
M. Fourier et tous nos collègues ont constate que le plan de l’inscription est le
même que celui des hiéroglyphes qui suivent.
Je cite, en second lieu, le témoignage de M. Jollois, qui a noté sur son journal
de voyage que l’inscription Grecque paroissôit avoir été substituée à un globe ailé;
3.° ; Celui de M. Coraboeuf, qui a observé des restes de caractères Égyptiens
encore subsistans, et qu’on aperçoit parmi les dernières lettres de l’inscription;
4.“ Celui de M. Ripault, qui a constaté le même fait ( 1 ) ;
. y.° Enfin celui de M. Chabrol, qui a mesuré, dessiné et décrit avec moi, dans
le plus grand détail’, toutes les parties qui restent du monument.
J’ai dessiné l’inscription avec soin, et j’ai constaté moi-même, sur les lieux, avec
un soin extrême, qu’elle étoit sur le même plan que les hiéroglyphes ; ce qui suppose
nécessairement qu’il y avoit un bas-relief Égyptien sur la frise, dans la partie
occupée aujourd’hui par l’inscription Grecque. Ce fait est consigné dans mon journal
de voyage (2), avec les expressions.suivantes, que je crois devoir rapporter
littéralement : « Sur la frise de la façade, où probablement il y avoit jadis un
» bas-relief Égyptien,, comme le globe ailé, on voit les restes d’une inscription
» Grecque qui aura été gravée sur la frise dépouillée du bas-relief ; car elle est sur
» le même plan que celui où sont sculptés les hiéroglyphes voisins. »
Comme l’exemple tiré de l’inscription à’Antæopolis est un des plus importans
dans cet ordre de faits, nous avons cru devoir y insister ; et pour qu’il ne reste,
sur ce qui précède, absolument aucun nuage, nous allons terminer par une remarque
essentielle. Il faut savoir que les Égyptiens ont généralement sculpté, sur
les frises de leurs portiques, des caractères ou des figures hiéroglyphiques en creux;
et sur les corniches, de grands globes ailés en relief, avec des cannelures à droite
et à gauche. Quelquefois ces cannelures sont entremêlées de certains ornemens
également en relief. Il faut entendre par sculpture en relief sur les corniches,
celle qui est saillante en dehors de la gorge ; et cette gorge est formée par la nappe
ou surface qui résulteroit de toutes les parties carrées des cannelures, prolongées
de façon à faire une surface cylindrique continue. C ’est en dessus de cette nappe
que le globe , les serpens et les ailes sont toujours sculptés; tandis que les hiéroglyphes,
quand il s’en trouve, sont sculptés en dessous. Il en est de même de la
frise : quand elle renferme au milieu un disque ailé, correspondant au dessous
de celui de la corniche, il est saillant en dessus ou bien en dehors de la surface
de cette frise, tandis que les figures et les caractères sont taillés en dessous ou
en dedans de ce même plan. Cela bien entendu, il est évident qu’une inscription
ne peut se graver ni sur les cannelures de la gorge, ni par-dessus les hiéroglyphes
de la frise. Il ny a que deux partis à prendre : ou d’écrire sur le listel étroit qui
couronne la corniche, ce qu’ont presque toujours fait les Grecs et les Romains;
ou de gratter (quand il existe) le globe ailé de la frise jusqu’au niveau du plan de
celle-ci, et d y graver ensuite l’inscription : c est ce dernier parti qu’on a pris eiy
traçant celle d'Antaeopolis.
( 1) Voye^ la description abrégée qu’ il a insérée au (2) Du 3 brumaire an 8 [25 octobre 17-99.]«
Moniteur du 30 messidor an 8 [19 juillet 1800 !.. - , *•
Ajoutons que cette derniere porte le nom de plusieurs princes d’âges très-
différens ; les uns, rois Lagides.et les autres -, empereurs-Romains. Deux lignes et
demie font mention dePtolémée Philométoret sa femme ; et, une ligne et demie
ensuite, d Antonin et Vùrus. Si Philometor avoit bati ce temple, il n'appartiendrait
donc pas aux Romains ; et si ce sont les Romains qui l’ont bâti, d’où viendrait
le nom de Philométor I Mais ce n’est pas ici le lieu d’expliquer comment l’on
trouve dans cette inscription des époques si différentes : la discussion de ce fait
singulier meneroit beaucoup trop loin; elle aura sa place ailleurs. Il suffit d’en
tirer cette conséquence, qui paraît invincible, non-seulement que la construction
du temple n’est l’ouvrage ni des Romains ni des Grecs, mais que cette inscription
elle-même, et, à plus forte raison , toutes les autres, sont contraires à l’opinion
qui leur attribuerait les monumens où l’on trouve gravés des caractères Grecs et
Latins.
C O N C L U S IO N .
Il résulte des observations et des réflexions que je viens d’exposer, que les
voyageurs. Grecs et les Romains ont inscrit leurs noms sur les anciens monumens
de 1 Égypte, à peu près comme font les voyageurs modernes qui veulent laisser
des traces de leur séjour dans ies lieux célèbres .qu’ils ont visités; en outre, plusieurs
rois Lagides, et aussi des empereurs, ont fait ou laissé inscrire leurs noms sur
les temples d’une manière un peu plus solennelle, mais sans pouvoir donner autant
d’extension et d’appareil à ces inscriptions qu’on le faisoit sur les édifices de
construction Grecque ou Romaine, parce que le système de l’architecture Égyp-*
tienne, toute couverte de décorations et d’hiéroglyphes, s’y opposoit absolument :
ainsi a été trompée dans son attente la flatterie qui vouloit faire honneur de ces
ouvrages aux modernes souverains, si, en effet, tel a été le but de ceux qui ont
composé les inscriptions.
Nous avons eu aussi 1 occasion de démontrer que les inscriptions Grecques et
Latines tracées sur les édifices ne peuvent absolument fournir aucune date pour
la fondation. Si elles prouvent quelque chose, c’est la grande antiquité elle-même
de ces édifices, et la vénération des Romains et des Grecs pour les ouvrages de la
vieille Égypte.
Deux faits digne,s d attention résultent encore des recherches qui précèdent : le
premier, c est quil existe en Égypte un ancien monument où des figures hiéroglyphiques
ont été substituées à des inscriptions Grecques; et un autre où, au contraire.
1 inscription Grecque a remplacé les hiéroglyphes. Ces faits curieux méritent d’être
approfondis; et Ion ne peut en tirer des conséquences justef qu’en étudiant avec
soin toutes les circonstances relatives aux monumens dont il s’agit. Le lecteur
dont 1 opinion ne seroitpas suffisamment éclairée par les observations précédentes,
devroit donc recourir aux descriptions spéciales de ces édifices (i). j j ,
Telles sont les remarques générales que m’ont suggérées les différentes inscriptions
Grecques et Latines recueillies en Égypte. Dans la seconde partie, je
(i) Voyez la Description de Philæ, A . D . chap. / , et celle d’Antæopolis, A . D , chap, X I I .