
une ombellifère de l’Atlas, le Buniurn gldberrimum qui n’e'tait pas en fleur, mais
que je reconnus à la forme particulière de ses feuilles.
L ’approche du soif put seule m’arracher à cette riche récolte. Je descendis à
la Croix de Mendoçaef i l e là à Alhaurin par une pente rapide qui conduisait
directement ah Nacimiento et le long de laquelle, malgré son aridité, je recueillis
encore ljien des espèces'rares, telles que Mathiola varia, Brassica humilis, une
nouvelle espèce à’Hemiaria, Une variété curieuse à feuilles velues du Banun-
eulus gramineus et un bel Iris voisin d u Xyplàum, aux fleurs violettes tachetées
de jaune. La Croix de Mendoça est une croupe de la montagne où sont plantées
quelques croix de bois fort anciennes et-grossière ment taillées ; c’est un lieu de
pèlerinage vénéré dans; le pays, e t ma posadera me conta qu’elle y était elle-
même montée lospies descalzos pour préserver un de ses fils delà conscription.
Sa dévotion avait réussi : « Bendita sea la S"“ Virgen, » disait-elle; mon fils est
à-présent marié et honnête homme comme son père. C’était an singulier éloge,
car j ’ai rarement rencontré un plus grand voleur que le S " lmesped d e là
posada. Tout le monde sait que les hôtelleries d’Espagne ne contiennent aucune
provision à l’usage des voyageurs, et si quelque nouveaji débarqué s’avise de
demander ce qu’il x a a manger, on lui répond toujours par la phrasé sacramentelle
: « Cdballero lo que Vmd trden (Monsieur, il n’y a que ce que vous
apportez-Vous-même). Il faut donc acheter soi-même çà et là dans le village
tout ce dont on a besoin. Dans quelques endroits un peu plus civilisés, l’hôte se
charge lui-même de ce soin, èn faisant un profit sur chaque article; au moment
du départ on voit-arriver. une longue note Où tout est,spécifié, jusqu’à
l’huile et au sel dont on s’ est servi -pour apprêter le repas, et l ’on est tout^sur-,
pris d’avoir tout autant à payer dans ces.,misérables-gîtes que dans les meilleures
fondas_ des villes.
* Au retour de la Sierra, j ’émploÿai une journée à étudièr et à dessécher les
plantés récoltées, et je retournai auprè's de cette paroi de rochers qui m’en
avait fourni de si intéressantes. Après avoir expédié le tout àflMalaga, je continuai
ma route lé ’ 14 et j ’arrivai bientôt à Coin à travers un beau pays entrecoupé
de vallons où le Tkaliôtrum glaucum ornait le bord des cours d’eaux,
et où les champs étaient tous émaillés des fleurs violettes du Convolmlus tricolor.
Coin, qui n’ëst qu’àvdeux lieues d’Alhaurin, est une bourgade aussi riche et
plus considérable ençpre ; les eaux de source y abondent et, chose rare en Espagne;
j ’y admirai quelques fontaines dont l ’eau jaillissait par dix ou quinze
orifices. Ces deux villages et leurs délicieux alentours fournissent à Malaga la
plus grande partie de ses légumes. La fraîcheur et l’humidité permettent d’y
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faire croître, à côté des oranges et des citrons, les fruits de nos climats tempérés;
tels que les cerises et les fraises qui ne réussiraient pas sur la côte. Je vis de
grandes plantations de ces dernières en pleine maturité; elles étaient de la
même espèce que celles de nos montagnes et en avaient tout le parfum. Après
Coin, le pays qui va en s’élevant est moins fertile; ce sont des terrains argileux
rarement livrés à la culture et dont la végétation caractéristique se compose
du Phlomis herba venti, de YEchinops strigosus, de plusieurs espèces de Scoly-
mus et du Cynara cardunculus, type sauvage de l’artichaud, énorme plante
dont les feuilles épineuses ont jusqu’à trois pieds de long. Monda forme un
étonnant contraste avec les villages' trà noùs venions de passer : c’est une
bicoque aux rues étroites,.bâtie sur une pente rapide et-surmontée de vieilles
ruines qui sont peut-être les restes de l ’antiqué Munda. Là fut autrefois
le "théâtre d’une grande bataille livrée par César aux fils! de Pompéec'Le
barbier dé l’endroit était glorieux de ce souvenir historique; il m’en raconta
les détails et me montra un torrent qui, prétendait-il, avait roulé des
flots de sang le jour de-l’action. Monda-fest adossé au mont J’ereyla, suite de
hauteurs composées du même calcaire "cristallin que la Sierra de Mijas, mais
bien moins élevées^que celte dernière. Je les traversai le mêmejour, me proposant
de .gagner vers le soir les bords de la mer et la ville de Marbellà. Au-dessus
du village, dans une exposition très-chaude, je recueillis le Beseda sesamoides —e
Var. erecta, le Sedum amplexicaule, la Salvia patula, l’Ononis speciosa, la belle
Linaria Clementei qui porte au sommet d’une tige simple et droite un épi fort court
de fleurs violettes, le Silene villosdet la Sideritis arborescem, grande labiée- dont
toutes lès parties sont imprégnées d’un enduit visqueux è t ’odorant ; je retrouvai
aussi plusieurs des plantes de la Sierra de Mijas, telles que VArmeria alliacea el
YEchium albicans.
Le point de partage des eaux n’èst pas à plus de 1800 pieds de hauteur
absolue et à 8oo à peine au-defeus.de Monda; on n’aperçoit dè là qu’une petite
étendue de la mer à l’extrémité de la vallée, à cause des contreforts qui la
resserrent de chaque côté; spr le revers septentrional, près du sommet, il n’y
avait que bien peu de plantes en fleurs, mais à peine arrivai-je de l’autre,
que je me trouvai au milieu de nombreux buissons fleuris des Genista hirsuta et
Hoenseleri. Une troupe d’arrieros que nous rencontrâmes me regardaient faire
d’énormes bouquets de ces plantes épineuses, avec un étonnement bien naturel,
et écoutaient, la bouche béante, les contes qu’Antonio leur débitait à ce-
sujet avec son sérieux ordinaire. Ce vallon me rappelait certains sites des Alpes
maritimes et entre autres le chemin par lequel on descend de Tende à Fontan.