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proie, ou plus foibles ou plus poltrons ; et dans ces combats il étoit bien
servi par l’habilité de son vol et la légéreté de ses mouvemens, qui l’élèvent
au besoin à des hauteurs prodigieuses, d’où on l’entend pousser un cri
perçant, mais rare.
Quand une fois ces oiseaux avoient apperçu mon camp, j’étois persuadé
de les voir revenir tous les jours à la même heure, et chaque visite en
augmentoit le nombre, au point que quelquefois nous en étions obsédé
d’une douzaine. J’en ai remarqué u n , étant campé à la rivière Gamtoos,
où je suis resté fort long-tems , qui est venu fidèlement tous les jours me
visiter, à onze heures du matin et à quatre heures de l’après-midi : j’étois
très-persuadé que c’étoit le même, car il lui manquoit, à une des aîles,
quatre ou cinq des moyennes pennes , que j’avois abattues d’un coup de
fusil; ce qui produisoit un vide qu’il étoit facile de l'emarqxier, et me le
faisoit toujours reconnoître. Le passage de ces oiseaux dans les mêmes
cantons, et toujours à peu près à la même heure, est une observation que
j’ai généralement trouvée vraie durant tout le cours de mes voyages, ii paroît
même que c’est une habitude particulière de ces milans d’Afrique et de
ceux d’Europe; car j ’ai remarqué à ces derniers .la même coutume de passer
à certaines heures par les mêmes endroits, et jamais je n’ai manqué de
tuer un milan dont j’avois envie, quand je l’attendois à l’heure et dans le
lieu où je l’avois vu une fois roder.
Le Parasite fait son nid sur les arbres ou dans les rochers ; mais s’il se
troixve quelque marais dans les environs du pays qu'il habite, il le fréquente
de préférence, et place son nid sur quelque buisson entre les roseaux.
L a ponte est de quatre oeufs, qui sont tachetés de roux. Dans le
premier âge, le Parasite est couvert d’un duvet grisâtre. A u sortir du nid,
ses couleurs sont d’un brun plus sombre que par la suite. Sa queue est alors
presque carrément coupée. Ce caractère d’avoir, dans son jeune âge, la
queue moins fourchue, est conforme à celui du milan d’Europe. Le milan
noir (x), dont les naturalistes ont fait une seconde espèce, n’est auti-e
chose que le jeune milan d’Europe qui n’a point encore subi sa seconde
mue. Ceci est un fait dont je suis très-certain, ayant élevé plusieurs de ces
prétendus milans noirs, que j’avois enlevés du nid après avoir tué le père
et la mère, que je rcconnoissois pour être de l’espèce du milan ordinaire ;
tandis que ces mêmes petits étoient exactement conformes aux descriptions
dn milan noir, q u i, au reste, soit dit en passant^, n’a pas un atome de
noir dans son plumage, comme il est facile de s’cn convaincre. Des gardes-
chasse m’ont souvent apporté de ces mêmes prétendus milans noirs, que
j’ai toujours reconnus , à la mollesse des os de leurs crânes, pour n’être que
(i) Voyez les planches enluminées de Buffon, N®. 47a.
des
des jeunes oiseaux; et Buffon a eu d’ailleurs grande raison, comme on lo
v oit, de ne considérer le milan royal et ce milan noir, qne comme deux
espèces très-voisines, puisqu’ils ne sont en effet qu’une seule et même espèce
dans deux âges différens.
Le Parasite est donc une seconde espèce de milan à ajouter à celui d’Europe.
Quant au milan de la Caroline de Brisson ( x ) , ou l’épervier à queue
d’hirondelle de Catesby (2) , il est certain que cc n’est que par rapport à sa
queue fourchue, que cet oiseau a été indiqué comme un milan ; car par
tons les autres caractères il s’cn éloigne absolument. Il est indubitable que
si la forme du bec et des pieds sont les principaux caractères d’après lesquels
ces métliodistes ont cherché à différencier les genres , l’oiseau dont
i l est question n’est point nn milan, car sa mandibule supérieure est unie
de chaque côté, et non cranée comme celle de cet oiseau et comme l’ont
généralement tous les oiseaux de proie. Si nous considérons maintenant
la forme des pieds de ce prétendu milan de la Caroline, nous trouverons
qu’il a le tarse proportionnellement moitié axissi long que notre milan, '
qui l’a déjà plus court môme que les buses, et jiar conséquent que les éperviers
, q n i, de tous les oiseaux de rapine, les ont les pins longs; ainsi le
nom d’épervier k queue d’hirondelle, que lui donne Catesby, ne lui convient
pas plus que celui de milan que lui a appliqué Brisson ; et s i , en effet,
cet oiseau a la queue fourchue, elle l’est, comme on peut le remarquer,
bien différemment que celle du milan ; car elle se trouve entièrement évi-
dée, presque dès son origine ; tandis que l’enfourchure de la queue du milan
ne commence qne vers sa pointe. D ’ailleurs, si nous voulions prendre
pour caractère générique les formes de la queue, on seroit, d’un coté,
obligé d’admettre, dans le môme genre, quantité d’espèces qui n’ont nul
rapport entre elles ; e t, d’un autre côté, d’en faire plusieurs de différentes
espèces qui très-certainement sont du même genre, malgré les différentes
formes de leur queue. L a seule famille des gobes-mouches nous offre une
variété étonnante dans la conformation de leurs queues.
I l se trouve au Sénégal un oiseau de proie auquel les François ont donné
le nom d’éconife. S i , en effet, c’est un milan, il est probable qu’il est de
la même espèce que le Parasite ; puisque tout ce qu’en dit l’auteur qui en
parie s’y rajiportc parfaitement. «Tou te nourriture convient, dit- il, à sa
« faim dévorante ; il n’est point épouvanté des armes à feu ; la chair cuite
« ou crue le tente si vivement qu’il enlève aux matelots leurs morceaux
« dans le tems qu’ils les portent à leurs bouches.» Tou t ceci revient bien
(1) ÎBrissoii, Ornithologie , tome I , page 418.
(2) Histoire naturelle de la Caroline, par Catesby, planche IV , tome I.
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