
66 Ohfervations fur le Magnoc:
rougeâtres, branchues, rameufes, noueufes ; fes noeuds font très-rap-
prochés ; la tige eft haute de iix à fept pieds. Ses racines ont la péàu
brune; elles font plus ou moins grolfes , félon la qualité du terrein :
elles ne font bonnes à arracher qu’après quinze mois. La Caifave qu’on
en fait eft excellente. Si ce Magnoc eft cultivé dans un champ où les
eaux de pluie ne croupiifent pas , fes racines fe confervent en terre
l’eipace de trois années, fans fe pourrir ni fe durcir.
Le Magnoc mai pourri-noir forme la cinquième elpece : elle ne
différé de la précédente que par fes tiges do nt l’écorce eft brune; d’ailleurs
fa racine a les mêmes propriétés que celle de la quatrième efpece , &
ces deux plantes font tout-à-fait femblables.
Nous mettrons pour iïxiéme efpece , le Camagncc. Celui-ci différé
de tous les autres Magnocs par fes racines, qui font bonnes à manger
fans être râpées, preffées ni réduites en farine : on peut les faire cuire
fous la cendre ou dans un four, ou les faire bouillir ; de quelque maniéré
qu’on les cuife, elles font bonnes à manger S i peuvent tenir lieu
de pain.
Elles n’empâtent point la bouche , comme les cambars ou ignams.
Ses racines font longues d’environ un pied fur trois ou quatre pouces
de diamètre; on les arrache au bout de dix mois ; les tiges font hautes
de cinq à fix pieds , leur écorce eft rougeâtre; les feuilles font également
rougeâtres en deifous S i fujetes à être piquées par les infeétes.
Les extrémités des tiges chargées de feuilles, font dévorées par les vaches;
les chevres & les chevaux en mangent auffi avec plaifir.Les racines
coupées par rouelles, font du goût des vaches , des chevaux &
des cabris. Quand les faifons font féches , lorfque le fourage manque,
cette plante peut être d’un grand fecours, pour nourrir & engraiflèr
les troupeaux. On peut nourrir avec fes feuilles un grand nombre de
cochons ; les racines peuvent avoir la même utilité. Les habitans
d’Oyapoco mangent ces racines rôties.
Il y a encore d’autres variétés de Magnoc; & fi on s’arrêtoit aux différentes
nomenclatures des différens quartiers que les Européens habitent, il
paroîtroit y en avoir un plus grand nombre par les différens noms qu’ils
Ohfervations fur le Magnoc. 6 7
appliquent'aux mêmes efpeces : je n’ai parlé que de celles qui font généralement
connues par les naturels de la Guiane.
Des diverfes préparations du Magnoc en farine , Cajfave ,
Galette , Couaque , Cipipa , &c.
Lorfque j’arrivai dans la Guiane Françoife, tous les habitans de l’Iile
de Caïenne Si de la Guiane n’avoient point d’autre méthode pour
râper la racine du Magnoc, que celle qui leur avoit été indiquée par
les naturels du pays ; ils fe fervoient d’une rape faite avec la planche
d’un bois blanc & peu compaéte; dans cette planche, on implan-
toit de petits morceaux irréguliers de lave ou pierre de volcan , nommée
à Caïenne , Grifon ; alors les pores de la planche étant imbibés
d’eau , fe gonfloient, & par ce moyen, les petits éclats de lave fe trou*
voient preffés: on promenoit la racine fur cette rape en appuyant fortement.
Les nègres étant obligés d’appuyer leur poitrine fur' la planche
pour la contenir, leur fueur pouvoir communiquer des maux à
ceux qui mangeoient cette farine. Je fis exécuter aux habitations Regis
& Boutin la roue à' râper le Magnoc , que M. de la Bourdonnais
avoit donnée aux habitans des IfleS de France Si de Bourbon , ôc dont
on trouve la defcription S i la figure dans Pifon, Hiftoire naturelle du
Bréfil : l’on reconnut que trois perfonnes faifoient le travail de douze.
On pourroit encore renfermer cette roue dans une caiffe, à la partie
fupérieure de laquelle on conftruiroit une boëte qu’on rempliroit de
racines; on y emboiteroit un madrier affez pefant pour faire avancer
le Magnoc fur la rape à mefure que la roue tourneroit ; par - là on
économiferoit encore le temps du nègre, qui préfente la racine à la
rape , S i on éviteroit le danger qu’il court de s’écorcher les doigts à la
rape , lorfqu’il veut l’employer toute entiere. Comme cette racine
n’exige pas une force fupérieure, le courant d’un ruiffeaupourroit faire
tourner la roue, S i on gagneroit par ce moyen le temps d’un nègre.
I ij