
sèches, et que des plantes sociales de la région montagneuse, telles que le
Genista aspalathoides, les Graminées coriaces, y remontent plus haut et y occupent
plus de place. Cette remarque n’est cependant point sans exception, et tel
versant méridional, tel que le haut de la vallée de Trevelez, offre une végétation
aussi riche et aussi variée que celle des montagnes au-dessus de Grenade.
Cette région est la région pastorale par excellence ; ce n’est pas qu’on y
trouve des pâturages gras analogues à ceux de l’Europe centrale : on .n’y
voit de gazon proprement dit que dans le fond des vallons, au bord des
ruisseaux, dans les endroits humides des pentes et vers les limites supérieures
aux Borreguiles couverts de pelouses verdoyantes; mais les flancs des montagnes,
quoique couverts de buissons ou de sous-arbrisseaux épineux, nourrissent
assez de plantes propres à la nourriture des troupeaux, quand ils ne sont point
usurpés par des Graminées coriaces dont je parlerai plus bas, et que les moutons
n’attaquent qu’à la dernière extrémité. Ces troupeaux, composés presque
exclusivement de moutons et de chèvres, ont en général deux stations d’été,
l’une dans le bas de la région pour le mois de mai, juin et septembre, l’autre
dans la partie supérieure, pour les mois de juillet et d’aoùt. Quelquefois,
quand la tenle des bergers est placée dans une position intermédiaire, ils y
restent pendant toute la belle saison; leur métier devient assez pénible à la
fin de l’été, à cause de la rarete de l’herbe; il faut alors conduire chaque
jour les troupeaux à d’assez grandes distances.
La région alpine ne contient aucun hameau ou village, quoique, sur le
revers méridional de la Sierra-Nevada, on en trouve quelques-uns,
tels que Trevelez et Berchul, assez rapprochés de sa limite inférieure ;
les cortijos, ou fermes habitées toute l’année, ne remontent guère davantage.
Les habitations de cette zone sont donc essentiellement temporaires;
connues sous le nom de hatos ou tiendas, elles se composent ou de tentés
de toile grossière, ou de huttes en branches ou en paille, ou d’un simple
mur circulaire à hauteur d’appui ; du côté des Alpujarras, quoique
toujours très-petites, elles sont plus solidement établies en murs secs recouverts
de dalles plates, sur lesquelles on met une couche de terre
tassée, d’un ou de deux pieds d’épaisseur. Ces différentes demeures sont celles
des bergers et de quelques cultivateurs, qui, montés des villages inférieurs,
viennent s’y établir à diverses époques de l’été, pour ensemencer, arroser
et recueillir leurs cultures, très-peu étendues dans cette région, mais
qu’on trouve sur le plateau de la Sierra de Gador, et dans les vallons
de la Sierra-Nevada. Ces cultures se composent de seigle et de pommes
de terre; au Barranco de Poqueyra, j ’ai même vu du maïs, mais cultivé
seulement comme fourrage. Dans les vallées du versant de Grenade, le
seigle et la pomme de terre ne remontent qu’à 63oo pieds environ, mais sur
le versant méridional, par exemple à la Hoya del Muerto, au-dessous du
port de Vacares, j ’ai trouvé de très-beaux seigles à l’altitude énorme de
7600 pieds, dans une localité il est vrai abritée et très-favorablement orientée.
La moisson, dans ces endroits élevés, ne se fait qu’à la fin d’août ou
au commencement de septembre. A l ’exception de quelques pieds de cerisiers
dans les vallons, les arbres fruitiers ne remontent point dans cette région.
Voici les principales stations ou classes de végétation de cette zone :
i° Buissons ou taillis formés dans le bas de la zone par le Sarotham-
nus scoparius, Genista ramosissima, Quercus toza; plus haut, par le Genista
aspalathoides; près des habitations et des cultures, par la Rosa canina et
l ’Epine vinette, qui croit en épais halliers, sous lesquels vivent quantité
de plantes délicates.
2° Bois clair-semés de Pinus sylvestris de vingt à trente pieds de hauteur,
dans la Sierra-Nevada, entre les vallées de Monachil et de Dylar;
ils sont peu étendus, et occupent une zone étroite, entre 5ooo et 65oo
pieds. Cet arbre est remplacé, dans la Sierra de To lo z, par le Quercus
alpestris et VAbies pinsapo, mêlés de quelques pieds d’I f, et qui remontent
jusqu’à 6000 pieds. Dans la Sierra-Tejeda, quelques pieds d’if, de Sorbier, d’E-
rable, sont les seuls restes des forêts qui jadis, dit-on, couvraient une partie
delà montagne; la Sierra de las Almijarras, qui en est la continuation, est,
au contraire, boisè'e jusque sur ses sommités, dont quelques-unes paraissent
entrer dans la région alpine. Ces forêts, que je n’ai pu visiter, sont
composées de Conifères, probablement de Pinus sylvestris, auxquels s’associe
peut-être le Pinsapo.
3° Bosquets formés d’arbres ou très-grands arbrisseaux, dans les terrains
gras et arrosés des pentes, au fond des vallons de la Sierra-Nevada; ils
occupent une zone très-étroite et comprise entre 5ooo et 6200 pieds. Ils se
composent spécialement des espèces suivantes : Sorbus aria, Cratoegus Gra-
natensis, Lonicera arborea, Cotoneaster Granatensis, Adenocarpus decorticans,
Fraxinus angustifolia, Salix capræa, Acer opulifolium. Chacun de ces arbres
n’est représenté que par un petit nombre de pieds; on voit, par de
vieux troncs, qu’ils furent bien plus nombreux autrefois, et ils finiront par
disparaître en entier, les bergers qui manquent de combustible les coupant
sans discernement.