
gctlm macrorhizus, Cciç. avec plusieurs autres légumineuses couvrait les terrains
argileux. Ce fut là que je vis pour la première fois ces magnifiques figuiers
d’Inde au tronc ligneux et irrégulièrement tortueux, qui donnent aux
paysages méridionaux un aspect si particulier. Assis au pied de ces arbres, je
respirais avec volupté les parfums de cette nature agreste et embaumée, et je
songeais combien l’existence seule est une jouissance sous ce beau ciel et ce
climat fortuné, lorsque la vue des flots qui avaient ralenti leur course tumultueuse
vers le nord, m’avertit qu’il était temps de retourner à bord.
On m’y attendait déjà pour partir, et le temps paraissait plus favorable; mais
le vent contraire se releva dans la nuit, et, après avoir lutté toute une journée,
nous fumes obligés de venir mouiller le lendemain à quelques lieues seulement
plus àu midi qu’Hifac. Cette fois c’était en face d’Àltea, grande ville,
au dire de nos matelots, et dont ils nous faisaient fête. Je regardais la côte, où
je ne voyais rien; enfin, arrivé plus près, je pus distinguer les:maisons bâties en
amphithéâtre au bord de la mer, et qui, à cause de leurs toits plats et de leur
teinte grisâtre, se confondaient absolument avec la colline. C’était un diman-r
che, et la présence des tileres ou danseurs de corde, qui allaient donner une
représentation, mettait tout en rumeur dans l ’endroit; les paysans montaient la
garde avec leurs escopéttes à l ’entrée d’une cour où la funcion avait lieu, et où
ils pouvaient à peine contenir une foule d’enfants qui débordait de partout en
s’insinuant dans les fentes et grimpant sur les arbres ét les murs. On nous donna
pompeusement des billets de lunetci avec lesquels nous prîmes place sur des
planches arrangées pour la circonstance. Le spectacle pt’avait rien d’original et
ressemblait à tous ceux de nos foires ; je pris beaucoup plus de plaisir à celui
que nous procurèrent le soir les gens de notre felouque. La vue de leurs guitares
qu’ils s’étaient gardés d’oublier à bord avait ameuté toute la jeunesse de
la ville sur une petite esplanade, devant une méchante posada où nous avions
dîné. Là, devant une vue magnifique et tout en savourant nos cigaritos, nous
eûmes le spectacle tout nouveau pour moi de danses nationales ; ce fut d’abord
la jo ta valenciana, dansée à quatre couples, puis le grave fandango > accompagné
par les castagnettes, et exécuté par un homme et une femme seuls, avec
une grâce et un aplomb qui me charmèrent. Dès que l’un des danseurs était
fatigué, il se retirait et était aussitôt remplacé par un autre sans que l’air se ralentît.
Les joueurs accompagnaient la musique de couplets Valenciens fort variés
et improvisés pour la plupart; un triple rang de spectateurs nous entourait,
excitant les danseurs de leurs cris, anda guapo! andci salera! C’était une
joie et un enthousiasme difficiles à dépeindre.
Nous vîmes dans les environs de la ville de beaux jardins d’orangers encore
tous couverts de leurs fruits. Ce produit est fort important dans le midi du
royaume de Valence comme dans celui de Murcie, et c’est de là que vient
en France la plus grande partie des oranges que l’on y vend sous le nom d’oranges
de Malte. La culture de coton est aussi très-répandue à Altea. Tout ce
territoire est fertile et arrosé par des ruisseaux d’une eau limpide, dans laquelle
vit une jolie coquille, \a.Paludina buccinoides que Férussac a observée
le premier en Andalousie et qui se retrouve abondamment en Barbarie.
Le temps; toujours contraire, nous faisait presque désespérer de dépasser
jamais les côtes de Valence, lorsque vers le soir du second jour de notre relâche
à Altea, nous vîmes, accourir nos gens criant : levante, levante! Le
bienheureux vent favorable venait enfin de se lever ; en un clin d’oeil nous
arrivâmes sur le rivage, et nous sautâmes dans le canot au travers des vagues
qui commençaient à briser. Quelques minutes après le llaud déployait ses
voiles et bondissait sur les flots. Assis sur le pont, par une de ces belles nuits
étoilées du midi, nous ne pouvions nous lasser de contempler le sillage lumineux
du navire, et la rapidité avec laquelle nous fuyions vent arrière et sans
secousse, nous fit vite oublier les contrariétés de notre navigation précédente.
Au matin nous n’apercevions plus que comme des ombres confuses ces montagnes
que nous avions quittées au soir, nous étions déjà sur les côtes de
Murcie à la hauteur de la tour de YEstancia, devant laquelle nous amenâmes
pavillon, et près de ces rivages bas où l’on récolte en abondance la barille et
d’autres plantes propres à faire de la soude. Nous passâmes à côté des Hormi-
gas, petits îlots déserts couverts de sparterie ; mais à peine avions-nous doublé
le cap Palos et commencions-nous à découvrir une nouvelle ligne de côtes
jusqu’aux montagnes du cap de Gâte dans le lointain, que voici l’inévitable
poniente qui souffle de nouveau. Après être arrivés presque devant Carthagène,
nous sommes obligés de rebrousser chemin et d’aller jeter l’ancre dans un
endroit pittoresque nommé Porman. C’est un bassin circulaire d’un quart de
lieue de diamètre, entouré de rochers et fermé par un étroit goulot, dont une
tour défend l’entrée. Quelques petits bâtiments étaient venus s’y abriter comme
nous, et tous les canots furent bientôt en mouvement pour aller à terre chercher
la pratique et fixer les câbles. Les cris et les chants des mariniers, l’activité
qui régnait partout, la vue d’un groupe de paysans qui se dessinait en silhouette
sur un ciel embrasé par le soleil couchant, tout cela faisait un de ces tableaux
qui ne s’effacent jamais de la mémoire. Le soir j ’eus là le spectacle de cette
pèche aux flambeaux si poétique dans la Méditerranée, et dont l’effet est admi