
J’arrivai dans cette dernière ville le îo ju in , après un voyage d’un mois à
peu près, dont je rapportais de riches récoltes. Leur arrangement et les préparatifs
de mes excursions subséquentes m’occupèrent quelques jours pendant lesquels
je fis quelques promenades aux environs. La plupart des espèces que j ’y
avais recueillies en mai étaient alors de'fléuries, le Thymus capitatus presque
seul ornait les collines; dans les haies, en revanche, le Kentrophyllum arbores-
cens, le Phlomis purpurea et la Ballota hirsuta étaient en pleine floraison. A
San Anton je vis deux plantes que je n’avais pas encore trouvées, le Lithosper-
mum fruticosum et YOsyris quadrifida, et je cueillis dans les -champs du pied
de la montagne la Centaurea sulphurea. Je m’arrêtai à tout cela le moins de
temps possible, car la saison avauçait et la fin de la végétation d’été sur le littoral
m’annonçait que le moment était arrivé de visiter les chaînes élevées de
l’intérieur du pays.
CHAPITRE IX.
De Maiaga- à*Grenade. — Sierra Tejeda.
Le 18, de bonne heure, j ’avais déjà laissé derrière moi le territoire qui sépare
Malaga de Yelez, et qui, brûlé alors parle soleil, ne ressemblait plus à ce jardin
émaillé de fleurs que j ’avais parcouru deux mois plus tôt. Le seul vallon de
Yelez, arrosé par le ruisseau qui le parcourt et ombragé par ses bosquets de
peupliers, était toujours paré de sa verdure éternelle. Le Sentier qui conduit à
Grenade, praticable seulement pour des piétons et des bêtes de somme, remonte
dans toute SSL longueur ce vallon qui s’élève assez rapidement et à l’extrémité
duquel une coupure pittoresque nommée la Puer ta de Zafarraya, ouverte par
la nature à travers les rochers, permet d’arriver sans redescendre Sur les plateaux
de l’intérieur. Mon but étant de franchir les montagnes dans leur partie la
plus élevée qui forme la Sierra Tejeda, je ne suivis qu’une partie de ce chemin,
et à deux lieues de Yelez je quittai le vallon pour gravir les hautes collines que
j ’avais à ma droite et qui occupent l’espace compris entre la Sierra et la mer . Ces
collines* a cause de la nature sablonneuse et mobile du terrain qui les forme,
sont creusées en tous sens de ravins prqfonds, leur hauteur moyenne est de
îoôo à 1200 pieds et elles sont, sur presque toute leur étendue, occupées par
des vignobles bien entretenus et uniquement destinés à produire des pasas.
Quelques caroubiers épars ornaient seuls ces. pentes rapides oh j ’observai de
belles ombellifères tardives, entre autres la Pimpinella mllosa Sch. aux branches
pendantes avant la floraison, et la Margotia laserpitioides. Le soleil était
voilé, la chaleur étouffante ; à un détour du sentier je me trouvai tout à coup
en face de la haute et pittoresque Tejeda que les collines m’avaient cachée à
partir de. Yelez; sa partie supérieure était mystérieusement voilée par une masse
de nuages d’où s’échappaient de pâles lueurs d’éclairs; le tonnerre grondait
sourdement. Au pied des parois calcaires et-des gorges escarpées de la montagne,
bien au-dessus de nous encore s’étendait la ligne des maisons blanches
de Canillas de Aceytuno, village où je me rendais et qui tire son nom des bois
d’oliviers qui l ’entourent. Plus à droite encore, et toujours sur les flancs de la
Sierra, j ’apercevais d’autres poblaciones ou hameaux dont le nombre m’expliqua
la culture de cette étendue immense de vignes au milieu desquelles je
n’avais rencontré jusqu’alors que peu d’habitations.
J’étais recommandé à Canillas à Don Julian Yaliente, médecin et commandant
des nacionales de l’endroit. Mes amis de Yelez l’avaient déjà prévenu de
mon arrivée, et il s’empressa, avec l’hospitalité espagnole, de mettre sa maison
à,ma disposition, offre qui n’était point à dédaigner, car la posada de ce village
écarté avait une apparence repoussante ; à peine étais-je entré, le patio ou
cour et jusqu’à l’habitation du docteur furent envahis par les curieux du village
qui n’étaient pas gens à négliger une aubaine telle que l’arrivée d’un voyageur
mystérieux occupé en apparence à récolter des graines et des herbes, mais
parcourant le pays, Dieu sait dans quel but. La Sierra, la vertu des simples qui
y croissent devinrent le sujet de la conversation, on parla surtout des monte-
sas ou chèvres sauvages dont lâchasse est la grande occupation et la jouissance
suprême des habitants de Canillas. Les vieillards ne tarissaient pas sur leurs anciennes
prouesses dans cet exercice, les jeunes gens me proniettaient de venir
me visiter sur la montagne, et j ’eus de la peine vers le soir à me délivrer de tous
ces braves gens pour aller chercher un peu de solitude et monter jusqu’au
Convento, vieil édifice construit sur les rochers au-dessus du village dans la position
la plus romantique. Sur cet emplacement existaitjadis une citadelle moresque,
qui plus tard, lors de la fameuse révolte de l’Alpujarra, eut à soutenir
un siège contre les Moriscos du voisinage, poussés à bout par la mauvaise
foi et la tyrannie des Espagnols. A cette époque tout le pays situé entre
\elez et Motril se souleva, mais bientôt les Môrisques se sentant trop
faibles, abandonnèrent leurs villages et allèrent, au nombre de plusieurs
milliers suivis de leurs femmes et de leurs troupeaux, occuper la forte position
du rocher de Frigiliana, à quelques lieues de Canillas, résolus à s’y