
Celle qui nous eft venue: d’Italie , & qui eft actuellement la plus ufitée , eft
d’employer la chaleur du corps humain. Voici comme elle fe pratique en
Languedoc 8c les précautions qu’elle exige.
On met une ou tout au plus deux onces de graine dans un nouet
de toile ufife , fie pour pouvoir la remuer fans la tirer du nouet, on
donne à la toile un pied de diamètre , fit on place le cordon qui la ferme
le plus haut pofüble.
La couvée artificielle dure ordinairement douze jours , fit fe divife en
trois tems. Dans le premier , l’ouvrier chargé de cette befogne place le
nouet a 1 extrémité de fon l i t , à quelques travers de doigts de profondeur ,
dans la paille foulée fie briféè fur laquelle il couche. La graine éprouve
alors pendant la nuit j la feule chaleur des pieds qui eft à peu près de i y;
a i 5 dégrés. Au bout de deux ou trois jours il ouvre le nouet pour voir
fa graine St la retourne.
Il arrive quelquefois , li les oeufs ont été hivernés trop chaudement,
que cette fbible chaleur fuffit pour les faire éclore ; en ce cas on s’apperçoit
des le troifiéme jour qu ils blanchiffent : il faut alors fréquemment ouvrir
le nouet fit remuer la graine, fans quoi on rifque de tout perdre ; les Vers
qui écloroient paroitroient fort beaux , mais ne tarderoient point à périr
de la GraJJerie dont nous parlerons ci-après.
On ne laiffe la graine que trois ou quatre jours dans la paille du lit ; il
faut après ce terme , fie c eft le fécond tems , lui donner une chaleur plus
forte fit la foigner plus attentivement. On porte le nouet pendant le jour
entre la peau & la chemife vers la région de la poitrine, de manière
que les oeufs ne foient ni gênés ni ferrés contre le corps , & qu’on ait la
liberté de les retourner plufieurs fois dans la journée , fie d’ouvrir le nouet
pour donner de 1 air à la graine. Si on craint qu’un tempéramment trop
chaud ne nuife par le confacl immédiat de la peau, on placera le nouet entre
la chemife fie la vefte; leffentiel eft d’éviter la chaleur étouffée, fie une forte
tranfpiration.
Pendant la nuit , on fixe le nouet dans un corbillon , ou dans une forme
de chapeau , qu on met entre le drap fit la couverture , à un demi - pied
environ de la poitrine , fie on a foin , comme pendant le jour, de remuer
Ï£ d’ouvrir le nouet de tems en tems. Cette manoeuvre doit fe répéter plu*
fouvent a mefùre que la couvée avance.
On reconnoît après fept à huit jours quelle approche de fa fin, quand
les oeufs commencent a blanchir : c’eft à ce troifiéme tems que la tranfpiration
retenue autour des oeufs eft plus à craindre ; il faut donc à toutes les heures
du jour fie de la nuit , même plus fouvent, ouvrir le nouet, remuer les
oeufs , fit porter là-deffus l’attention jufqu’au fcrupule.
La graine bien hivernée éclot communément en dix jours en lui
donnant les différents dégrés de chaleur indiqués , favoir de i ; à î S
lorfqu elle eft a la paille , de i 8 a 2 o dans le fécond tems , fit de a y k
2 8 dans le troifiéme. Le grand point eft de faire éclore tout à la fois, ou
au moins en deux ou trois jours.
On néglige ordinairement les plus hâtifs , qui le premier jour font en
trop petit nombre pour quon en prenne foin : mais dès qu’ils paroiffent,
on verfe la graine des nouets , dans une boîte mince de fapin, fans odeur ,
garnie de fon couvercle, 8c dont on couvre le fond fie les côtés avec du
papier. Ses bords doivent avoir au moins deux ou trois pouces de haut, 6c
fa capacité proportionnée à la quantité de graine, qui doit couvrir le fond
de 1 épaiffeur dun travers de doigt environ. On la couvre d’une légère
couche d étouppes applaties entre les mains, 6c on étend fur cette filaffe,
un papier coupé de la mefure de la boîte, 6c criblé de trous à travers lefquels
les Vers puiffent paffer à mefure qu’ils fortent de l’oeuf.
S il y en a une certaine quantité d’éclos dans le nouet , on peut les
conferver , en le fecouant fur la boîte , ôc en les détachant avec les
Darbes d une plume , ou mieux encore en mettant dans ce nouet quelques
bourgeons de Mûrier. Dès qu’ils y feront raffemblés , on les portera fiir le
papier de la boite, en attendant qu’il en foit éclos Une fuffifante quantité ,
pour faire la première levée , fie on la couvrira fans la fermer exactement,
afin de conferver toujours de l’air à la graine. La boîte ainfi préparée, on la
placera dans le lit pendant la nuit, fie pendant le jour on l’expofera fi l’on
veut a la chaleur du foleil, en l’ombrageant alun linge pour en tempérer
1 ardeur, ou au défaut de foleil, on la laiffera dans le l i t , que l’on pourra
réchauffer au dégré convenable avec une bafünoire, ou mieux encore avec
1 infiniment que l’on appelle Moine.
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