
pour lui de l’adoucir, lorsqu’il a de l’argent ou des protections : non-seulement
on lui accorde la vie, il peut encore éviter les presidios d’Afrique
et obtenir de passer tranquillement dans ceux de Malaga et de Grenade un
temps de détention qu’on lui abrégera même. Tous ces gens avbüaient
naïvement que si la justice était plus sévère et plus impartiale, les crimes
diminueraient d’une manière miraculeuse, et bien des paysans m’ont conté
que du temps des Français dont les tribunaux agissaient expéditivement et
sans recours, ils s’abstenaient de porter sur eux leur fatale navaja pour
éloigner la tentation de s’en servir, sachant parfaitement qu’ils n’auraient pu
le faire impunément.
Je ne pus partir le lendemain qu’assez tard dans la journée. Il fallut me
séparer de mon domestique Antonio qui, dès le commencement du voyage,
avait manifesté plus de vocation pour rester dans les villages et y faire, là
codr aux Maritomes des posadas, que pour m’accompagner à la montagne,
et qui le matin même m’avait: donné de telles preuves de paresse que jè
dus le renvoyer. Don Julian me promit de m’en procurer un autre qui me
rejoindrait au haut de la Sierra, et je m’acheminai sous la conduite du tio
Pepe, vieillard de soixante-dix anSjjfvert encore, auquel je fus confié eu
attendant. Cette ascension était ravissante à cette heure avancée où le soleil
perdait déjà son ardeur; à chaque pas l ’horizon s’étendait et la mer se laissât
mieux voir derrière les hautes collines qui la bordent. Nous fûmes suivis
quelque temps d’une bande de jeunes';garçons qui allaient cueillir Yespario
le long des pentes, et passer gaiement la nuit sur la montagne. Ils me dirent
que dans les bonnes saisons et dans de -Certaines places, ils gagnaient
un réal par jour à ce travail. On coupe avec unei serpe les longues feuilles
de la plante; puis on les, réunit par paquets qui se vendent et dont on fabrique
des cordes, dès nattes, des paniers»et mille autres objets indispensables.
Cette précieuse Stipa, qui est certainement après les céréales Ja productipn
la plus utile du midi de la Péninsule, croit abondammant sur les-eOllifiës
et dans la partie inférieure des montagnes ou elle s’élève jusqu’à 3-ou 4%>0
pieds; on.la récolte particulièrement à la fin de l ’hiver et au printemps. La
pente méridionale de la Tejeda est fort rapide et sillonnée de gorges profondes,
aussi le sentier, quoique bon et fréquenté, décrit mille sinuosités. Je
ne trouvai au -commencéfiient qu’une végétation assez monotpne et détruite
en pariïe par les troupeaux, mais arrivé plus haut et sur un terrain plus accidenté,
les richesses botaniques se multiplièrent sons mes pas. C’était la Co-
ronilla eriocarpa et la Cenlaurea bombycina au feuillage argenté, croissant dans
le sable calcaire le plus stérile, la Phlomis crinita qui commençait à fleurir
YAnchusa tinctoria, puis une élégante variété de la Passerina lartonraira qui,
avec le Juniperus phoenicea, 'formait la bgse.*de la végétation buissonneuse.
De belles graminées, telles, que Avena filifolia et Festuca Granatensis, couvraient
les pentes et le fond; des ravins de leurs touffes épaisses et coriaces.
Arrivés à mi-hâuteur, la nuit s’approchait, et le vieux Pepe décida dans sa
sagesse qu’il y aurait du danger à continuer dans l’obscurité une route aussi
difficile avec un mulet pesamment chargé ; à supposer d’ailleurs que nous arrivassions
au sommet, .nous n’y trouverions, ni bob ni .eau. Je me décidai
donc à bivouaquer sur place et d’autant plus volontiers que je voulais visiter
à fond le lendemain cette localité intéressante où je trouvais à tâtons de
superbes plantes. L’endroit était admirablement choisi,: un rocher qui surplombait
juste assez pour nous abriter de la rosée, et à deux pas une source
cristalline qui bruissait dgn's.le ravin. En un clin d’oeil le mulet fut déchargé,
et après lui avoir entravé les jambes, on le laissa chercher sa nourriture parmi
lés'buissons ; l’un de nous fut à l’eau, les autres ramassèrent des branches
dé genévrier pour faire du feu, et après avoir préparé du thé et un souper
frugal, nous passâmes une soirée charmante à écouter les histoires du vieux
Pepe, et à deviser avec quelques bergers que l’éclat dé notre feu avait attifés
du voissiliage, et dont je gagnai le coeur par le don de quelques. ciga-
r-itos,
Au matin, j ’eus le plaisir de trouver déjà sur le rocher, à mes côtés, des
plantes décidément alpines, Saxifraga spatliulata, Draba hispanica, Lînaria
origanifolia, plusieurs Arenaria, un joli oeillet à très-petites fleurs roses, et le
Teucrium aureum qui formait des tapis d’un jaune orangé éclatant. Laissant ma
petite caravane suivre le sentier et ses détours, je m’engageai dans une.gorge
étroite et accidentée qui s’élevait en droite ligne jusqu’à la partie Supérieure de
la montagne, et me séduisit par ses aspects pittoresques. Je montais lentement,
m’arrêtant à une plante, puis à une autre, jouissant de la beauté,de la vue,
de la pureté, de la fraîcheur de l’air que je respirais, et oubliant les heures
dans cette douce’ çbntemplation. A une hauteur de 5ooo pieds environ, un
certain nombre d’arbrisseaux épineux commençait à donner à la végétation
une physionomie différente. C’était le Genista Lusitanica armé de longues
épines] Astragalus Greticus, Ononis dumosa, enfin une Crucifère des plus singulières,
aux fleurs jaunes veinées, et aux rameaux ligneux terminés par des
épines disposées en croix. Je crus d’abord avoir devant les yeux la Bunias
spinosah., mais un examen plus attentif me prouva que ma plante en étaitbien