ. o f G eol., v o l. 3 , 1 8 9 5 , p . 4 7 -4 9 , e t a u s s i in R u s s e l l , Loke■? o f N o rth Ame rica , p . 3.
3 . R aphaël P umpklly, Geological Researches in China, Mongolia and Ja pan , p . 7 2 - 7 3 , 2 6 Sm ith son ian
In st., 1 8 6 6 , et The rela tion o f Secular Rock-Disintegration to loess, glacial d r i f t an d rock basins (Amer.
Journ. o f Science and A r ts , v o l. XVII, feb . 1 8 7 9 ).
4 . F eu ille s P rad es N. W. d e là car te d ’État-Major e t Ax d e la carte du Ministère d e ¡’In tér ieur .
5. Voir p age 44.