
dement d’une citerne voûtée, nous n’y trouvâmes qu’une eau fétide et pourrie.
Le gigantesque et abrupte massif de la Sierra de Gador s’élevait alors tout près
de nous, il nous avait été caché jusqu’alors par les collines qui eneàissent le rio
d’Adra; nous descendîmes enfin de ces hauteurs dans des bois d’oliviers,
et bientôt après nous atteignîmes Berja, riante bourgade aux maisons blanches
et entourée d’une oasis verte et arrosée, qui nous fit plus de plaisir encore
après le désert embrasé que nous avions traversé. -
Cette petite ville, située à quelques lieues de distance de la mer et à un
millier de pieds au-dessus de son niveau, à acquis une grande importance par •
le voisinage des mines de plomb de la Sierra de Gador. C’est à Berja que se
font les approvisionnements pour la nombreuse population d’ouvriers qui vit
sur la montagne, c’est là aussi que les propriétaires de mines sont établis
et ont leurs agences, aussi est-elle peuplée et animée, et les nombreux étrangers
qui la fréquentent y ont introduit un certain degré de civilisation. Par
malheur pour nous, une posada qu’on dit être assez bonne, était entièrement
occupée, et je ne pus trouver place que dans une autre dont les chambres
étaient si sales, que je fus obligé de faire dresser mon lit sur la terrasse du
toit. Cette manière de dormir n’est pas si agréable qu’on pourrait le penser
d’après le doux climat de ce pays, parce que les premières heures du
matin sont fraîches et humides.
Le lendemain, je me procurai une recommandation pour le surveillant
d’une des principales 'exploitations, et laissant passer les heures brûlantes
de la journée, je partis pour la montagne à quatre heures de l’après-
midi. Nous étions montés sur des ânes dont il y a un nombre immense
employés à porter le minérai. La vega qui s’étend en pente douce jusqu’au
pied de la Sierra, éloignée d’une heure, est occupée par des cultures et de
nombreux oliviers. Le long du sentier s’élevaient, de distance en distance,
les hampes florales de Y Agave americana ; quelques-unes avaient trente pieds
de longueur et leur large panicule portait des milliers de fleurs d’un blanc
verdâtre. La vue de cette plante me causa d’autant plus de plaisir, que
je ne l’avais jamais vue fleurir •; au mois de juin, lorsque j ’étais sur le littoral
près de Malaga, on n’apercevait encore aucun indice de ces tiges, mais
elles se développent énsuite si rapidement, que dans de certains moments on
les voit s’allonger d’une heure à l’autre ; après la maturation des graines la
plante meurt ; mais le vide qu’elle laisse dans la haie est promptement
rempli par les rejets qu’elle laisse. Au pied de la montagne je vis une source
abondante qui sort là des rochers, ët auquel la huerta de Berja doit toute :sa
fertilité. Le sentier par lequel nous montâmes est fort battu et forme de
nombreux zigzags ; rien ne peut donner l’idée de la stérilité des pentes infé-,
rieures qu’iktraverse ; il est vrai que c’était dans la saison la plus brûlée ; mais
je n’y aperçus que quelques pieds de la rare Sideritis foelens, malheureusement
pas encore fleurie. Le soleil avait disparu et un beau clair de lune le remplaça,
cette douce clarté permettait de saisir dans le paysage les objets les plus
lointains, et donnait à leurs contours quelque chose de moelleux ; les flots de
la mer brillaient comme une nappe d’argent, et à l’horizon se dessinaient
les pyramides éloignées du Mulahacen et de i’Alcazaba avec les amas de
neige qui diapraient leurs flancs. Un vent léger et frais du nord vint ajouter
au charme de cette soirée en rafraîchissant l’atmosphère. Chemin faisant nous
passâmes auprès de trous et de cavernes, restes de vieilles exploitations
abandonnées maintenant; .ce fut un nouveau motif pour apprécier le clair de
lune, car par une nuit sombre, un pareil voisinage doit être dangereux. A
neuf heures du soir, le guide nous dit que nous, étions arrivés sur le plateau
supérieur, et comme la mine de Berja où j ’allais était encore éloignée, nous
nous arrêtâmes, pour passer la nuit, dans une cabane destinée à un débit de
vin.. Le cabaretier se plaignait de ne rien gagner cet été. Il y avait alors, en
effet, stagnation complète dans les travaux ; le prix du plomb ayant baissé
par suite de faillites en Amérique, les magasins d’Adra étaient pleins et les
propriétaires ne se souciant pas de continuer leurs frais d’exploitation sans
être surs de la vente, avaient tout interrompu depuis deux mois.' Or, comme
les quatre cents mines delà Sierra de Gador emploient à l’ordinaire jusqu’à vingt
mille ouvriers à la fois, on conçoit quelle perte en résultait pour tout le pays
dont les habitants affluent là pour travailler de bien des lieues à la ronde;
une grande effervescence régnait partout, et comme les ouvriers avaient menacé
de se porter en masse sur la montagne, pour forcer les possesseurs de
mines à reprendre le travail, on,avait dû y envoyer de Berja une partida
nombreuse pour maintenir l’ordre : on appelle ainsi une troupe de gardes
nationaux sans uniforme et en costume dû pays.
En sortant, au. point du jo u r , je fus agréablement surpris „par la vue
du beau panorama qui s’étendait à mes pieds, et par celle’*de plantes
curieuses toutes nouvelles pour moi. Je citerai, en première ligne, la Scutel-
laria orientalis et deux magnifiques Thyms aux corolles longues d’un pouce,
pourpres dans une espèce et blanches avec de grandes bractées scarieuses dans
l’autre. Après nous être encore élevés quelque temps, nous arrivâmes sur
le plateau très-étendu et ondulé du sommet de la montagne; on aurait pu
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