
accident topographique. Je citerai, sur le territoire français, parmi les plus caractéristiques
:
Le torrent du Bonheur, dans le Gard, qui s’engouffre près du village de Cam-
Fig. 127. — Schéma de la disparition d’un cours d’eau dans une fissure de la roche.
prieu pour reparaître un peu plus bas en formant la source de Bramabiau, avec
deux vallées sèches abandonnées’.
Près de Montvalent (Lot), deux grands thalwegs aboutissant à la Dordogne,
Fig. 128. — Schéma d’un bassin fermé suivi à l’aval d’une vallée sèche.
l’un vers Gluges, l’autre vers Mayronne, abandonnés par les ruisseaux qui se sont
perdus dans les gouffres voisins de Roque-de-Corn et de Réveillon2.
Dans le département du Doubs, la dépression de Sancey-le-Grand3, dont toutes
1 . E .-A . Martel, les Abîmes, p . 187 et seq. — Carte d’État-Major au g ^ j , f e u i l l e S év éra c S. E.
2. E.-A. Mart e l , les Abîmes, p . 296. — Carte d’État-Major a u —1 g, feu ille B r iv e sS . E.
3 . Carte E.-M, fe u ille s Montbéliard S. E. e t S. W. — Carte M. I ., fe u ille B aum e -le s-D am e s. — Carte
g é o lo g iq u e au gôwjj, fe u ille Montbéliard, p ar K ilia n . L’origin e d e la v a llé e sè c h e s e trouve e x a c tem en t
s u r le ch em in d e gran d e com m u n ica tio n q ui va de Cusance à S anc ey -le-G ran d, à l’em b r a n ch em en t d’un
ch em in vicin a l o rd in a ir e ven an t d e Ran deville rs e t à p eu p r è s à 800 m è tr e s à l’o u e s t du p o in t co té
507. MM. d e la Noë e t d e Margerie m e n t io n n en t c e tte d ép r e ssio n cu r ieu se dans leu r ouvrage su r les
Formes du te rra in (p. 157)..
les eaux aboutissent à l’entonnoir appelé puits Fenoz pour revoir le jour au puits
d’Alloz, à 3 kilomètres en aval. Une ancienne vallée abandonnée par ces eaux prend
naissance à 1 kilomètre à l’ouest du puits Fenoz, à 30 mètres au-dessus de ce dernier
(mesure faite au baromètre); c’est la vallée du Cuisancin, qui vient aboutir au
Doubs en face de Baume-les-Dames et qui, sauf en hautes eaux, parait être sèche
jusqu’au hameau de Cusance-le-Châtel.
Dans le Vercors, les nombreux petits bassins fermés du plateau urgonien de
Lente parsemé d’entonnoirs '.
Tant que l’écoulement se fera régulièrement dans la voie souterraine où le
cours d’eau s’est transporté, la vallée continuera à se creuser en amont avec une
pente continue; mais il peut se faire que cet écoulement vienne à être interrompu.
Les matériaux charriés par la rivière pendant une crue peuvent obstruer le canal
dans une partie rétrécie, un éboulement peut se produire dans une des galeries souterraines
ou bien encore, suivant une remarque ingénieuse de M. Penck2, dans les
régions qui ont été autrefois envahies par les glaciers, ceux-ci ont pu venir boucher
les orifices des canaux souterrains par des dépôts morainiques imperméables.
Alors les eaux, ne trouvant plus d’issue, seront obligées de s’accumuler en formant
un lac qui s’écoulera ou bien par la vallée primitive abandonnée, ou bien par une
autre fissure située'sur l’un des versants à un niveau inférieur à celui de cette
vallée. Il peut arriver également que, sans que l’écoulement soit complètement
intercepté, le canal subisse une obstruction telle qu’il ne soit plus capable de débiter
toute la quantité d’eau qu’il reçoit; dans ce.cas, les eaux s’accumuleront également
jusqu’à ce que l’augmentation de pression dans le canal compense le rétrécissement
de la section, ou bien, si cette compensation ne peut se produire, jusqu’à
ce qu’elles aient trouvé une autre issue plus élevée; elles formeront alors un lac
à double écoulement, superficiel et sous-lacustre.
C’est vraisemblablement à cette dernière circonstance qu’est dû le lac de Chail-
lexon (fig. 49, 53 et 104, p. 131, 157 et 292). Ce lac fait tellement partie intégrante
du Doubs que, lorsqu’on l’examine sur une carte, on a quelque peine à le distinguer
de cette rivière et à croire qu’on a affaire à un véritable lac. Il est, comme le reste
de la rivière, dans une entaille étroite et sinueuse de la roche; sa profondeur3
augmente insensiblement de l’amont à l’aval, et il se termine brusquement par
un entonnoir profond de 31m,50 par où l’eau s’échappe, pour reparaître environ
500 mètres plus loin, au-dessous de la célèbre cascade du Saut du Doubs; en hautes
eaux il se déverse aussi par-dessus le seuil rocheux qui le soutient à l’aval4. Il
1. Voir E. A. M a r t e l e t A. D e l e b e c q u e , S u r les Scialets e t l'hydrologie sou te rrain e du Vercors, C. R.,
t. CXXIII, 1896, p ..847.
2 . P enck, Morphologie d e r Erdoberfläche, t . II, p . 2 8 6 .
3. Voir P l . VII. Voir au ssi Carte g éo lo g iq u e au fe u ille Ornans, A tla s to pographiqu e de la
Suisse, feu ille Le Locle a.u j j h - , e t Carte g é o lo g iq u e su is s e a u ¡ j jU j , fe u ille 6 (B e sa n ço n -L e Locle). .,
4 . Voir page 425.