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gneur. La plante du pied est très-large, les trois doigts de devant étant
réunis jusqu’aux premières articulations par une membrane. L e doigt
de derrière est également très-épaté, et ne peut absolumentpas se tourner
en avant, comme on le dit de plusieurs autres espèces du même genre.
Nous avons donné aussi la figure du pied de cet oiseau, vu par dessous.
Les ongles et le bec sont brunâtres, et les doigts jaunes par dessous et d’un
brun terreux en dessus. Les aîles pliées s’étendent aussi loin que les plumes
de la queue; elles ont ensemble quarante pouces d’envergure. Quant aux
couleurs de cet oiseau, elles approchent beaucoup de celles des autres
espèces connues d’engoiilevens; c ’est du brun plus ou moins foncé, agréablement
varié de noir, de roux et de blanc. Je remarquerai seulement que
le blanc est sur-tout répandu sur le ventre, sur la queue et sur les grands
recouvremens des aîles, ainsi <|ue sur les scapulaires et les couvertures
du dessous de la queue. L e noir occupe sur la poitrine plus de place, les
taches y étant plus larges que par-tout ailleurs. Les pennes des ailes sont
brunes, et portent une espèce de marbrure plus apparente sur les barbes
exiérieures; et c’est principalement sur la queue où cette marbrure fine
est le plus agréablement variée. La gorge est roussâtre et barrée en travers
de lignes noires. Les plumes dans cette partie, sont à barbes rares et
désunies entre elles; plus bas, sur le devant du cou, elles se ternuneut
toutes par un long poil noir. Les petites couvertures des aîles sont d’un
îirun-maron rayé de noir. Au reste, je renvoie mon lecteur à la figure que
j'ai publiée de cet oiseau, qui lui en fournira une idée bien plus parlaite
que ladescription la plus détaillée que je pourrois en donner, et qui seroit
aussi ennuyeuse à faire (ju’à lire.
J’ai trouvé l’Engoulevent à queue fourchue sur les bords de la rivière
des Lions, dans le pays des Grands Namaquois. C ’est-même p ar le plus
ijrand hasard que je me suis p rocuré le mille et la femelle de cette espèce.
Un jour que je chassois sur les bords de cette rivière, accompagné de
mon Klaas, nous fûmes assaillis par un orage et une pluie affreuse, qui
nous contraignirent de nous retirer sous de très-grands mimosas qui la
bordoient. En jetant les yeux de coté et d’antre, nous apperçùines nn fort
gros arbre mort dont la tige, presqu’entièrement creuse, contenoit nu
vaste trou qui cominuniqnoit dans tout le corps de son tronc vermoulu.
Espérant trouver quelques insectes sous l’écorce de cet arbre, nous nous
en approchâmes; mais à notre arrivée nous entendîmes, dansson intérieur,
une espèce de bourdonnement sourd. Ne sachant cc que ce pouvoit être,
nous prîmes quelques précautions pour nous assurer à quel animal nous
avions à faire, craignant, avec raison, que cc ne fût une nichée de serpens;
et nous ne fûmes pas peu surpris quand nous vîmes que c’étoient deux
très-gros oiseaux, qne nous tirâinesfun après l’autre du ti'on, très-contens
de notre honue fortune. Je les ai conservé vivans pendant une couple de
D E L ’E N G O U L E V E N T A Q U E U E F O U R C H U E . raS
jours. La clarté du soleil paroissoit les offusquer tellement qu’ils ne cher-
choient point û s'enfuir pendant le jour; mais en revanche quand la nuit
étoit venue ils faisoient un vacarme aiïfeux dans un très-grand panier où
je les avois renfermés.
Jen’aipas revu, depuis ce moment, d'autres oiseaux delà même espèce.
Ils faisoient entendre, durant la nuit seulement, une espèce de clicvrotte-
ment guttural, gher-rrrrrr—gher-rrrrrr, qu’ils expriztioient en ouvrant la
bouche, de manière qu’on y auroit introduit une grosse pomme. L a langue
de cet oiseau est très-petite et se trouve placée à rentrée de la gorge.
II paroît que cette espèce n’est point, à beaucoup près, aussi commune
que celle dont nous allons parler dans l’article suivant. Dans ces deux
oiseaux, pris vivans, il y avoit un mâle et une femelle. Cette dernière étoit
un peu plus grosse; mais du reste ils ne différoient l’un de l’autre que par
nue teinte plus forte et sur-tout plus mélangée de noir sur ia poitrine et
sur les pennes de la queue du mille, où la marbrure en zigzag est distribuée
par bandes alternatives, 1 une brune marbrée de noir, et l autre blanche
marbréedenoir; de manière qu’il en résulte absolument le même travail et
les mêmes nuances que celles qu’on remarque dans les aîles d’une grande
partie de nos phalènes , notaminenlde celle nommée le zigzag. Lafemelle
n’auroit probablement pas tanlé à pondre, car dans sa grappe d’oeuis il y
avoit déjà plusieurs jaunes de la grosseur d’une petite noisette. Les testicules
du mâle, très petits pour un oiseau aussi fort, étoient d’une couleur
noire bleuâtre. Cette particularité d’avoir les testicules noirs est fort rare
chez les oiseaux; car dans plus de douze cents espèces que j’ai examinées,
je n’en ai trouvé que deux chez lescjnelles elle eût lieu. Comme je n’ai été
à même d’observer qu’un seul mâle de l’espèce de ce grand Engoulevent
à queue fourchue, je ne puis assurer que mon observation convienne à
tous les mâles de la même espèce; mais quant à l’autre oiseau, comme il
est très-commun dans rintérieur de l’Afrique, je fa i vérifiée dans plus de
cent individus nûUcs.
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