
ment inconnu; tout près du sommet, au levant, je passai près de quelques restes
de murs secs qui avaient appartenu probablement à une de ces vigies ou atalayas
dont les Maures faisaient tant d’usage et pour laquelle on n’eut pu choisir une
meilleure position. La première partie de la descente du côte' de l’orient fut
assez pénible : c’étaient des pentes extrêmement rapides et toutes formées par
des déblais incohérents entremêlés de rocs détachés et souvent énormes, ailleurs
il fallait se laisser glisser le long des couches en plans inclinés prësqu’à
45 degrés; je trouvai parmi ces débris de nombreux cristaux de quartz
et souvent aussi des pyrites de fer ; dans quelques places un schiste entièrement
argileux contrastait par sa couleur blanche avec la teinte plus sombre du
schiste micacé. On ne voit pas la moindre trace de végétation dans Ces parages
désolés, oii le sol ne se compose que de pierres entassées. Au bout
d’une heure nous étions au bord d’un petit lac dans un vallon désert et
stérile situé entre le Mulahacen et l’Alcazaba; après avoir longé quelque
temps encore les flancs de cette dernière montague, nous arrivâmes au bord
de pentes très-longues qui se terminaient par un barranco dirigé au sud et que
je jugeai devoir aboutir à la vallée que je cherchais; des chèvres sauvages que
nous surprîmes dans ces solitudes, nous montrèrent la route à suivre et nous
nous lançâmes sur leurs- traces. Quelques touffes de Festuca pseudoesleia et
dAvena Sedenensis se montraient seules çà et là entre les débris schisteux; ce
ne fut qu’arrivés au barranco que nous retrouvâmes la verdure, VEryngium
Bourgati y croissait au bord des ruisseaux avec une abondance extraordinaire ;
il était déjà nuit lorsque nous parvînmes enfin à la vallée: du Rio-Yacares,
mais nous étions encore sur ses flancs à une assez grande hauteur, et nous
entendions mugir à nos pieds un torrent encaissé entre des rochers et qu’il
fallait nécessairement traverser. La position était embarassante, d’autant plus
que parmi les feux que je voyois briller de l’aütre côté en face, j ’ignorais
lequel appartenait au hato où Pedro devait m’attendre ; un bivouac à 7Ô00
pieds de hauteur et sans une seule couverture ni le moindre abri eût été
peu agréable, il fallut donc se décider à forcer le passage au milieu d’une
obscurité complète, et après mille tâtonnements nous arrivâmes à la rivière
qui heureusement n’était pas si considérable que le bruit de ses cascades
me l’avait fait craindre; nous la passâmes facilement, puis guidés, par l’aboiement
des chiens, nous arrivâmes enfin, accablés de faim et de fatigue,
à un petit corral découvert, où un pauvre berger habitait avec sa famille. A
ma grande satisfaction, j ’appris que mon Pedro était arrivé dans la journée
à une bergerie située à un quart d’heure plus haut dans la vallée et je
m’y fis conduire sur-le-champ. Je trouvai là une cabane carrée construite
en murs secs et à Valpujarreha, ' c’est-à-dire que le toit en était formé par
de grandes dalles de schiste soutenues par quelques poutres et recouvertes
d’un pied de terre tassée ; l’intérieur non pavé né contenait que deux petites
pièces et oh pouvait à peine s’y tenir debout; jusque dans les fissures de la
porte croassaient d’élégantes touffes de Draba Hispanica et dArabis Boryi.
On eut bientôt préparé en mon honneur des migas, plat national qui est le
grand régal dés paysans, et qu’on prépare en faisent frire du pain émietté
dans de l’huile étendue d’eau. Les bergers, au nombre de huit, étaient vêtus
de casaques et de pantalons entièrement confectionnés avec des peaux de
mouton dont la toison étoit en dehors : ce vêtement leur donnait un aspect
des plus sauvages. Je remarquai dans leurs manières plus de rusticité que sur
l ’autre versant; mais aù moins autant d’hospitalité et de bonhomie. Après
souper on s’assit autour d’un feu allumé dans la hutte, et tandis qu’un de
ces hommes, qui avait fait la guerre de l’indépendance, racontait ses aventures
militaires et amoureuses, le reste s’occupait à mordre des fèves sèches pour
le repas du lendemain. Moins heureux que leurs voisins des vallées de Grenade,
ces pauvres [gens n’ont pour accompagner cette chétive pitance qu’un
pain de seigle noir et mal cuit, le seul qu’on trouve dans l’Alpujarra, aussi
faut-il voir avec quel dédain les Grenadins parlent de ces Alpujarrenos qui
les valent cependant sous tous les rapports. Le priucipal berger ou cabaiïero
recevait là quatre-vingts re'aux par mois et les autres de trente à quarante;
le troupeau, composé de moutons seulement, appartenait à un habitant du
village de Gualchos, situé près de la mer, au versant sud de la Sierra de
Lujar, de là cette bergerie ;se nomme hato de Gualchos. Le propriétaire
reçoit annuellement ces pâturages en loyer de l ’intendant de la province,
et outre ses propres moutons, sé charge d’en nourrir d’autres à un réal par
tête pour la saison. A la fin de septembre, quelquefois plus tôt, on est
forcé par le froid à redescendre dans les vallées.
Le lieu où est situé le hato porte le nom funèbre dlloya del muerlo,
« Creux du' mort, » il est à deux ou trois cents pieds au-dessus du
torrent et du confluent du vallon qui vient du port de Yacares avec celui
que nous avions descendu la veille au soir et qui commence au pied de
l’Alcazaba. Les cultures de seigle et de pommes-de-terre remontent jusqu’à
cette hauteur, à plus 7600 pieds au-dessus de la mer, et paraissent de
belle venue, mais très-retardées; on n’y fait la moisson qu’à la fin d’août;
elles sont cultivées par les habitants des villages inférieurs qui n’y ont que