
espèce du même genre. Kolbe, dans son voyage au Cap, fait mention de
plusierirs aigles qu’il a vus, dit-il ; mais, en jetant les ycnx sur la partie
ornithologique de son livre , il est nis¿ de voir qu’il n’avoit pas la moindre
connoissance dans cette partie. Le stront-vogel, qu’il donne pour un aigle ,
est im très-grand vautour du Cap , dont je parlerai. Je n’ai jamam vu au
Cap l’orfraie, ni l’oisean qu’il nomme l’aigle canardièrc , lequel s’élevant,
suivant lu i, à une prodigieuse liautcur, dévoroit on l’air les canards. Il est
absurde d’avancer rm pareil fait, qni est parEiitcment faux; car jamais les
■oiseaux de rapine ne dépècent leur proie en volant. Ruffon rapporte, je ne
sais pourquoi, cet aigle canardlèro à son petit aigle : il n’y a pourtant pas
un mot dans l’indication do Kolbo qui pniseo l’avoir autorisé à ce rapprochement.
Qitairt aux autres aigles que ce voyageur a vus en mer dévorant
les poissons volant, ce n’étoit probablement que des frégates ou des albatros
, dont il aura fait des aigles ; comme de routarde du Cap il a fait un
paon; parce qu’en effet les colons nommoirt cet oiseau, paon sauvage. Il
seroit plus qu’étonnant, qu’ayant passé cinq ans au Cap , uniquement occupé
à la recherche des oiseaux, je n’aie jamais apperçu ces aigles dont
parle Kolbe , et qu’il dit sur-tout être si communs. Je ne me serois jamam
avisé de parler des oiseaux dont cet autour fait mention, si Bulïon ne s’ctoit
pas servi de ses indications pour faire des rapprochcincns, et en tirer ensuite
des conséquences .souvent très-absurdes.
Il n’y a point d’oiseau sur lequel on ait débité autant de fables que sur
les aigles, et principalement sur notre balbusard , qui à été trcstancienne-
ment connu ; si toutefois on peut sc servir du mot connu, pour désigner
les erreurs grossières qui ont été débitées sur cet oiseau. Albert le Grand
avant écrit que le balbusard avoit un pied d’épcrvier, et l’autre pareil à celui
d’une oie ; Gesner , Aldrovande, Kle in , et même Linnæus, l’ont répété
d’après lui. Rien ne prouve mieux la manière dont observoient les
anciens ornithologistes ; et malheurcnsement il n’y a aucun ouvrage nouveau
qui ne soit entaché de toutes les erreurs et absurdités des écrivains
anciens; et cela parce qu’il est plus court et plus facile, de compiler tranquillement
un livre que de faire soi-même des observations; et c’est
très-souvent d’après les exposés les plus absurdes et les plus hors de vraisemblance
qu’on tire des conséquences ; car les ornithologistes qui n’ont
jamais étudié la nature que dans les écrits de leurs prédécesseurs , et voulant
cependant nous donner aussi leurs propres idées, entassent do nouvelles
réflexions absurdes sur d’anciennes erreurs ; ce qui ne nous donne
que des résultats encore plus monstrueux. C ’est ainsi que Buffonlui-meme,
confondant souvent trois et quatre espèces très-différentes et très-connues,
pour n’en faire qu’autant de variétés de la même espèce, nous présente cn-
snite, pour une seconde e.spcce du même genre, un oiseau dont il n’a
d’autre indication qu’une description si imparfaite qn’il est impossible do
débrouiller
débrouiller le genre auquel II appartient. Quant à moi, je trouve que ceux
qm ont donné les variétés d’âge ou de sexe de la même espèce comme autant
de dillerentes espèces, ont moins fait de mal que Buffon, qui s’élève
SI fort contre eux, lorsqu’il nous indique comme trois variétés de climat
trois oiseaux qui, non-seulement sont de différentes espèces, mais même
de genres différons, comme je le prouverai en parlant des pic-grièclies du
Cap; et dans cent autres articles, je prouverai aussi que ce grand naturaliste
, en écrivant son ornithologie, n’a peut-être jamais vu l’oiseau, dont 11
parloit, ou du moins qu’il ne l’a certainement pas examiné. U’aillcurs U
n’y a pas d’ouvrage sur le^^o^ux à qijijLe.que je viens de dire ne puisse
etre appliqué. A qiio>hrm encore rappeler dans chaque nouvelle ornithologie,
quantité d’esjièces si supcrflciellemcnt décrites, soit par des voyaacnrs
soit par les ancrens, qu’il est même douteux que ces oiseaux aient jtmals
existe. Je pense qn’rl vaut mieux do décrire bien exactement une espèce nue
1 on voit et dont on est certain de l’existence, que de se disputer sur l’aua-
logie dune autre, dcerile depuis plusieurs siècles; et certainement pins
on sera indécis sur 1 espèce à laquelle on peut rapporter un individu décrit
autant plus ruai sera laite cette description. D’ailleurs, quand j ’ouvre un
Irvre pour m rnstmrre et que je vois un oiseau très-comiu, le balbusard
par exemple, à qui on donne un pied d’oiseau de proie et un do canard; et
quim autre me dise que cela est possible, puisqu’il sait qu’il existe des
poules d’eau qui sont moitiéjiahnipcdes et moitié lissipèdés; tandis qu’un
autre prétend encore du iHêmè oiseau, que le père et la mère tuent celui de
leurs petits qui ne peut soutenir les rayons du soleil; et d’autres encore
que les balbusards sont le produit d’aigles de différentes espèces qui s’accouplent
ensemble, et que ces balbusards produisent après des petits vau
tours, qui eux-mêmes produisent des grands vautours, etc. etc. ; je dis qu’il
ne faut jamais ouvrir ces livres pour s’instruire, et que ceux qui les ont
écrits n’étoient rien moins qu’ornithologistes , et certainement point observateurs.
On ne peut donc ajouter foi à leurs écrits comme naturalistes
Buffon, qui a combattu ces absurdités, y tombe cependant lui-même aii
sujet de l’urubu et du stront-vogel du Cap, désignés par Kolbe. J’invite le
lecteur à lire d’un bout à l’autre dans Buffon, l’article de l ’urubu, ouwua
aura ou marchand; il verra là tout ce qu’il est possible d’entasser d’ab-
aiirde sur les rapprocliemens.
Tome I .
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