
cotonneuses, le beau Poeonia coriacea aux fleurs roses et dont les carpelles^ en
s’entr’ouvrant laissent voir une double range'e de graines du cramoisi le plus
vif, Sur le pourtour des creux à neige, je remarquai une végétation particulière
de petites plantes: annuelles pour la plupart et faisant partie de la flore des
plaines de l’Europe centrale : «’étaient Thymus alpinus, Àndrosace maxima, Vero-
nica proecox et verna, Arenaria serpyllifolia, Promus sterilis et tectorum, Àpera
interrupta, etc.
Quatre journées furent consacrées à l’exploration de ces richesses et se passèrent
avec une rapidité surprenante. Je faisais plusieurs excursions par jour,
descendant sur l’un ou sur l’autre versant, et revenant chargé de butin vers
la hutte ou çhoza, où mon domestique, ainsi que Pedro et le capataz, étaient
en permanence occupés à mettre les plantes en papier ou à les étendre au
soleil pour achever leur dessiccation ; vers deux heures de l’après-midi
arrivaient les arrieros qui venaient charger la neige et nous apportaient
du village nos provisions. Quelques jeunes gens les accompagnaient souvent
sous le prétexte d’aller à la chasse des chèvres sauvages, mais surtout
pour voir ces forasteros (étrangers), dont on parlait tant dans le pays*
Personne ne voulait croire aux explications toutes simples que je donnais
sur le but de mes recherches, mon baromètre surtout intriguait fort ces braves
gens, ils secouaient la tête d’un air significatif. Coger pinchos, medir sierras,
y por gusto, no puede ser, cueillir des épines, mesurer des montagnes et tout
cela pour s’amuser, c’est impossible, disaient-ils. Ces soupçons n’altéraient en
rien, cependant, leur cordialité et leur obligeance ; chacun, m’apportait des
fleurs qu’il avait remarquées en montant, et je me suis procuré de cette manière
plus d’une plante intéressante. Vers le soir, les travaux terminés, nous
préparions nous-mêmes notre repas, puis pliés dans nos capas nous nous
abritions dans quelque pli du terrain autour d’un grand feu ; il se formait
d’ordinaire au-dessous de nous un banc de nuages qui, cachant la mer et
la base des .montagnes, n’en laissait voir que les sommités argentées dans le
lointain par la lune, C’était un des plus magnifiques spectacles dont j ’aie
jamais joui. Plus tard se levait un vent fort ët froid qui balayait ces vapeurs
et nous forçait à aller trouver un abri sous notre misérable hutte. Ce qui
nous manquait le plus dans , ce campement, c’était l’eau, g celle qui découle
des ventisquieros est fraîche, mais peu abondante et pas très-pure, il fallait
en aller chercher à un quart d’heure sur les revers occidental et septentrional
; il y avait là deux sources, celle del Tejo ou de l’I f et celle dite
la tasilla de plat a, l’écuelle d’argent/ à cause du miroir liquide que forment
ses eaux dans le creux d’un rocher. Auprès de . ces ^sources, je remarquai
quelques plantes habitantes de .l’Europe moyenne et qui, comme égarées
dans ces régions méridionales, étaient venues se réfugier dans cette exposition
fraîche et élevée, c’étaient Primula elatior, Helleborus foetidus, Aquilegia vul-
garis, Daphné laureola, Erinus alpinus, etc. Le bois était rare aussi à cette
hauteur, il fallait y suppléer en brûlant des sous-arbrisseaux épineux que les
bergers arrachent et font sécher au soleil. C’étaient la Vella spinosa, le Ge-
nista aspalathoides, YÂstragalus Creticus dont j ’ai déjà parlé, le Ptilotrichum
spinosum aux fleurs tantôt blanches, tantôt d’un rose éclatant, la Salvia his-
panorum, YOnonis dumosâ. Pour avoir le tableau complet des sous-arbrisseaux
de cette région supérieure", il faut joindre à ces plantes deux espèces de rosiers,
le Cratoegus amelanchier et une variété de l’épine-vinette ordinaire
formant des buissons arrondis et prèsqu’impénétrables qui donnent asile à
une foulé d’efiseaux et surtout à des perdrix fort différentes de nos espèces
européennes. En écartant les branches pour observer un nid de ces dernières,
je découvris une belle plante que je n’eusse peut-être jamais trouvée
sans4 cette circonstance, c’était un Geum aux feuilles et aux tiges si délicates
qu’il ne peut vivre que sous cette ombre épaisse; il se retrouve dans des expositions
semblables sur .les montagnes de l’Asie mineure.
Le 2Ô juin, ayant achevé mes herborisations sur la Tejeda, je me préparai
à en descendre en suivant ses pentes septentrionales. Le bon capataz me fit
ses adieux avec attendrissement et voulut avoir la promesse d’une seconde
visite à la fin de l’été. Je lui laissai mie provision de papier afin qu’il me
desséchât les plantes qui devaient fleurir dans cet intervalle. Les flancs
de la montagne me parurent de ce Côté aussi rapides et plus rocailleux encore
qu’au midi, mais le sentier pratiqué par les neveros de la ville d’Alhama
n’était pas mauvais et mon mulet, quoique pesamment chargé, së tira d’affaire
mieux que je ne l’espérais. Les plantes des sommités descendent plus
bas sur c.e versant que sur l’autre. L’épine-vinette, le Cratoegus oxyacantha y
sont très-abondants, ainsi que la Salvia hispanorum qui commençait à peine
à fleurir. C’est une sauge voisine de l’officinale, mais beaucoup plus aromatique
encore ; r très-commune sur toutes les chaînes du royaume de Grenade,
elle-est partout en grand honneur pour ses propriétés médicales, et
l’infusion de ses feuilles remplace, très-agréâblement le thé. Après deux heures
de descente sur ces pentes, et dans des ravins où quelques vaches cherchaient
un peu d’ombre et une maigre nourriture au milieu des buissons
et de ces plantes presque toutes aromatiques, j ’arrivai sur le plateau de la