
PREMIÈRE PARTIE.
N A R R A T IO N E T G É O G R A P H IE R O T A N IQ U E .
CHAPITRE PREMIER.
Botanique espagnole. — Traversée de Marseille à Valence.
Depuis plusieurs années, j ’avais forme' le projet de visiter l’Espagne. Attiré
par ce ciel doux et serein, par cette nature pittoresque, par cette physionomie
toute particulière que les hommes et les choses conservent encore dans ce
beau pays, j ’avais en outre un intérêt tout spécial à faire ce voyage, celui
d’une exploration scientifique qui me promettait des résultats nouveaux et
curieux.
De même que les autres sciences naturelles, la botanique est restée bien en
arrière en Espagne, et cette décadence coïncide justement avec l’époque vers
laquelle cette étude commença dans les autres contrées de l’Europe son plus
grand essor. A la fin du siècle dernier et dans les premiers temps de celui-ci,
l’Espagne tenait encore dignement son rang parmi les nations en fait de science ;
ses productions végétales en particulier, déjà étudiées par Clusius, Barrelier,
Antoine et Bernard de Jussieu, Tournefort, étaient explorées avec une nouvelle
ardeur par Loëfling, Quer, Ortega et surtout par le savant Cavanilles ;
on avait créé de magnifiques établissements, dus presque tous à la munificence
de Charles III, tels que le jardin botanique de Madrid et plusieurs autres dans
les provinces ; des expéditions conçues sur un plan gigantesque avaient été
envoyées sur divers points de l ’Amérique, et ont puissamment contribué
à en faire connaître l’histoire naturelle. Tout cela fut interrompu par cette
terrible lutte de l’indépendance, le plus beau titre de gloire des Espagnols j
années longues et pénibles, mais dont ils apprécieront un jour les bienfaits quand
les germes de liberté et de civilisation qu’elles ont introduits auront pu pleinement
se développer.