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Il est encore très-vrai que l’ancien nom de crapaud-volant n’a été donné
à l’espèce de ces oiseaux qu’on trouve en France, que par rapport à son cri,
lequel imite, às’y méprendre, un des sons que fait entendre le crapaud dans
les soirées d’été. Il n’est donc pas étonnant que le peuple, voyant ou entendant
voler, pendant la nuit, un animal dont le cri est le même que celui du
crapaud, lui ait appliqué le nom de crapaud-volant; comme il a donné
celui de chauve-souris ou souris-volante à d’autres petits animaux, dont
les cris approchent de même beaucoup de ceux des souris. La large bouche
et la téte platte de cet oiseau doivent aussi avoir contribué à son nom de
crapaud. Le nom de tette-clièvre dérive encore de certaines habitudes de
notre engoulevent, que beaucoup de naturalistes de cabinet ignorent
probablement. Mais, en revanche, ü n’y a pas un naturaliste chasseur,
ni aucun berger habitué à parquer les moutons et les chèvres, qui ne sache
que l’engoulevent fréquente les parcs de ces animaux : non pas à la vérité
pour tetter les brebis ou les chèvres, mais pour prendre les insectes que les
crottins et l’urine attirent en grand nombre dans ces lieux infects. Les
bergers, les enfans et beaucoup d’autres personnes sans doute, voyant
hahituellement ces oiseaux s’abattre paiTiii les moutons et les chèvres,
comme ils le font en effet à tout moment, et ignorant d’ailleurs ce qu’ils y
faisoient, auront naturellement présumé qu’ils tettoient les mères : de-là
est venu le nom popubiire de tette-chèvre, qui est celui de cetoiseau dans
beaucoup de pays. En Hollande, il est connu sous la même dénomination;
car, en Hollandois, et gyte-ziijger sigmiiei-il également tettechèvre.
Je n’ai trouvé dansfintérieur de l'Afriqueque deux espèces d’engoulevens,
etqui toutes deux sont nouvelles. L’un de ces oiseaux esttrès-grand : c’est
celui de cet article, celui enfin que j’ai désigné par sa queue fourchue,
caractère qui, jusqu’à ce moment, est unique dans ce genre. De toutes les
différentes espèces dont les nomenclateurs ont fait mention , celui-ci est en
effet le seul dont la queue soit de cette forme; ainsi on ne pourra pas le
confondre avec legrand crapaud-volant des planches enluminées de Buffon,
N i 3s5 , ni avec legrand engoulevent de ses descriptions. L ’Engoulevent
à queue fourchue est encore plus grand que ce dernier, à qui Buffon
donne vingt-un pouces de longueur; celui dont nous parlons en a vingt-six,
depuis le bout du bec jusqu’à l’extrémité de la plus longue 'plume de la
queue, laquelle est la dernière latérale de chaque côté; puisque la queue
est fourchue, comme je l’ai fait observer plus haut. Le bec de ce grand
Engoulevent est d’une largeur étonnante, et se termine par un petit croc,
qni ressemble plutôt à une griffe qu’au bout d’un hec d’oiseau. Ce qui prouve
combien peu ia nature a voulu que ces oiseaux engoulassent tiint de vent,
en poursuivant les insectes, c’est qu'il n’en est point dont la bouche se
ferme mieux. En effet, la construction de son bec est si bien combinée, que
la
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DE L ’EN G O U L E V E N T A QUEUE FOURCHUE. 121
la mandibule inférieure recouvre au coin de la bouche, par un petit rebord
•saillant, ia supérieure, qui, par un recouvrement, emboîte l’inférieure,
laquelle s’y enclave jusqu’à un cran très-prononcé qu’on voit à celle d’en
haut. Après ce cran celle-ci se rétrécit tout à coup pour s’eml)OÎter ensuite
elle-même dans l’extrémité de la mandibule inférieure, qui à son tour la
recouvre de nouveau en la débordant, et se trouve ensuite surmontée par le
bout supérieur qui l’arrête fortement en se courbant par dessus en forme
de croc. Il résulte de cette parfaite union des deux mandibules que, lorsque
la bouche est fermée, l’oiseau paroît avoir un trés-pelit bec. Au reste,
ceux qui s’imaginent qne ces oiseaux voient toujours la bouche ouverte, se
trompent, je crois, très-lourdement; car ils se posent souvent à terre pour
y ramasser les insectes; et s'il leur arrive d’en prendre en volant, il est fort
inutile qu’ils l’aient pour cela continuellement baillante. Nous voyons les
guêpiers , les martinets, et toutes les espèces d’hirondelles, prendre les
insectes en volant, et nous ne leur voyons ouvrir le hec qu’au moment où
ils sont assez près d’eux pour les happer. Il est donc probable que l’engoulevent
en fait de même; or, la nature, qui ne se trompe jamais, et ne fait
rien en vain, auroit-elle construit le bec de cet oiseau avec tant de soin ,
l’auroit-elie fermé aussi hermétiquement, s’il devoit toujours l’avoir ouvert
pour se procurer sa nourriture? Nous avons fuit représenter de grandeur
naturelle le bec ouvert et fermé de ce grand Engoulevent, pour qu’on
puisse mieux Sciisir sa construction particulière.
Les méthodistes ont cru remarquer beaucoup d’analogie entre les
hirondelles et ces oiseaux de nuit; de manière même qne plusieurs d’entre
euxleur ont donné le nom d’hirondelle à queue carrée. Si ces mêmes savans
avoient connu l’espèce dont nous parlons, ils auraient encore été bien plus
confirmés dans leur opinion , puisque , comme beaucoup d’hirondelles ,
elle a effectivement la queue fourchue, et même d’une manière très-
remarqiuihle : les deux plumes les plus courtes du milieu de la queue étant
de moitié moins longues que les deux dernières latérales.
Quoique cet Engoulevent africain ait vingt-six pouces de longueur,
son corps n’est pas plus gi’os ni plus long que celui de notre chouette
ordinaire, le cou et la queue occupant pins des deux tiers de la longueur
totale de l’oiseau. Les narines sont j)Iacées directement contre la base du
croc supérieur du bec; elles sont cachées chacune par un petit faisceau
de plumes poilues qui les débordent en se dirigeazit en avant. Lorsque le
bec est fermé, elles se trouvent encore recouvertes par les rebords saillans
du bout de la mandibule inférieure. Les yeux sont très-grands et d’un brun
sombre; ils sont environnés, par dessus seulement, d’un rang de cils fins
etpeu apparens. Les tarses sont si courts dans cetoiseau,qu’ils ne paroissent
presquepoint; il n’ont enfin tout an plus que trois à quaire lignes de lon-
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