
l’Europe, treize vingt-quatrièmes d’espèces des Alpes et dix vingt-quatrièmes
d’espèces espagnoles. Cette dernière région peut aussi se diviser comme
suit : un peu plus des deux tiers de plantes pyrénéennes et un peu moins
d’un tiers de plantes espagnoles presque toutes endémiques à la Sierra-Nevada
en particulier.
Ce tableau nous amène à d’autres résultats intéressants, c’est que, pour la
région chaude, ses rapports de végétation et d’espèces avec les contrées européennes
ayant la même latitude, forment son caractère saillant, tandis que ceux
avec les contrées situées au nord à la même longitude sont bien plus éloignés;
pour la région montagneuse, ces rapports acquièrent, par la diminution des
premiers et l’augmentation des seconds, une importance presque égale ; pour
la région alpine, la seconde classe de rapports l’emporte de beaucoup sur la
première ; enfin, pour la nivale, on retrouve en immense proportion les
espèces de contrées très-éloignées en latitude, mais situées à des longitudes
septentrionales rapprochées, tandis que les rapports avec les montagnes de
l ’Europe méridionale situées aux mêmes latitudes, mais à des longitudes
plus orientales, sont infiniment faibles.
En ce qui concerne la comparaison de la contrée qui nous occupe avec
le reste de la Péninsule, on trouve, pour la région chaude, des rapports intimes
avëc les parties méridionales du Portugal et encore plus avec les royaumes
de Murcie, de Valence et de Catalogne; pour la région montagneuse, rapports
intimes avec la flore d’Espagne centrale et du Portugal intérieur, même
proportion des familles, même aspect de végétation, forte proportion d’espèces
communes, même présence des plantes des terrains salés et des espèces orientales;
pour la région alpine, rapports très-intimes avec les plateaux élevés et les
chaînes du nord de l ’Espagne ; pour la région nivale, enfin, rapports intimes
avec la végétation pyrénéenne.
Je n’ai point comparé le Portugal en particulier au royaume de Grenade,
d’abord parce que la flore du premier pays a beaucoup de ressemblance avec
celle des Castilles et de l’Estramadure, ensuite parce que la végétation du
midi de la Lusitanie, qui aurait le plus de rapports avec l’Andalousie,
est encore presque inconnue. Je me suis contenté de citer quelques plantes
qui, dans la contrée qui nous occupe, annoncent l’approche de cette flore si
bien caractérisée de l’Europe occidentale commençant en Norwège, en Irlande
et en Angleterre, flore qui descend le long des côtes océaniques de la
France et de l’Espagne jusqu’en Portugal et dans la Barbarie occidentale.
La comparaison de notre flore avec celle de Madère et des Canaries ne
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nous offre d’autre analogie que celle d’une forte proportion d’espèces méditerranéennes
communes et qui se trouvent à la fois dans la région inférieure
des deux "contrées. Les autres plantes plus spéciales que ces pays ont en
commun, telles que Minuarta montana, Herniaria fruticosa, Genista linifolia,
Fagonia Gretica, Lotus arenarius, Umbilicus hispidus, etc., sont aussi des plantes
de la Barbarie, qui réunit ainsi ces déux localités éloignées. Quant aux rapports
entre la flore grenadine et celle de la Barbarie, on les trouvera, comme je l’ai
dit, toujours plus intimes, à mesure qu’on connaîtra mieux ce dernier pays :
même climat, même; sol, même altitude des montagnes, grande proximité des
deux contrées, toutes les conditions enfin sont réunies pour rendre ces deux
flores très-semblables. Ce faitest déjà démontré pour la région chaude des deux
pays, il est fortement indiqué pour les régions plus élevées. Les régions nivales
de Grenade et du Maroc seront probablement celles qui auront le moins
de points de contact, parce qu’à la grande distance où il faudra aller chercher
les neiges, bien au midi de Fez, on ne retrouvera peut-être que bien
peu de ces espèces lapponiennes ou des Alpes qui ont déjà de la peine
à arriver à la Sierra Nevada, où elles ne sont représentées que par peu d’individus.
Revenons enfin à 1 ce phénomène curieux, et que présentent surtout les
régions montagneuse et alpine, celui de la présence d’un certain nombre de
plantes qu’on ne retrouve plus qu’en Asie mineure, en Syrie, au Caucase ou
dans quelque partie de la Grèce. Ce fait très-curieux de. géographie botanique
s’explique en partie par l’existence commune aux deux contrées de plateaux
élevés, d’une constitution géologique analogue et qui ne se retrouvent
pas dans le reste de l’Europe méridionale. Probablement aussi la plupart de
ces plantes se retrouveront-elles sur les plateaux intérieurs de l’Atlas, qui serait
ainsi comme un pont jeté entre les deux patries si éloignées de ces plantes.
Quoi qu’il en soit, cette irradiation de végétation orientale ne consiste pas
seulement dans la présence d’espèces identiques, mais dans celle d’espèces
très-voisines qui se remplacent : tels sont les Astragales épineux, les Armeria
des montagnes d’Espagne tenant lieu des Statice épineuses des Alpes d’Asie
mineure et de Perse, notre Salvia candelabrum, si voisine des Sàlvia divaricata
et Aucheri, etc. On sait que tout le plateau central de la péninsule présente le
même phénomène, et voici une petite liste de plantes orientales qu’il produit
et qu’il faudra ajouter à celles que j ’ai données à la suite de chaque région
pour avoir toutes les espèces connues jusqu’ici comme communes à la péninsule
Ibérique et à l’Orient*
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