
sant méridional du Mulahacen, il faut pour s’en procurer acheter une licencia
ou permission* mais on comprend que dans ces parties recule'es où la surveillance
est impossible, cette règle n’est pas toujours rigoureusement observée.
Vers le soir, nous voyions régulièrement arriver une vingtaine de mulets partis
le matin de Grenade, on les laisse se reposer quelques heures et manger le foin
et l’orge qu’ils ont apportés, puis muletiers et neveros se dirigent vers le ventis-
quiero ou amas deneige le plus voisin; dans les années très-chaudes comme
celle-ci, on est oblige', pour en trouver, de descendre au Corral, on charge
ensuite la glace dans des paniers de sparterie enveloppe's de paille, et on la
descend à la ville où elle est déjà rendue au matin. A la porte de Grenade,
chaque charge est frappe'e d’un droit de consommation de vingt réaux, ce qui
augmente beaucoup le prix de cette denre'e si indispensable dans ce pays. Pour
se remettre de leurs fatigues de la nuit, les neveros passent la journée à dormir,
le froid et les intempéries dont ils souffrent à cette hauteur, rendent leur me'tier
pe'nible et les exposent à des rhumatismes. Notre caverne, forme'e par un mur
sec appuyé' contre la paroi surplombante d’un rocher, se fermait par une
longue dalle de schiste, et ne contenait que la place suffisante pour mon domestique
et moi couches à côte' l’un de l’autre, et pour un petit foyer dont
la fume'e s’échappait pàFles fentes. Nous construisîmes à côte' un autre abri
pour protéger mon papier et nos provisions, et nous parvînmes très-vite à nous
arranger passablement. L ’arrive'e journalière des arrieros nous permettait de
faire venir de Grenade tout ce dont nous avions besoin, les troupeaux qui
s’élevaient chaque jour jusqu’à cette hauteur, nous fournissaient abondamment
de lait, et nous achetions de temps à autre un mouton que nos amis les neveros
nous aidaient à manger et dont la toison soigneusement conservée servait à
tapisser la caverne. Le soir, au retour de nos excursions,, nous allumions avec
parcimonie un petit feu avec quelques branches de genévrier et de Sabine,
seuls arbustes qu’on trouvât dans le voisinage et qui y devenaient rares, puis
nous préparions un repas que notre appétit nous faisait paraître délicieux
et que nous terminions par une jatte de thé. J’avais renvoyé' à San
Geronimo, Pedro et son mulet, le pauvre animal ne pouvait pas trouver
une nourriture suffisante dans le gazon rare et court des environs, et pendant
l’unique nuit où nous le gardâmes avec nous, il ne cessa de pousser des cris
désespérés, tremblant de froid et surtout effrayé par les hurlements des loups
qui retentissaient sans interruption dans , les rochers du barranco de Gualnon
où ils sont nombreux. Nous n’étions guère mieux dans notre cueva dont les
murs presqu’à jour nous protégeaient bien peu contre un vent glacé; en
outre, pendant le mois d’aoùt les sommités de la Sierra sont exposées à de
continuels orages de grêle et de pluie. Il ne se passait guère de nuits où nous
ne fussions réveillés par des éclats rapprochés du tonnerre, ce qui était peu
rassurant, placés comme nous l’étions sur une croupe dont notre rocher
formait le point le plus saillant, puis venait une pluie si abondante qu’il fallait
en hâte rallumer la lumière pour recueillir au mieux, à l’aide de tous nos
ustensiles, l’eau des gouttières qui faisaient irruption dans la caverne. Ces
orages arrivent par le vent du sud avec la rapidité de l’éclair et disparaissent
de même, j ’en ai compté jusqu’à six dans la même journée. Cette fréquence
s’explique facilement par la hauteur de la Sierra Nevada et sa situation tout
près delà mer dont l’évaporation produit beaucoup de vapeurs; la proximité
de l ’automne qui, sous ces latitudes, amène un changement de temps et des
pluies abondantes y contribue aussi; sur les chaînes moins élevées telles que la
Tejeda et la Sierra de Gador, les pluies sont plus rares et commencent dans
une saison plus tardive. Cette station dans la région des nuages avait cependant
aussi .ses charmes, on se ferait difficilement une idée de la beauté du coucher
du soleil et de l’éclat des étoiles, souvent un orage rembrunissant une partie
du paysage produisait le contraste le plus pittoresque avec la sérénité et les
tons chauds du reste; un soir entre autres, après une longue pluie presque
tropicale, une partie de la Vega paraissait changée en la c, nous la voyions à
travers un voile de Vapeurs dorées par les rayons du soleil, tandis qu’à
‘ droite, un ciel d’encre sillonné d’éclairs nous cachait les cimes rapprochées
de Yacares.
. J’étais admirablement placé pour visiter les points intéressants de la montagne,
le Borreguil de San Geronimo était tout près à 3oo ou 4° ° pieds plus
bas que nous, tandis qu’en une heure et demie je pouvais arriver facilement
au sommet du Picacho. Le Corral de Yeleta était plus rapproché encore,
et la petite lagune de San Juan aux bords tout couverts de Gentiana pneu-
monanthe et Boryi, s’étendait à une portée de fusil en dessous de la caverne.
La maigre végétation des environs se composait de YArlemisia grana-
tensis, Lepidium stylatum, Arenaria tetraquetra, Erodium trichomanefolium,
Thymus serpylldides, Teucrium aureum et quelques graminées. Le Sedum am-
plexicaule et YEchium flavum remontaient jusqu’à la cueva à l ’abri des rochers,
tant dans cette flore méridionale l’exposition peut altérer les limites des
diverses régions. Dans les endroits humectés par des plaques de neige fondante,
le sol était teint en rose par les fleurs du joli Umbilicus sedoïdes qui croissait
avec profusion.