
H I S T O I R E N A T U R E L L E
des moyennes pennes et des recouvremens étoient mélangés d’autant de
plumes bi'unes que de noires et de blanches; secondement, les deux aîles
ne portoient point absolument les mêmes distributions de couleurs ; d’un
côté il y avoit, par exemple, plus de plumes noires, tandis que de l’autre,
il y en avoit, au contraire, davantage de blanches et de grises : indice bien
certain d’un oiseau en mue. Il s’agit de savoir maintenant laquelle des deux
couleurs, du gris de perle ou du noir-brun, est la couleur de l’oiseau
lorsqu’il est parvenu dans son état parfait. Je hasarderai encore mon idée
sur cet article : l’oiseau pendant sa mue, devant en même tems et perdre
et refaire des plumes, quelles sont celles qui tombent en mue? Tout le
monde sait que ce sont toujours les vieilles; c’est-à-dire, celles qui sont déjà
formées et dont le tuyau est par conséquent solide et dur. Or, toutes les
pennes grises et les recouvremens blancs de fa île étoient dans cet état,
tandis que la plupart des noires et des brunes étoient, au contraire, des
plumes qui sortoient de leur tuyau, et dont une partie des barbes étoit
encore enveloppée dans une petite pellicule blanchâtre. Je crois donc
pouvoir assurer que le Tclioug du Bengale, dans son état parfait, doit
avoir la tête, le cou, le manteau et les aîles entièrement noirs et le reste
blanc. Quelques voyageurs nous apprendront un jour si je me suis trompé
dans ma conjecture.
Je suis bien porté à croire que cette espèce se trouve aussi au Cap de
Bonne-Espérance, car je me rappelle avoir vu passer au-dessus de ma téte,
pendant que nous étions en marche et que nous côtoyions la rivière K rom ,
dans le Lange-kîoof, un oiseau qui m’a paru absolument pareil à celui de
cet article; du moins il lui ressemhloit beaucoup. J’ai bien remarqué qu’il
avoit le croupion et le ventre blancs; et toute la téte, le cou et les aîles
noirs. Il vola très-près de moi, j’étois à cheval, et ne fayant apperçu qu’au
moment où il me passoit, je ne pus assez vite débarrasser mon fusil, que
je portois en bandoulière, ce qui fut cause qu’il m’échappa. Au reste, il
n’y auroit rien d’étonnant que cet oiseau se trouvât également au Cap et
au Bengale; car j’ai rapporté de cette partie du monde bien d’autres espèces
qui sont, comme on le verra, communes à l’Afrique et à l’Inde.
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