
Ou entoure, a l’heure qu’il est, iescorridas de la plus grand# solennité', èn les
annonce au nom de la reine et elles ont toujours lieu en présence des autontés
et à0us leur patronage. L’art de combattre les taureaux est considéré en Espagne
comme une véritable science soumise à des règles fixes et nombreuses.
Le feu roi Ferdinand, qui était fou de cet exercice, avait même institué à, Séville
une académie qui subsiste peut-être encore et où l’on formait les toréadors.
Plusieurs ouvrages traitent ex professo de la matière, et lors* de mon
voyage il venait d’en paraître un tout nouveau, intitulé : Tauromaquia, rédigé
en grande partie ,sôùs la direction de Montes. Il est rempli d’une, érudition
et d’un luxe incroyable de termes techniques, et la préface contient une justification
dé ce spectacle qui est curietfse par sa naïveté.
J’avais assez de cette boucherie et ne retournai point à .la funcion du jour
suivant, mais j ’assistai plus tard à la càpea, scène burlesque par laquelle on
termine les-courses ; de même qu’au théâtre, le saynete ou petite pièce vient
après la-tragédie. Ce jour-là, la foule circulait librement dans l’arène et on y
lâchait de très-jeunes taureaux qui ne pouvaient pas faire grând mal par leurs
coups de tète et cherchâient plutôt à jouer qu’à blesser. Cette espèce de gymnastique
est dans le sang des Espagnols, et ils savent Ires-bien éviter l’animal,
mais lorsque les étrangers veulent se mêler de ce jeu, ils ne s’en tirent pas
avec autant d’honneur. Je me rappelle encore un commis-voyageur français,
qui descendit plein d’assuirance dans la lice; quelques malins, sous prétexte^e
iui expliquer le spectacle, le dirigèrent traîtreusement du côté du petit tarif §âu,
et au bout d’un moment on le vit rouler dans le sable à la joie générale
Tinrent ensuite deux gitanas ou Bohémiennes destinées^ à donner la parodie
d’un combat véritable. Ces malheureuses, qui mouraient de^peur, étaient vêtues
en amazones comme des picador as.: On les;hucha à grand’peine sûr des
chevaux puis on fit entrer un taureau embolado, aux corûes -munies de boules
en bois afin de diminuer le danger. Malgré ces pre'càutions, elles se laissaient
tomber à chaque attaque, les toréadors qui étaient tous là en‘amateurs
etriaient de leur effroi, s’empressaient autour d’elles, leur faisaient boire de
grands verres d’eau fraîche et à force de bonnes paroles les déterminaient à;.se
remettre en selle. Une troisième gitana qu’on avait jè crois enivrée à’aguar-
diente, devait tuer le taureau à la manière d’un matador, mais elle fut obligée
de quitter la partie après s’être laissée renverser plusieurs fois.
Les trois jours de la foire fécoulës, cette foule qui encombrait Ronda se
dissipa peu à*peu. J’aimais^mieux cette solitude qui s’accordait si bien avec
lè*caractére romantique du paysage. Le Tajo était une^de mes promenades
favorites; j ’y^desceûdais au nord de la' ville par un endroit où le rocher 'élevé
çstxoupé par des ébôulements et des fissures. L ’ombre‘et l’humidité faisaient
prospérer là quantité de plantes parmi lesquelles j ’observai Hyoseris lucidà,
Lactuca tenerrima et plusieurs spècés de Linaria. Le Jasminum frulican'SfY0 -
syris alba et le Rhamnus lycioides ornaieîit les parois inaccessibles, et là Fe-
rula glauca élevait partout ses tiges gigantesques qui ressemblent à d’immenses
candélabres. Je découvris encore dans ce site le Brassica moricandioides,
belle crucifère reconnaissable de loin à" ses grandes fleurs. violettes, et les vignes
qui s’étçgdent au pied de ces rochers me fournirent aussi bon nombre
d’espèces rares,«entre autres YÀràbis parvula. Le/allon rempli d’arbres et par-
comp par de nombreux ruisseaux, était d’une fraîcheur admirable ; rien n’est curieux
comme.le*pont vu d’en bas et la gorge d’où sort la rivière ; les crevasses
du roc*et J.<3S épais tapis de lierre qui le recouvrent servent de refuge à une
multitudê'de colombes qui fendent l’air en tous sens et dont les cris aigus s’unissent.
âu murmure des éaux et aux mille voix de la ville qui descendent dans
cet abîme. Je retrouvai là avec^surprise la plupart des plantes qui tapissent lès rochers
des parties les plus chaudes du littoral, comme Cafnpanula velutina, Linaria
villosa, Sedum glandulifërûm ; c’est un fait de géographie botanique qui
se reproduit souvent dans l’Espagne méridionale que cette ascension des plantes
de la région chaude à üne assez grande hauteur, quand elles y trouvent
des localités abritées et exposées au soleil; j ’en ai vu depuis des exemples
bien plus frappants encore sur la Sierra Nevada.
* Je pensais pendant mon séjour Ronda gravir la Sïerrafêfle là'Nievç^la plus
haute montagne de la contrée qui n’est qu’à deux lieues dans la direction de
Mllaga, mais une indisposition me fit perdre quelques jours, et comme le temps
me pressait je fus obligé de prendre le chemin de Gibraltar. C’était un matin
apQjès une9 pluie qui avait suspendu des perles à chaque arbuste et verdi
toute la campagne-; nous remontâmes, ces pentes douces qui entourent la
ville au midi et du haut desquelles,* après une heure de marche, nous dîmes
un dernier adieu à Ronda, suspendue au bord de son Tajo avec ses édifices
qui resplendissaient aux rayons du soleil. J’étais'parti* en compagnie*
d’une ^nombreuse, troupe d’arrieros qui. retournaient à la côte, mais je m’en
séparai bientôt ne pouvant m’accommoder de leur marche rapide. Nous traversions
les plateaux élevés et coupés de rochers .calcaires qui séparent Ronda
des vallées méridionales de la Serrania; les plantes les plus intéressantes
que j ’y rencontrai étaient le Poeonig, lobata, l’odoriférant Thymus mastichina
le Genista biflora qÙi forme des buissons bas et épais,-la Nepeta Apulei et lè