
M O Y E N facile de fe procurer beaucoup de Chenilles y & méthode pour
les dejfécher & les conferver.
JE N parlant de l’Education des Chenilles, nous avons oublié de donner aux Amateurs le
moyen de les trouver. Il en eft un bien fimple qui fait le fujet du Frontifpice de cette
Partie de notre Ouvrage. Nous y avons repréfenté un Chaffeur tenant d’une main un Parafol
ouvert & renverfé, & de l’autre battant au-deflùs, les branches d’arbres ou les plantes
avec le manche de fon filet. Toutes les Chenilles qui s’y trouvent tombent dans le Parafol,
on choifit alors celles qui conviennent & on détruit les autres. Outre l’avantage de rencontrer
fouvent des efpèces inconnues, on fe procurera par ce moyen beaucoup de Papillons de
nuit, & quantité d’Infe&es qu’il feroit impoflîble de fe procurer autrement.
S’il eft intérefTant pour les progrès de cette partie de l’Hiftoire Naturelle de connoître
les Chenilles qui produifent les Papillons, il ne l’eft pas moins de réunir les unes & les
autres dans nos Colledions, & d’avoir toujours fous les yeux les différents états par où paffe
l’Infeéte avant d’arriver à celui qui nous frappe le plus. On doit donc favoir gré à M.
d’Antic, du fervice qu’il a rendu aux Amateurs , en publiant dans le Journal de Phyfique,
le réfultat de fes expériences & de celles de M. Laurent, fur la manière de deffécher les
larves de la plupart des Infe&es, & principalement! celles des Papillons.
Ce procédé n’exige qu’un peu de dextérité & d’habitude , voici en quoi il confifte
on entretient dans une chaleur féche fur un réchaud, ou mieux encore dans un bain de
fable, un pot de terre épais , ventru & haut d’un demi-pied j l’intenfité de la chaleur
doit être proportionnée à la groffeur des larves. Si l’on fe fert d’un réchaud, il doit être
affez large pour échauffer l’extérieur du vafe. On fait mourir les Chenilles que l’on veut
préparer, dans un bocal où l’on a mis du camphre en évaporation, ce moyen eft préférable
au foufre & à l’eau chaude. Dès quelles font mortes, on en prend une, & on détermine
par la preflion , la fortie du canal inteftinal que l’on tire avec les ongles. Il faut avoir
foin, par des preflions réitérées , de vuider parfaitement l’intérieur, la moindre portion de
vifcères qui y refteroit feroit manquer l’opération. On paffe fur le dernier anneau au-deffus
de la dernière paire de pattes, un fil que l’on noue lâche. On introduit dans l’anus un
chalumeau de paille proportionné à la groffeur de la Chenille , on foufle & on gonfle la
peau, au même inftant on retire le chalumeau & on ferre le fil. Il ne s’agit plus que de
la deffécher promptement : fi elle eft petite , on la fufpend perpendiculairement dans le
pot, fînon, on lui paffe un fécond fil à }a tête, & on l’y tient dans une pofition horifontale
mais alors il faut la retourner fouvent.
On fe précautionnera d’une aiguille fixée au bout d’un manche de fept à huit pouces.
Le manche fervira à s’affurer par des attouchements fréquents fi la peau eft fuffifamment
Tom. x x r r , Part. I , Avril
x7*St P- ‘ 41’
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