
tout le royaume de Grenade; la re'gion montagneuse, où il y en a le plus, est
bien inférieure sous ce rapport à toutes les flores de l’Europe centrale et méridionale,
la Grèce peut-être seule exceptée.
La végétation d’arbrisseaux et sous-arbrisseaux est en revanche très-fortement
caractérisée dans toutes les régions du royaume de Grenade, la dernière exceptée
; elle forme, quant au nombre des espèces, un huitième pour la région chaude,
un sixième pour la région montagneuse, un septième pour l’alpine, en y joignant
les arbres qui, pour la plupart, se présentent sous forme d’arbrisseaux; un
huitième pour la nivale ; proportion plus forte même que dans les autres pays
méridionaux de l’Europe, et qui est surtout caractéristique pour les régions
montagneuse et alpine, puisque, dans la plupart des autres contrées, les arbrisseaux
et sous-arbrisseaux diminuent au contraire dans ces régions. Cette proportion
serait plus frappante encore si, au lieu des espèces, on comptait les
individus, car un très-grand nombre de ces arbrisseaux ou sous-arbrissaux
sont des plantes sociales.
Un grand nombre d’entre eux parmi les plus répandus sont aussi des plantes
épineuses, et en leur adjoignant les Chardons et genres voisins très-nombreux
dans là contrée, on trouve dans le royaume de Grenade une proportion de
végétaux épineux très-supérieure à celle qu’on peut trouver dans aucune flore
de l’Europe, et qui n’est peut-être atteinte qu’en Barbarie ou que dans l’Asie
centrale, dans des régions très-riches en Astragales et Statices épineuses.
La proportion des espèces sociales, c’est-à-dire couvrant à elles seules ou
un petit nombre ensemble des espaces plus ou moins étendus, est encore
très-grande et très-caractéristique de la contrée qui nous occupe. Elle se retrouve,
quoique souvent d’une manière moins marquée, dans toutes les régions
méditerranéennes, soit en plaine soit dans les montagnes, et explique la moins
grande variété des espèces et la plus grande monotonie de la végétation de ces
contrées comparées à celle de l ’Europe.
Dans toutes les régions, la proportion des monocotylédones est très-faible,
ils forment moins d’un cinquième dans la région maritime, un peu plus d’un
huitième dans les deux suivantes, et un septième dans la région nivale. Gela
tient à la sécheresse générale de la contrée et au manque de localités humides
et ombragées Favorables en général aux plantes de cette classe. Cette
diminution ne porte pas sur la famille des graminées, très-nombreuse au contraire
en espèces et en individus.
La série des familles rangées par ordre d’importance se rapproche, pour la
région chaude, de celle qu’on trouve dans les flores du midi de l’Europe ;
pour les régions montagneuse et alpine, de celle de la flore espagnole en
général, et la dernière en outre, de celle des flores alpines; pour la région,
nivale de celle des flores alpines„du centre et du nord de l’Europe.
Les plantes qui, abstraction faite de l’Afrique boréale, sont endémiques à la
Péninsule, forment pour la région chaude un peu plus du cinquième, pour la
région montagneuse un peu plus du tiers, pour l’alpine un peu moins de la
moitié, pour la région nivale plus du tiers du nombre total des espèces. Parmi
ces plantes, celles spéciales au royaume de Grenade en particulier entrent dans
la région chaude pour deux cinquièmes, dans la région montagneuse pour la
moitié à peu près, dans la région alpine pour les trois cinquièmes, dans la région
nivale enfin pour les deux tiers. Ainsi, pour trouver la plus forte proportion
d’espèces endémiques de ces deux catégories, il faut s’élever vers la zone
située à peu près à la moitié de l’altitude et également éloignée de la végétation
méditerranéenne du bas et de la végétation à physionomie plus alpine du haut
C’est un résultat intéressant et qu’on retrouvera probablement pour toutes les
flores de l ’Europe méridionale. M. Hochstetter l’a constaté dans l ’archipel
des Açores et M. Webb aux Canaries.
Les plantes communes au royaume de Grenade et à l’Europe centrale et
septentrionale forment, pour la région chaude un cinquième, pour la montagneuse
presque un tiers, pour l’alpine un peu moins de la moitié, et pour la
nivale plus de la moitié du nombre total. Il est assez remarquable que pour les
trois premières régions le nombre de ces plantes soit sensiblement égal à celui
des plantes endémiques à l’Espagne.
Les plantes méditerranéennes ou caractéristiques de un ou plusieurs pays de
l’Europe méridionale forment enfin, pour la région inférieure à peu près les trois
cinquièmes, pour la région montagneuse un tiers, pour la région alpine à peu
près un septième, et pour la région nivale un vingt-quatrième du nombre total.
On comprend que dans ces deux dernières régions ces plantes méditerranéennes
sont aussi dans l’Europe méridionale des plantes montagnardes ou alpines.
Résumant ces résultats, on a en général pour la région chaude trois
cinquièmes d’espèces méditerranéennes, un cinquième d’espèces du centre
de l’Europe et un cinquième d’espèces espagnoles; pour la montagneuse un
peu plus du tiers de plantes méditerranéennes, un peu moins du tiers du
centre de l’Europe et un tiers d’espagnoles; pour la région alpine un septième
d’espèces des montagnes du midi de l ’Europe, trois septièmes d’espèces du
nord et du centre de l ’Europe et trois septièmes d’espèces espagnoles; pour
la région nivale enfin un vingt-quatrième d’espèces des Alpes du midi de