
S 8 Olfervations fur la Canne à Sucre& fur le Sucre.
Chez les Indiens, qui habitent la riviere Sinemari , j’ai vu fur les
montagnes des filions de Cannes à Sucre mêlées parmi du magnoc,qui
font de toute beauté aiiifi il paroît que dans un climat chaud, les
Cannes à Sucre peuvent être cultivées indifféremment par-tout ; qu’on
n’eft pas néceffité à avoir égard aux expofitions & aux terreins, quoiqu’il
foit certain qu’il y a des terreins où cette culture eft plus facile
Sc plus utile que dans les autres : les Cannes rendront plus ou
moins de Suc, le fucre fera plus ou moins aqueux, ou falin; mais eon-
ftamment les Cannes pourront être cultivées par-tout où le Colon voudra
s’établir, & donner les foins néceflaires.
. Dans l’ete , les Cannes font dun meilleur produit; le lucre eft
moins aqueux, parce que le temps eft plus fec , la terre plus aride;
mais dans, 1 hiver, marqué feulement par des pluies exceffives, les
Cannes font plus aqueufes, donnent plus de fuc, moins de fel ou
fucre , les fels etaqt moins rapprochés & plus étendus.
Les Cannes fe plantent ordinairement à 5 pieds de diftance , quelquefois
à 3 , 4 ou 6, félon la bonté du fol. Un nègre & même une né-
greffe font un fillon de 6 à 7 pouces de profondeur, dans lequel on
couche deux ou trois bâtons ou rofeaux de Cannes mûres, qu’on dépouille
de leurs feuilles : on laiffe feulement pointiller un des deux
bouts du rofeau hors de terre ; peu de jours après, l’on voit fortir
aux noeuds des bâtons des touffes de rofeaux. La première année , l’on
peut tirer parmi ces' plantages , une récolte de ris ou de millet,
même une de haricots.
Ces Cannes ne demandent d’autre foin que d’être fardées, débaraf-
fées des herbes qui croiffent en abondance dans les pays chauds &
pluvieux: trois ou quatre farelages fuffifent, parce que les rofeaux
grandiifent, deviennent touffus 5 & les feuilles anciennes tombant, couvrent
la terre & empêehènt les herbes de poufler.
Il faut ordinairement dixdmit mois pour que les rofeaux aient acquis
allez de confiftanoe pour tirer le fucre ; on les appelle alors ,
Cannes mûres. Il y a des-terres où les Cannes ne mûriffent qu’après
vingt mois S i deux ans qu’elles ont été plantées. Si on laiffe paiTerle
moment de la maturité des Cannes, qu’on ne profite pas de ce degré
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de perfedion, le rofeau fe defféche, fe durcit, s’échauffe, il ne rend
plus au moulin qu’un fùc tourné , d’un doux acidulé qui écume pro-
digieufement dans Lebullition fans fe clarifier. Il réfulte de ce fuc
rapproché enfyrop au point de cryftallifation, un fucre brut, gras,
humide, qui ne graine point, & qui ne peut fupporter les terrages.
Ce fyrop n’eft propre qu’à, faire du taffia. Ainfi il. eft important pour
un Sucrier, que les Cannes foientcoupées à propos; c’eft de cette cir-
conftance que dépend ordinairement la beauté du grain du Sucre.
Lorfque la Canne eft mûre, on la coupe avec une -ferpe près dé
terre; on donne un farclage au pied qui refte en terre, Sc quelques
coups de pioche autour, enfin on chauffe la fouche ; ces metnes rofeaux
font en état d’être coupés onze ou douze mois après.
Il y a des terres à Caïenne qui ont fouffert jufqu’à fept coupes ; par
exemple , chez M. de Préfontaine. Il y a d’autres terres, comme à
S. Regis, qui n’en ont fourni que trois ; mais-je' pertferqüe c’eft défaut
de foin , ou de culture ; que le deffein des Maîtres étoit de gagner davantage
par de nouvelles plantations, Sc parce que de ces premières
plantations abandonnées il’en réfultoit des pâturages.
La Canne étant coupée, on la dépouille, fut le lieu même , de fes
feuilles Sc des fomnités, afin que le tranfport foit d’un moindre volume
; Sc qu’elle puiffe être mife au moulin en y arrivant.
Il faut prendre bien garde , durant les féchereffes, que le feu 11e
prenne aux plantations ; pour lors les rofeaux perdant leurs feuilles,
celles-ci couvrent le peu d’intervalle qu’il y a d’une touffe à l’autre. Si
les nègres y portent du feu ou des pipes, une incendie peut vous priver
de la récolte Cela prouve la néceffité de planter les Cannes par
quarrés, Sc que chaque quarré foit entouré d’une grande toute , rîon-
feulement pour la facilité de l’exportation, mais encore pour remédier
Sc arrêter le progrès du feu, lorfque cet accident arrive. Je n’entends
pas confeiller de ne pointl mette à profit Ce nombre prodigieux d’allées
; on peut les border d’ananas, d’ambrevades, efpece de cytife /dont
le fruit eft un pois légumineux qui fe mange. Les allées peuvent être cultivées
en plantés annuelles, comme petits pois, haricots, ris, mil, maïs.
Les allées les plus larges ,. qui fervent de routes-principales, peuvent être
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