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avoisinent, d’où il fond sur les grenouilles qu’il apperçoit et qu’il dévore
dans l’épaisseur des roseaux, lui ont donné le nom de kikvors-vanger
( attrapeur de grenouilles ) , d’où j’ai tiré celui do Grenouillard. Cet oiseau
ne se contente pas seulement de la chasse des grenouilles, car 11 folt la
guerre à tous les oiseaux aquatiques, particulièrement quand ils sont en-
core jeunes.
C’est en planant avec grâce et adresse au-dessus des marais, que son
oeil, toujours attentif, guette sa proie, sur laquelle il fond impétueuse-
me/t. S’il sort des roseaux à l’instant même qu’il s’y est abattu, c’est une
preuve qu’il a manqué son coup; sinon il ne reparoît que quand il a mangé
sa proie, qu’il dévore sur la place même où il l’a saisie. J’ai trouvé dans
l’estomac de ce busard des débris de poisson ; ainsi il pêche aussi hien
qu’il chasse. C ’est dans les marais et parmi les roseaux que le Grenouillard
établit son nid , qn’il comstruit avec des tiges et des feuilles amoncelées
de CCS plantes aquatiques. J’ai trouvé plusieurs fois leurs couvées, où
j’ai vu trois ou quatre oeufs entièrement bhmcs.
Cet oiseau est généralement répandu dans tonte l’Afrique, depuis le
Cap des Aiguilles jusqu’à chez les Caffres, c’est-à-dire, le long de la côte
est, où j’en ai tué plusieurs. Je n’assurerai point qu’il se trouve sur la côte
opposée et notamment dans l’intérieur des terres, quoiqu’il me semble en
avoir apperçu plusieurs voler au-dessus de quelques marais; mais comme
il no m’a point été possible d’en tuer rm dans ces cantons, pour vérilier le
fait par la comparaison, je n’aflimerai point qu’ils étoient de la même
espèce. En tout cas , si c’est la même, elle y est au moins inlinlment plus
rare; et la raison en est simple, car dans l’intérieur des déserts, et le long
de la côte ouest, les terres étant sablonneuses, sèches et arides, offrent peu
de marais ; et ces oiseaux, les recherchant de préférence , doivent naturellement
fréquenter les lieux les plus arrosés et les plus humides. C ’est sur
les bords du D uyvcii-Iïock, du Gaurits, du Rrak, et dtms les marais d’A uteniquoi,
où j’ai le plus rencontré le Grenouillard. La. femelle, dans cette
espèce, est plus forte que son mâle d’un quart tout au plus, et elle n’cn
diffère qne par quelques légères teintes plus foibles dans son plumage.
Etant campé dans les environs de la baie Lagoa, mon lidèle Klaas
m’apporta un jour un busard qu’il vcnoit de tuer dans un marais situe
près de nous , entre le Qncnr-Boom et le Wittc-Dreeft. C’étoit dans le moment
où je fus attaqué d’une forte dissentcric. Ma maladie m’ayant cm-
pcclié de préparer cet oiseau , et Klaas remarquant le plaisir qu’il m’avoit
fait, imagina, n’étant point encore adroit à les écorcher à ma manière, de
le faire tout au moins sécher avec sa chair; opération qui fut cause de
sa destruction totale, et qui prive le public du portrait d’une espèce que
je
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je n’ai pu me procurer une seconde fois ; mais j’y supjdéerai par la courte
description que j’en ai faite d’après l’oiseau même, ce qui suffira pour
l ’indiquer. Il est de la même taille à peu près que le Grenouillard ; son
plumage est en général par-tout d’un brun sombre, trcs-approcliant de la
couleur de notre busard d’Europe. La plus grande partie de sa tête et scs
joues sont d’un blanc sali de roussâtre. Presque toutes les petites couvertures
des aîles étoient de cette môme couleur; les pieds et la base du bcc
avoient une teinte jaunâtre. Je n’ai pas beaucoup examiné cet oiseau ; par
conséquent il m’est impossible de décider s’il est simplement une variété
du Grenouillard, ou peut-être de notre busard européen, qui a aussi la
tête blanchâtre ; mais ce dernier n’a pas, comme celui que j’ai indiqué,
les petites couvertures des aîles de cette même teinte de blanc-roux. Je ne
me rappelle point si la queue étoit étagée , ou carrément coupée , comme
celle du Grenouillard : ce caractère seul m’auroit éclairci le doute ; mais ,
comme je l’ai dit, mon attention n’a point été très-scrupuleuse sur l’individu:
car il étoit naturel de supposer que je tuerois un autre oiseau de hi
même espèce. Ceci prouve combien il est essentiel de ne pas négliger les
plus petites occasions d’observer ; car par fois nous en laissons échapper
une qui ne se présente plus ; aussi un voyageur ne doit point rebuter l’objet
qiri lui paroît le moins bien conservé; puisque souvent on ne les retrouve
pas une seconde fois. Il m’est arrivé mainte fo is , dans le commencement
de mon voyage, de rejeter un oiseau parce qu’il étoit trop mutilé du coup
de fusil, et de le regretter par la suite. Aussi faut-il conserver soigneusement
, même les objets les plus défectueux, au moins jusqu’au moment où
l ’on se trouve à môme de les remplacer mieux.
En passant dans le L an g e -K loo f ou Vallée Longue, et longeant la rivière
Krom , j’ai v u , à plusieurs reprises, planer au-dessus d’un marais ,
un oiseau depi’oie, qui, à toute son allure, m’a semblé aussi être une
espèce de busard. Je l’ai vainement guetté tout un après-dîner, et l’ai
malheureusement tiré d’xm peu trop loin, dans un moment oii il passoit
à une certaine disuuiee de moi; mais, ne Payant que légèrement blessé, il
s’en fu t, et ne se montra plus après. Le plumage de celui-ci m’a paru être
tout noir ; mais son croupion étoit entièrement blanc.
Toiïie I,
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