
populifolius. développait déjà ses corolles blanches, malgré le froid piquant qu’il
faisait pe jour-là sur la montagne. On se figure en general quefles cistes n’habitent
que les parties les plus chaudes "de la région méditerranéenne ; il n’en est pas
ainsi de cette dernière espèce et du Cistus laurifolius que j ’ai observés dans la
Sierra-Nevada, à plus de six mille pieds de hauteur, et dans un endroit où la
neige tient pendant quatre à cinq mois de l’année. Je suis convakicu , qu’ils supporteraient
parfaitement tous les deux nos hivers de l’Europe moyenne. Je rencontrai
aussi deux jolies liliace'es, l’Ornithogaluin umbellatum et une Fritillaria,
dont les ç pétales bruns étaient marqués, longitudinalement d’une large bande
jaunâtre.
J’arrivai, vers cinq heures du soir, au sommet. Il n’y avait encore en fleur que
Ulex australis, Lithospermum prostratum, Thymus diffusus, Valeriana tuberosa jet
Alyssum serpyllifolium; d’autres plantes telles que Serralula Boetica, Centaurea
acaplis et Teucrium aureum, étaient à peine en bouton. D’après deux^observa-
tions barométriques que je fis à cette époque et quinze jours plus tard, j ’évaluai
à 447° pieds la hauteur du point cuhnïUant, d’où jqpus prendre une just#idée
de la Sierra Bermeja. Couverte dans toute son étendue de forêts de pins, elle
pousse jusque‘près de Marbella une ramification qui va toujours en s’abaissant
et qui, par sa teintey contraste avec les montagnes calcaires et nues qui dominent
cette dernière ville. Au sud-ouest elle se termine par des pentes assez'
rapides; de là jusqu’aux environs de San-Roque s’étend un pays ondulé, traversé
par le Guadiaro, et au milieu duquel je voyais se dérouler, dans toute sa longueur,
le sentier qui mène à Gibraltar. Au nord, mes regards plongeaientdans ce
labyrinthe de montagnes arides donf se compose la Serrania de Ronda, et sur
les Sierras de la Nieve et Saint-Christobal qui dominaient toutes les autres.
On ne pouvait voir ni Ronda ni sôn plateau, à cause d’une .chaîne élevée a*ù
midi de cette dernière ville et qui la s*e'pare des vallées tournées vèrs le sud.
Quant à„la Cote d’Afrique, on l ’aperçoit sur une bien plus.'grandi détendue
et plus, distinctement encore que de la Sierra de Mijas. Un vent glacé ne me
permit pas ;de m’arrêter longtemps sur cette -cime ; la nuit vint Bientôt me Surprendre,
et je commençais à craindre de ne pouvoir plus retrouvenmes côm-
pagnons, lorsque j ’aperçus,* au travers des arbres, un grand feu : c’était un pin
enflammé autour duquel ils s’étaient établis, fort inquiets eux-mêmes de mon
absence prolongée et formant le projet de parcourir de grand matin la montagne
afin de me chercher. La nuit était magnifique, et je mè sentis vivement
tenté de la passer, à la belle étoile, pour herboriser le jour suivant dans les
environs. Mais- nos provisions étaient épuisées et la faim nous chassa vers la
ville, Nous entendîmes distinctement, en descendant, tirer le canon de retraite
à Gibraltar, quoiqueHcette "ville sgit éloignée ftu moins de sept lieues en ligne
droite.de l’endïoit^oii nous nous trouvions. JVtais de retour à Estepona à dix
heures, du soir, fatigué d’uuejousnée longue et pénible, mais fort content de
ses résultats.
*Le lendemain j ’envoyai mon domestique au, pied de la Sierra pour faire
provision de la Digitalis laciniata et d’autres plantes dont je n’avais pu récolter
assez là veille, et je Visitai moi-même les collines intermédiaires. L’ardeur du
soleil y avait brûlé Séjà en partie les espèces annuelles; j ’y recueillis en revanche
plusieurs ombellifpçes telles que Floeoselinum foetidum, Thap.sia garganica,
Daucus crinitus, Magydaris panacisfolia. Les vallons avaient conservé toute
leur fraîcheur. J’y rencontrais ça et là des cabanes de vignerons, ombragées4par
des figuiers èt situées toujours au bord de quelque petit ruissseau dont 1 Ononis
pendula, les Dorycnium kirsutum, rectum et de belles espèces de Vicia et de La-
thyrus ornaient les bords. Près de la ville, des pelouses asspz etendues m étonnèrent
par leur verdure sous ce climat brûlant; on^eût pu Se croire transporté
au milieu d’une prairie du nord de l’Europe; mais1 l’illusion était promptement
dissipée par la vue des plantes dont elles se composaient, VHedysarum capitatum
et le PlantcCgo sèrçaria,, an milieu desquels fleurissait YOrchis coriophora.
M. Hænseler, -qui a séjourné près de neuf ans à Estepona, a découvert dans ces
collines un quadrupède nouveau pour l’Europe, le Viverra Ichneumon qui
n’était connu jusqu’ici qu’en Egypte ët sur quelques points de la Barbarie ;> il
vit dans des terriers et on lui donne dans le pays le nom de Meloncillo. Plus on
étudiera cette lisière méridionale, plus on verra se multiplier* entre elle et.
l ’Afrique boréale ces rapports qui n’ont rien que de très-naturel, puisque les deux
pays sont placés dans les mêmes-conditions de climat et de température. Tout
semble prouver d’ailleurs qu’ils étaient autrefois réunis par le point ou s est
formé depuis le détroit vde Gibraltar, tandis qu’une mer intérieure qui occü-
pait la place du plateau central de la Péninsule les isolait du reste de 1 Europe.