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indécise,, et toutes les années les gens d’Alhama, qui sont les plus forts, la
tranchent en leur faveur et vont, avec un appareil militaire, prendre possession
de l’endroit en litige. Il y a quelques dix ans que leurs adversaires
voulurent leur résister à main armée, et eurent leur village presqu’entière-
ment brûlé, depuis ils n’ont garde de s’y frotter, et se contentent de protester
contre cette usurpation.
Au pied de la Tejeda je trouvai abondamment une Cynarée curieuse que
j ’avais déjà vue à la Sierra Nevada, près de Pulche. C’était un Artichaud de 2 à
3 pieds de haut, aux têtes plus petites que dans l’espèce ordinaire, mais armées
d ’énormes épines éLalées ; les corolles, lés feuilles èt toutes les parties de la
plante ont une teinte blanchâtre. Après un été sans pluie il ne restait que
peu de plantes en fleur au haut de la montagne, à l’exception de VAndryala
Âgardhii, dont les branches latérales ^’étaient développées et avaient refleuri.,
de la Merendera et d’un joli Crocus violet. Nous ne trouvâmes personne au
sommet, et il fallut passer la nuit dans la hutte d’épines qu’on connaît déjà,
veillant alternativement, mon domestique et moi, afin qu’on ne volât pas
notre mulet et notre bagage. Le lendemain ce fut bien une autre affaire, lorsqu’il
s’agit de le charger pour descendre les pentes rapides qui mènent à Ca-
nillas ; je n’avais plus avec moi Pedro qui m’avait demandé de le laisser retourner
dans son village, et il n’y a qu’un Espagnol qui sache arranger les
paquets sur une bête de somme, les placer^demanière à maintenir l’équilibre
et se reconnaître au milieu des cordes et des noeuds qui assujettissent le tout.
Nous eûmes beau faire de notre mieux, la maudite charge tournait à chaque
quart d’heure et je commençais à désespérer d’arriver au bas de la montagne,
lorsqu’un berger qui était heureusement dans le voisinage, s’aperçut de notre
embarras et vint nous tirer d’affaire.
Rien n’e'tait plus riant que le sentier qui descend de Canillas à Velez, par une
belle soirée de septembre et avec le panorama de la côte sous les yeux. A
chaque pas je rencontrais des troupes joyeuses qui remontaient au village après
avoir travaillé toute la journée à la récolte des pasas, dans les vastes vignobles
qui couvrent les collines; des ânes et des mulets étaient chargés de raisins déjà
secs et contenus dans des caisses en bois de pin et de la contenance d’un ar-
roba. On fait sécher le raisin sur le sol dans la vigne même, et comme il
faut continuellement le retourner, .la présence de nombreux ouvriers est
indispensable, et il en afflue en cette saison de tout l’intérieur du pays et,'de
l’Alpujarra. Lorsque pendant cette opération la pluie vient à tomber, c’est
un grand malheur pour toute la contrée, le raisin pourrit ou perd au moins
beaucoup de sa qualité. Pour obvier à cet inconvénient, on a , du côté de
Velez et de Malaga, des séchoirs en briques qu’on peut couvrir, mais on fait
perdre aux grains en les transportant ainsi, leur fleur qui est très-estimée. Le
solde cès vignes, dans les endroits mal cultivés, était couvert des Carlina
sulfurea et corymbosd. Je cueillis aussi sur leur lisière de rares ombellifères en
fruits mûrs, entre autres la Margotia laserpitioides.
A Velez-Malaga on s’occupait de la récolte des cannes à sucre que l’on
coupait pour les porter à Yingenio; la Conyza sicula, plusieurs Cyperus et
le Sàccharum Ravennoe ornaient les endroits humides, la rivière épuisée
par la sécheresse et les saignées, avait son lit complètement à sec ; mais
on retrouvait encore, en creusant dans le sable, une eau fraîche et pure.
Le 14 septembre je rentrais à Malaga après deux mois et demi d’absence.
CHAPITRE XIV.
Excursion à la Sierra de la JSieve.
Quoique la saison fût bien avancée pour herboriser, je tenais beaucoup
à visiter encore la Sierra de la Nieve ou de Toloz, éloignée de huit lieues
de Malaga, et où j ’espérais retrouver le Pinsapô, ce fameux pin des montagnes
d’Estepona sur lequel je n’avais encore que des connaissances bien
imparfaites. Accompagné de messieurs Hænseler et Prolongo que je décidai
à faire avec moi cette course, je me mis en route par une belle matinée de la
fin de septembre. Ce moment de l’année est délicieux pour voyager en Andalousie,
le temps est encore serein, la chaleur modérée e lle s nuits fraîches,
partout on trouve des raisins si exquis qu’à eux seuls ils pourraient servir de
nourriture; leur variété est infinie sous le rapport de la Couleur, de la grosseur,
de la saveur, comme sous ceux de l’époque de maturité et de l’usage auquel on
les destine : les uns ne sont employés qu’à faire du vin, d’autres à être séchés,
d’autres enfin se mangent frais. La nature commençait à se réveiller de ce sommeil
auquel elle est condamnée à la fin d’un été d’Espagne; et quelques plantes
bulbeuses telles que le Leucoium, le Narcissus et le Scilla autumnalis, annonçaient
l’approche des pluies équinoxiales et des mois d’hivér qui , dans ce