
nous nous contentâmes d’observer la simplicité et l’économie qu’ils mettoient
dans 1 établissement de leurs verreries, et d’apprécier les produits qu’ils obte-
noient, non d api es leur beauté, mais d après leur utilité. Pour établir une verrerie,
ifs choisissent une maison abandonnée ; et le four qu’ils y construisent en
briques crues, ainsi que les instrumens qu’ils emploient, coûtent à peine deux cents
francs. Une des pièces les plus importantes de leurs fabriques est le bocal à lampe ;
voici l’usage qu’ils en font.
Veulent-ils se procurer une lanterne, ils enfoncent un de "ces bocaux, jusqu’à
son bord, dans un trou rond pratiqué dans une planche carrée, surmontée d’une
pyramide faite de quatre petites planches triangulaires; ils allument la mèche
du bocal, lequel se trouve suspendu à la base de la pyramide, qui sert de cheminée
à la fumée et garantit la flamme contre le vent.
Veulent-ils cclairer les rues, il leur suffit de faire des lanternes plus grandes et
d’y placer deux ou trois bocaux.
Veulent-ils se donner le plaisir d’une illumination, c’est encore à ces bocaux
ï-j. cfll °At recours : ils les. mettent dans les trous nombreux faits dans des cercles
ou cartes de bois de differens diamètres, et qui, placés les uns sur les autres,
a des distances convenables, forment des pyramides, quelquefois immenses, qu’ils
suspendent devant les maisons.
Observons que ces illuminations des Égyptiens modernes se faisoient de la
meme manière par leurs ancêtres.
« Quand on s est assemble à Sais pour y sacrifier pendant une certaine nuit,
» tout le monde allume en plein air des lampes autour de sa maison : ce sont
» de petits vases pleins de sel et d huile, avec une mèche qui nage dessus et
» qui brûle toute la nuit ( i ); »
La seule différence qu il y ait, c est que le sel qu’on mettoit autrefois dans
le bocal jusqu’à l’extrémité du tube qui selevoit de son fond et qui portoit la
mèche, est maintenant remplacé par de l’eau, sur laquelle nage l’huile qui alimente
la flamme.
En voyant que leurs ballons pour le sel ammoniac [muriate d’ammoniaque] sont
fabriqués avec le rebut, et, pour ainsi dire, la scorie des autres verres, nous
étions tentés de taxer les Égyptiens d’ignorance et de maladresse ; mais nous
avons bientôt reconnu qu’ils ne font que suivre les règles de l’économie. En .
effet, comme les ballons à employer pour la sublimation de ce sel, qu’ils soient
faits avec de bon ou de mauvais verre, ont toujours besoin d’être lutés, les
Égyptiens ont dû préférer ceux qui leur coûtent le moins, ceux qui, sans beaucoup
d’apprêt, leur représentent, aussi bien que les autres, des vases de terre moulés
. sur des vases de verre.
fut exclusivement fabriqué dans ce pays, ou tant qu’il que maintenant encore les Égyptiens en font venir
conserva sur celui des Sidoniens et des autres peuples de ces forê^, sinon pour leurs chétives verreries, au
une supériorité décidée, le haut prix qu’il avoir dans moins pour la cuisine du riche, et pour les ateliers du
le commerce détermina fàcilemehr les verriers à tirer, menuisier et du charpentier.
ou à continuer à tirer, des forêts de la Càramanie, le (i) Hérodote,//,«, iiv. I l , S- 62; trad.de Larcher.
bois qui leur étoit nécessaire ; et cela est si probable,
Enfin nous avons remarqué qu’ils ont lart de recoudre le verre avec du fil,
d’archal et de couvrir cette suture de blanc de plomb ou de chaux, l’un ou l’autre
délayé par le blanc d’oeuf; et comme, du temps de Pline, on se servoit à Rome
du même procédé, il est à présumer que les anciens Égyptiens l’ont communiqué
aux Romains avec cet autre qui consiste à souder avec le soufre les fragmens
des vases de verre.
Candidum ex ovis admixtum calci vivoe glutinat vitri fragmenta. ( P lin . )
Qui pallentia sulphurata jractis
Permutât v itr e is .. . . . . . (Mart. Epigramm. Iib. i , 4 ±.)
E t rupto poscentem sulphura vitro. (Juven. Sat. v , 48.)
Quoeque comminutis
Permutât vitreis grégalé sulphur. (Stat. Si!v. Iib. l , 6.)