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D U F A U C O N F I Ü P P É . 8i
L a iiuppe (le ce petit faucon est très-apparente ; elle part du front et s’étend
jusque passé le derrière de la tête, quand l’oiseau la couche ; il ia relève
souvent, et particulièrement quand il est animé, soit par la colère , ou
par un sentiment plus doux, celui de l’amour: c’est dans ce moment sur-tout
qu’il l’épanouit et l’étale pour plaire à sa ièraeilc , à lacjuelle il paroît très-
attaché. Dans cette espèce, le mâle est de la grosseur d’un pigeon ordinaire;
sa femelle est d’un grand quart plus forte, et sa huppe est moins longue; du
reste, ils se ressemblent beaucoup pour la teinte et la distribution des couleurs,
qui sont, sur tout le dessus du corps, d’un gris-bleu ardoisé; la huppe
est brunâtre. L a gorge, le cou et la poitrine sont d’un blanc sali; tout le
dessous du corps, sur ce même fond , porte des bandes transversales ; la
queue est également rayée en travers. Les pieds et les doigts sont jaunes ;
la base du bec est bleuâtre et la pointe en est noire, ainsi que les griffes
qui sont très-effilées etfortes. De chaque côté de la bouche descend une balafre
brune ; les aîles ployées s’étendent au-delà du bout de la queue; l’oeil
est d’un jaune orangé. Le Faucon huppé fréquente les lacs, les bords de la
mer et les rivières poissonneuses; il ne chasse point, mais pêche, et se
nourrit de tous les petits poissons et crabes qu’il peut attraper; il s’accommode
aussi d’oursins , de moules et d’autres coquillages, dont ii brise l’enveloppe
avec son bec qui est très-fort. Je l’ai vu poursuivre, avec acharnement,
les mouettes, les hirondelles de mer, et même les albatros et les
pélicans, oiseaux dont la grosseur et ia force auroient dû lui en imposer;
mais tous le fuyoient également; les hirondelles de mer paroissoient même
moins le reflmiter que ces grands et lâches palmipèdes. Quand ce Faucon
huppé s’est adonné à vivre sur les bords de la mer, c’est sur les rochers
qu’il fait alors son nid ; dans les terres, il le construit sur les arbres qui
bordent les rivières qu’il fréquente et qui lui procurent le plus abondamment
sa nourriture. L a ponte est de quatre oeufs entièrement d’un blanc
roussâtre. Le mâle partage les soins de l’incubation et ne quitte point sa
femelle, dont ii prend le plus grand soin, ayant l’attention de lui apporter
• amplement les fruits de sa pêche. Toute la petite famille vit long-tems ensemble,
et les jeunes ne se séparent que pour donner eux-mêmes leurs soins
à une nouvelle postérité. Les très-longues aîles du Faucon huppé paroî-
troient devoir lui faciliter les moyens de chasser, car il a Je vol très-rapide;
mais jamais je ne l’ai vu prendre les oiseaux auxquels il donnoit la chasse ;
ce qu’il auroit pu faire facilement, puisqu’il les abordoit d’assez près pour
leur donner des coups de bec et les faire crier; mais il m’a paru que c’étoit
simplement pour les écarter du canton qu’il s’étoit choisi et dont il s’éloi-
gnoit très-peu lui-même. Les jeunes diffèrent des vieux par une teinte
làuve réjiandue sur tout leur plumage, et par ie blanc sale de la gorge,
du cou et de la poitrine qui est varié de roux et de gris-brun; et leur
huppe ne paroît aussi que quelques mois après qu’ils ont pris l’essor.
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Tome 1.