
montagne calcaire nomme'ela Sierra de Baza, on voit la plaine se séparer en
deux branches comme une mer qui entourerait un ilôt rocailleux, l’une
de ces branches contourne le pied de la Sierra Nevada et va rejoindre la
partie supérieure de la vallée d’Alméria. C’est la vallée qu’on nomme le Mar-
quesado et on y voit de nombreux villages. La branche du nord se dirige
du côté de la ville de Baza, que nous cachait la montagne du même nom.
Au milieu de cette partie de la plaine s’élève un massif de rochers toul-à-fait
isolé et qu’on nomme Sierra de Jabalcol. Bien plus loin, au nôrd-est, la vue
était bornée par la Sierra Segura. A l’occident de Guadix, le même plateau
vient se terminer au pied de ce labyrinthe de montagnes calcaires’ qu’on
nomme les Sierras.de Grenade et qui la séparent de la Yega; il me semble
cependant que, plus au nord, entre ces Sierras et celle de Jaèn, il doit y
avoir une communication de plein-pied entre ces deux plaines intérieures.
Du port de Tacares, mon retour à Panderone ne m’offrit plus rien de
bien intéressant.'; après être descendu avec beaucoup de peine, vu la rapidité
clés pentes au fond du barranco de Infierno, j ’en suivis le cours, tantôt sur des
pelouses, tantôt dans des bosquets de Quercus toza; de temps eu temps il
fallait franchir de petits torrents descendus des ravins abruptes de la Lagunà
Larga et des crêtes environnantes ce fond de vallée m’offrit un mélangé assez
curieux de plantes alpines et de celles de la région montagneuse. A Casoleta
les pâturages étaient déjà entièrement roses desüeurs de la Merendera büWùco-
dium qu’on appelle Centinela; les premières pluies d’automne font sortir
cette plante de toutes les pelouses dans toute la région comprise entre A
et 6 mille pieds de hauteur.
Le 2 septembre, foutes mes herborisations enfin terminées, je redescendis
dans la plaine par le vallon de Dylar que je n’avais jamais suivi : il èst plus
précipiteux et plus pittoresque que celui de Monachil, et le ruisseau y
forme une suite de jolies cascades, plus bas ses rives sont ombragées par dé
nombreux Salix caproea très-vieux et au tronc très-gros; la difficulté des
lieux est probablement ce qui a sauvé jusqu’ici ces Arbres de laÿgstruction.
La formation calcaire sur le contrefort de droite. s’élève là jusqu’à 7000
pieds; mais il faut descendre assez bas dans le fond de la vallée pour la
rencontrer, parce qu’elle est assez inclinée et superposée au schiste. J’allai
passer la nuit au Cortijo de Bôsales situé à une hauteur analogue et dans
une position semblable à celle de San Geronimo, à une petite hauteur au-
dessüs de la rivière de Dylar et sur les pentes méridionales de Trevenque,
les pentes des environs étaient couvertes d’Artemisia camphorata, d’Inula
monlana, de Jasonia tuberosa en pleines fleurs. Je gravis le jour suivant
une chaîne de rochers calcaires et découpés en pointes aiguës. Ils sont
situés de l ’autre côté de la vallée et on les distingue très-bien de Grenade,
sous le nom d Âguilones de Dylar. Je pus jouir de là d’une vue très-étendue
sur une partie de la route que j ’avais faite quelque temps auparavant en revenant
de Lanjaron à Grenade, sur toute la riche vallée de Durcal, la plaine
de Padul et les.'collines argilleuses et stériles qui couvrent la base de la
mon tagne jusqu’au Suspiro del Moro. La végétation était à peu près la même
que celle de Trevenque, des pins rabougris étaient aussi épars sur les pentes ;
je cueillis en descendant la Jasiofte foliosa déjà observée sur la Sierra dé
Gador et le Plilotrichum longicaule, crucifère très-tardive et remarquable par
ses tiges allongées et cassantes.
Du Cortijo de Bosales je descendis une lieue plus bas, au Cortijo de Sévilla ;
là, laissant le cours duDylar qui, de même que le Monachil, s’engage dans des
précipices avant d’arriver à la plaine, je suivis pour m’y rendre aussi des pentes
allongées et très-monotones où toutes les plantes annuelles avaient déjà disparu,
mais où j ’en observai d’autres, entre autres le Lavandula lanata, aux feuilles
très-odorantes et qu’on pourrait substituer avantageusement à la spica, les
Cirsium .echimtum et oduntolepis, et enfin l’Odontites longiflora qui à cette
époque de sa croissance a des tiges effilées souvent longues de plus d’un pied.
Jîatteignis la Yega au village dd la Subia, situé à une lieue de Grenade,
dans la position la plus riante.
Je ne demeurai dans cette dernière ville que le temps nécessaire pouf
charger sur une galère les nombreux paquets qui contenaient mes précieuses
récoltes. J’aurais désiré prendre, pour retourner à Malaga, un chemin différent
et visiter Loxa dont la position est, dit-on, fort pittoresque; mais le
désir de revoir la Tejeda et d’y recueillir des graines, me fit renoncer .Y ce
projet. Le plateau entre Grenade et Alhama n’offrait plus rien de celte flore
curieuse qui m avait charmé deux mois plus tôt : tout était desséché, la seule
Stalice globularioefolia égayait ces tristes contrées par ses panicules bleuâtres. En
partant d Alhama au matin, je laissai toute la ville en rumeur, les hommes
se réunissaient sur la place publique, .mais non plus comme à l’ordinaire pour
tenir conseil : les uns étaient armés de pioches et d’instruments de labourage,
d’autres cachaient sous leurs manteaux de longues escopetteSy II s!agissail
d aller travailler et ensemencer des terres que la ville prétend posséder de
temps immémorial, et que de temps immémorial aussi le village de Zafarraya
lui dispute. Comme c’est assez l’usage en Espagne, la question est demeurée
ao