
grand nombre de Mâles, celui de fixer une Femelle vivante dans quelque
endroit à découvert, ils y arrivent de tous côtés.
Les couleurs des Papillons de Nuit font, en général, plus fombres que
celles des Papillons de Jour & des Sphinx ; cependant nous aurons occafion
d’en décrire qui ne le céderont en rien à cet égard, ni aux uns ni aux autres,
ôt des familles entières nous offriront des Chefs-d’oeuvres de Miniature.
Nous ne rappellerons point ici l’induftrie & les procédés fi variés ôt fi
admirables des Chenilles dont ils tirent leur origine; l’Obfervateur qui voudra
s’en occuper y trouvera toujours une fource intariffable de plaifirs ôc
d’inftruâions utiles ; mais ce qui doit nous intéreffer particulièrement eft
la foie que la plupart produifent. L ’ on n’a encore tiré parti que de celle
que fournit la Chenille du Mûrier , improprement appellée Ver à foie t
il eft bien à defirer que des Naturaliftes intelligens, marchant fur les trace»
des Reaumur, des de Geer, des Bonnet, portent leurs obfervations ôc
leurs expériences fur un fujet aulfi intéreffant. La foie des nids de la Chenille
appellée par Reaumur la Commune, qui fe trouve en fi grande abondance
par-tout, eft au moins propre à être cardée, ôc pourrait être employée
à bien des ufages. M. Guettard, de l’Académie des Sciences, en a Tait du
papier. Les nids de la Chenille du Pin, font de la groffeur d’un melon
ordinaire ôc compofés d’une foie très-forte ôt d’un blanc argenté : on en a fait
de bons bas, quoiqu’elle n’eût été ni décrufée, ni dévidée, mais feulement
arrachée a la main ôc filée. Nous ne citons que ces deux exemples ;
nous aurons occafion, dans les Defcriptions particulières, d’en offrir bien
d’autres , mais ceux-là doivent fufïire pour prouver que notre unique
but dans l’étude de cette partie de THiftoire Naturelle, ne doit pas être
la curiofité à laquelle la plûpart des Amateurs paroiffent malheureufement
s’être bornés.
Nous avons dit dans le Difcours préliminaire des Sphinx, que la forme
des antennes ôc le port des ailes étoient des caraftères généraux qui
diftinguoient les Papillons de Nuit d’ avec ceux de Jour. Il eft une autre
marque non moins diftinclive, qui leur eft commune avec les Sphinx ,
ôc qui paroit avoir en partie échappée aux Obfervateurs : ce font des
crochets plus ou moins forts, plus ou moins fenfibles, placés doux à deux
aux articulations des jambes poftérieures. Nous n’ entreprendrons point de
leur alfigner un ufage particulier ; ce qu’il y a de certain, c’eft que les
Sphinx, les Phalènes, les Ptérophores ôc les Teignes en font pourvus,
Ôt paroiffent par-là devoir être rangés dans la même Divifion, comme
nous l’avons fait, quoique formant plufieurs Claffes diftinftes ôc féparées.
Les antennes des Phalènes, font, ou en filets qui vont toujours en
décroiffant de la bafe à la pointe, ce font celles que les Auteurs ont
nommées a filets coniques, filiformes ôc fétacées ; ou en forme de peigne ôc
de barbes de plumes, ce font celles que l’on nomme peftinées. Ces dernières
fe terminent auffi en pointe, quelquefois obtufe; dans beaucoup d’individus
elles font plus larges, plus renflées dans le milieu qu’aux deux extrémités.
Les antennes en filets qui paroiffent liffes à l’oeil nud, confidérées à la
loupe, femblent compofées de grains enfilés ou empilés les uns fur les
autres: ces grains font ou ronds, ou applatis, ou en forme de vertèbres.
Ces antennes font ordinairement fort longues, cependant De Geer en
a obfervé qui n’excédoient pas la longueur de la tête du Papillon.
Les antennes en peigne font d’une ftruaure tout autrement compliquée.
Le milieu eft formé d’une tige articulée qui diminue infenfiblement de
diamètre depuis fa bafe jufqu’à fon extrémité. Dans les individus mâles,
il part de chaque côté de cette tige des filets, dont les premiers placés
aux deux extrémités - font courts, ôc les fuivans vont en grandiffant affez
rapidement jufqu’au milieu, où font placés les plus longs. Ces filets font
affez femblables à ceux d’une plume, mais moins ferrés les uns contre
les autres. Ils font inégalement efpacés, c’eft-à-dire, alternativement plus
éloignés, ©u plus raprochés les uns des autres. Les deux les plus près
paroiffent fe tenir enfemble, parce qu’il y en a'un plus long que l’autre,
ôc que le bout du plus long fe recourbe ôc va rejoindre le bout du plus
court. En examinant ces filets à la loupe, on voit qu’ils font eux-mêmes
garnis de barbes très-déliées, qui, comme celles d’une plume, s’engrennent
dans celles du filet fuivant. Les femelles ont aulfi des filets ; mais liffes,
beaucoup moins ferrés les uns contre les autres que ceux du mâle, ôc très-
courts, tellement que quelquefois, à la vue fimple, on ne peut diftinguer ces
antennes de celles qui font filiformes.
Les antennes en filets, ainfi que celles pe&inées, font mobiles fur
leurs bafes,ôc peuvent fe courber plus ou moins ôc fe contourner en
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