
2 I 2 MONOGRAPHIES
doit être attribuée au développement excessif du talon, sur lequel
les pointes des canines paraissent comme entées. Dans l’adulte
, elles semblent sortir d’une seule alvéole, et leur étendue
occupe toute la place remplie, dans le jeune âge, par les petites
incisives, de façon que les deux, et rarement les six ou les quatre
très-petites dents qu’on voit au-devant des canines, ne correspondent
plus avec les incisives supérieures; ces premières se trouvent
totalement hors de rang et sans fonction présumable : les deux fortes
pointes, très-aiguës, du talon des canine^, se touchent alors exactement.
Ces deux pointes intérieures accolées paraissent former deux
grandes incisives ; dans l’adulte, elles correspondent parfaitement
avec les incisives supérieures, et suppléent de cette manière, par
une organisation inconnue jusqu’à ce jour, à la nullité des petites
dents rudimentaires poussées de leurs alvéoles. -
L’accroissement progressif que je viens de signaler na pas été
examiné chez toutes les espèces décrites dans cette monographie ;
mes observations sont basées sur quatre espèces: du Nouveau-Monde
et sur trois de l’ancien continent ; les premières sont, Dysopes
n ifu s , abrasus , nasutus et obscurus ; celles de l’ancien continent
sont : Dysopes tennis, Geoffroyi et Ruppelii (i). Le crâne
d’un très-vieux individu de cette derniere espece n a pas encore ete
examiné ; je n’ai eu à ma disposition que des jeunes pourvus de
toutes leurs molaires et à formes totales entièrement développées ,
et deux sujets, sans doute plus âgés que les premiers, quoique
d’après les indices que m’ont fournis les sutures et la crête de leur
crâne, ils ne fussent point encore parvenus au maximum de leur développement
; les premiers ont six incisives inférieures, les seconds
n’en ont plus que quatre ; en perdraient-ils encore par une plus
grande extension du talon des canines ? Il est certain qu!on trouve
dans l’ancien continent, comme dans le Nouveau-Monde , des Mofi)
Dysopes cheiropus de la Cochinchine, n’a été vu que dans l’état de développement
complet des dents; il a deux incisives inférieures, absolument comme dans Dysopes tennis
et dans toutes les espèces à système dentaire totalement développé, qui habitent le Nouveau-
Monde.
DE MAMMAEOGIE. a i 3
losses à deux , à quatre et à six incisives à la mâchoire inférieure :
les premiers ont tous les caractères d’individus parfaitement développés
; les derniers offrent le plus souvent les indices du jeune
âge, quoique extérieurement on ne puisse pas les distinguer, du
premier coup d’oeil, des adultes. Il faudrait pouvoir examiner un
très-grand nombre d’individus dans tous les périodes de l’âge, pour
établir une règle fixe dans les caractères du système dentaire des
Chéiroptères ; les assujettir à la règle adoptée en mammalogie, et
vouloir les classer génériquement à l’aide du nombre et de la forme
de leurs dents, me paraît, d’après mes nombreuses observations,
pour le moins très-hasardé.
Voici l’exposé succinct des faits tels que je les ai observés sur plusieurs
individus des espèces suivantes : Dysopes obscurus m’a fourni,
sur quatre individus , la disparité la plus remarquable de l’anomalie
dans le système dentaire des Molosses ; deux individus se trouvent
munis de quatre incisives entassées et bilobées à la mâchoire inférieure
; le troisième a deux très-fines incisives en avant des grands
talons des canines ; et lè quatrième, sans doute très-vieux et à talons
des canines exactement accolés, n’a plus d’incisives; deux très-petits
trous alvéolaires, en partie oblitérés, servent d’indices que la chute
de ces dents était récente. Le crâne et les dents de ce sujet très-vieux
sont figurés, pl. 23, fig. 20 et 21. De dix-huit individus de Dysopes
nasutus (1) , j’en ai vu seulement deux n’ayant que deux
très-petites incisives poussées en avant du talon des canines ; plusieurs
individus m’ont paru pourvus de quatre incisives ; mais comme
les dents du plus grand nombre de ces individus (notamment de
onze sujets du musée de Paris) ont été examinées sur des peaux
préparées, il ne m’a pas été possible de distinguer, à l’aide de la
loupe, le nombre exact de ces dents, dont la pointe bilobée peut
induire en erreur sur le nombre. J’ai devant moi les crânes de deux
jeunes individus : le moins âgé a six incisives enchâssées dans six
(t) C’est le nom que j ’ai donné à l’espèce décrite par M. Isidore Geoffroy sous celui de Nyc~
tinomus brasïlicnsis. Annales des Sciences naturelles, lotn. \ , p. 55y, pl. 22.
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