
Notre région offre enfin déjà quelques traits de ce phénomène plus marqué
dans les régions suivantes : je veux parler de la présence d’espèces qui lui
sont communes avec quelques contrées dél’Orient, et qui ne se retrouvent pas
dans les pays européens intermédiaires. En voici quelques-unes : J
Malcomia Africana.
Garideila nigellastrum.
Notocrras Canaricnse.
Silène villosa. ...
: Fagonia Cretica. '
Minuarta montana.
Cucumis colocynthis.
Viscum cruciaium.
Echium glomératum.
Plantago ovata.
Atriplex glauca.
Statice Ægyptiaca.
Plusieurs de ces plantes se retrouvent, il est vrai, en Barbarie, ce qui
explique mieux ce fait de double patrie.
Les Cryptogames cellulaires ne se trouvent qu’en nombre excessivement
restreint dans la région chaude, le manque d’ombre et de forêts et la
sécheresse excessive y empêchent le de'veloppement des mousses, et les rocs
calcaires calcinés par le soleil, sont aussi peu favorables à la croissance des
Lichens pétricoles.
3. Région montagneuse.
Cette région commence à peu près vers 2000 pieds d’altitude absolue
et comprend les plateaux qu’on trouve au nord des chaînes côtières,
ainsi que les pentes de ces mêmes chaînes jusqu’à '4§oo ou même 5ooo. pieds.
Je ne donne pas cette limite-supérieure avec plus de précision, parce qu’elle
varie avec l’exposition et l’orientation au nord ou au midi: c’est ainsi que, dans
les vallées méridionales de la Sierra-Nevada, les végétaux de cette région
chassent plus haut les plantes proprement alpines que sur le versant de
Grenade. La même observation est applicable à la partie inférieure de notre
région, qui, souvent, sur le revers maritime, est largement franchie par des
plantes caractéristiques de la région Chaude.
Cette région est, comme je l’ai dit, une zone de transition; elle a néanmoins
sa physionomie propre et présente de l’intérêt en ce qu’elle correspond
exactement, pour l’altitude et l’aspect, avec l’immense plateau central de la
Péninsule, avec lequel elle a de nombreux rapports physiques et botaniques.
Je manque absolument de documents météorologiques sur cette région, je
rapporterai seulement les faits suivants, dont je me suis assuré moi-même ou
que je tiens de personnes éclairées. Dans la partie inférieure de la région,
comme à Grenade et à Ronda, le thermomètre descend presque tous les hivers
pendant quelques jours jusqu’à 3 ou 4 degrés au-dessous de zéro, et dans la
première de ces villes, qui, quoique moins élevée, est située sur un plateau plus
étendu, séparée de la mer parla Sierra-Nevada, et par conséquent plus froide,
la neige reste quelquefois cinq à six jours sur le terrain. A la limite supérieure
de la région, comme à San-Geronimo dans la vallée du Monachil, et à
Trevelez dans les Alpujarras, la neige persiste au moins quatre mois, de
décembre en avril. Quant à la chaleur, elle est en général, dans la partie
inférieure de la région, plus faible de trois ou quatre degrés que celle du
littoral, excepté encore à Grenade ou Guadix, villes situées au milieu de
plateaux étendus, privées par les montagnes des brises maritimes, et où le
thermomètre monte fréquemment, pendant le jour, à 35° et 37° centigrades,
taudis que le refroidissement, pendant la nuit > est plus fort que sur
la côte.
La distribution de la pluie est, quant aux saisons, la même que sur la côte,
avec cette différence que le terrain est de plus quelquefois rafraîchi en été par
des pluies d’orage descendues des montagnes : c’est ainsi qu’à la fin de juin
il plut toute la journée dans la partie supérieure de la Sierra-Tejeda jusqu’au
village de Canillas; quelques jours plus tard, je reçus une ondée entre Alhama
et Grenade. Dans cette dernière ville, il y a souvent des orages et des pluies
pendant le mois d’août; à Trevelez, enfin, au commencement d’août, je fus
retenu toute une journée dans le village par une pluie qui ne cessa pas de
tomber abondamment. Dans ce dernier endroit, ainsi qu’à San-Geronimo, le
thermomètre ne s’élève jamais, en été, au-dessus de 20° à 26° centigrades, et
dans les jours de pluie, je l’ai vu descendre à 180. Ces pluies accidentelles de
l ’été empêchent une dessiccation du sol aussi complète que dans la région
chaude, et la végétation n’y est jamais aussi complètement interrompue vers
la fin de l’été, tandis"qu’elle s’y arrête davantage pendant l’hiver.
On pourrait appeler la région montagneuse, région des céréales et arbres
fruitiers. Le froment, partout cultivé sur les plateaux, y réussit même dans les
parties non arrosables, bien mieux que sur le littoral, à cause des pluies d’été;
il s’élève jusqu’à la limite supérieure de la région, et la dépasse même quelquefois,
comme à San-Geroniino. On le récolte au milieu de juillet sur les plateaux,
au commencement d’août dans le haut de la région. Le chanvre est
une culture importante dans les Yêgas arrosées; le maïs remonte jusqu’à
5 00.0 pieds dans les vallées tournées au midi, comme à Trevelez, et y réussit
ordinairement, mais est exposé à geler au printemps. Les arbres fruitiers, fort
rares dans la région chaude, et qui s’y sont réfugiés dans les localités arrosées,
deviennent plus abondants dans la région montagneuse ; le poirier, le cerisier,
arrivent jusqu’à sa limite supérieure; le noyer et le mûrier de même, quoique
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