
antiquité (ce qui n est pas arrivé), ceSt qu’il n’auroit pas fait un examen suffisant,
un rapprochement complet de tous ces édifices. En effet, le même état de vé-
tusté, la meme couleur, les mêmes matériaux, la même construction, la même
architecture, les memes procèdes, enfin une similitude parfaite, voilà ce qu’on
trouve dans tous les monumens qui restent de l’ancienne Egypte, et ce qu’on ne
trouve que ià. Et quand des ouvrages récens "rempliraient toutes ces conditions,
il en est une qui leur manqueroit toujours et dont l’absence les feroit aisément
reconnoître ; c’est l’emploi des sculptures symboliques, des caractères sacrés de
la’religion d’Isis et d’Osiris, enfin de la langue et des signes hiéroglyphiques) Quel
peuple d’ailleurs a jamais élevé des temples aux dieux de i’Égypte, autre que les
Egyptiens eux-mêmes! On sent en effet qu’il n’y a rien à conclure du culte Isiaque
transporté a Rome sous Auguste et Tibère. Il n’existe pas le moindre rapport
entre le temple d Isis a Pompeii et ceux des bords du Nil.
Si les Grecs et les Romains ont gravé des inscriptions sur différentes parties
des anciens édifices, cest à des époques plus ou moins récentes, et extrêmement
éloignées de celle de 1 érection. Toutes ces inscriptions sont en caractères
maigres et difficiles a lire ; plusieurs même sont effacées et devenues illisibles
par le laps du temps, tandis qu’un espace de temps deux ou trois fois plus considérable
n’a pas suffi pour altérer les inscriptions Égyptiennes, c’est-à-dire,
cette multitude d hiéroglyphes sculptés et peints sur les temples, à côté desquels
sont ces lettres Grecques et Romaines qui ne sont que superficielles. Qu’aurions-
nous dit en Egypte de celui qui, cherchant dans ces inscriptions sans autorité
la date des temples, auroit attribué à Tibère la fondation de Denderah, ou
aux Antonins celle d'Antæopolis, parce que les noms de ces empereurs y sont
gravés !
On devroit, sans nul doute, passer sous silence une pareille supposition, si
elle ne sembloit avoir acquis quelque force au moment de l’expédition d’Égypte,
tant par le savoir des personnes qui l’ont proposée, qu’à cause du peu de con-
noissance que Ion avoit encore à cette époque des véritables antiquités Égyptiennes
: mais ces inscriptions se trouvent liées à la question de l’antiquité des
monumens de 1 Égypte; et cette question elle-même, on se trouve obligé de la
mettre dans le plus grand jour. Or rien n’est plus facile que de faire voir combien
ces inscriptions Grecques ou Latines sont loin de fournir l’époque chronologique
des monumens. Pas une d elles n’indique une fondation, une construction, ni rien
d approchant : le mot qui l’mdiqueroit et qui n’auroit certainement pas été omis,
si cette date eût été 1 objet des auteurs des inscriptions, manque par-tout ; tout
ce quil est possible de supposer, c’est qu’il s’agit peut-être d’une consécration ou
dédicace des édifices. Elles sont àpeuprès dans le cas de celles que les Romains ont
gravées sur les monumens Grecs, soit après les avoir réparés , soit pour en faire
une consécration nouvelle; avec cette différence, qu’en Grèce ils ont inscrit
les noms^ des empereurs sur les frises ou sur d’autres endroits nus et spacieux,
umdis qu’en Égypte on n’a écrit et pu écrire que sur des places excessivement
étroites,, savoir, les listels des corniches, par la raison que cette partie étoit la
seule unie et sans hiéroglyphes. Agrippa ne sera considéré par personne comme
1 auteur des propylées, parce que son nom est gravé, comme on le voit dans
l’inscription suivante, sur l’un des grands piédestaux qui précèdent ce magnifique
monument: • •
O A H M 02: MAPKON ArPHI I IAN AETKIOT TION TPI2: TI IATON
TON TAIOT ETEPTETHN
. P O P V L V S ' M A R C V M A G R I P P A M , L V C I I F I L I V M , T E R T I V M C O N S V L E M , C A I I
(amiciim) B ENE F I c VM ( 1 ).
Au reste, on a fait observer avec raison que cette dédicace paraît être une
flatterie que les Athéniens mirent souvent en usage., depuis qu’ils furent soumis
au joug des empereurs. C ’est ainsi que les Romains ont fait sur les monumens
des Grecs ce que les Grecs avoient fait sur ceux des Égyptiens (2).
Inscription sur la frise ou architrave du Temple d’Antæopolis.
E n Égypte, un seul monument porte une inscription sur son architrave \ c’est
celui S Antæopolis (3) : les Romains y ont gravé plusieurs lignes votives, comme
celles qu’ils ont tracées sur les temples d’Athènes, reparés ou consacrés par leurs
mains. Une circonstance favorable se prêtoit à ce dessein, c’étoit l’existence d’un
de ces disques ailés que les Égyptiens sculptoient toujours en relief Ici, au-dessous
du globe aile de la corniche, il y en avoit un pareil sur l’architrave, comme cela
est encore au portique d’Edfoû. L ’on a uni la place, et l’on y a inscrit quatre lignes
de grec. Ce fait est démontré d’une manière certaine par l’existence de plusieurs
restes de la sculpture Égyptienne, que les auteurs de l’inscription ont négligés et
qu ils n ont pas fait disparoître entièrement. L’importance du fait méritoit un examen
attentif Je ne me suis pas borné à faire cet examen, j’ai voulu appuyer
mon observation par celles de plusieurs autres voyageurs : je citerai donc, 1 le
témoignage de M. Fourier, qui écrivoit jour par jour ses observations sur les édifices;
les lisoit journellement aussi à ses compagnons de voyage, et faisoit ainsi constater
1 authenticité de cette espèce de procès-verbal. Il y a consigné que le plan
où est gravée 1 inscription d’Antæopolis, est le même que celui des hiéroglyphes
du reste de la frise : ce qui ne pourrait avoir lieu, si l’on n’avoit pas gratté quelque
sculpture en relief; car, s il y avoit eu; dans le milieu de la frise, des caractères
hiéroglyphiques en creux, comme dans le reste de la longueur, il n’auroit pas été
possible dy graver des lettres Grecques, infiniment moins profondes, ou bien il
auroit fallu abaisser le plan de plusieurs centimètres pour faire entièrement disparaître
les hiéroglyphes et graver ensuite l’inscription. Or c’est ce qui n’est pas ;
( 1) Chandler, Inscriptiones antiques> pars I I , XIV. consacré à Auguste, comme le premier le fut à Agrippa.
Oxon. J 774- — An liquides o f Athens, vol. I I , c. V. Cette idée est plausible.
(2) Les auteurs des Antiquités d'Athènes soupçonnent (3) H est possible que l’inscription d’Achmym, tracée
que l’autre piédestal qui est devant les propylées étoit parles Romains, l'ait également été sur la frise du temple.