
placer les Vers fur les tables dreffées à cet effet. On les y porte p*r
paquets féparés , & on en fait une bande de trois pieds de large au milieu
de chaque table. Cette bande doit s’élargir de jour à autre & remplir tout
l ’efpace à la mue fuivante.
Dans l’efpèce commune , la feule qui ait été élevée avec fuccèe
dans nos Provinces méridionales , les Vers après la quatrième mue qui
termine cet âge , font beaucoup plus gros à proportion que dans les
précédents.
Il en eft une autre efpèce décrite par Malpighi, qui huit jours après fa
troifiéme mue , commence àfilerfon cocon} mais outre qu’ils ont mal réufli
jufqu’à préfent en Languedoc , leurs cocons font fi petits qu’il n’y a aucun
avantage à les élever. Il s’en trouve aufli parmi les nôtres, quelques-uns ,
qui quoique nés de la même graine , ne fubiffent que trois mues, & font
un cocon analogue à leur taille, c’eft-à-dire, delà groffeur d’une olive,
C ’eft une exception à la régie & la graine qui en provient rentre dans l’efpèce
ordinaire, ôc produit des Vers à quatre mues. Ces avant coureurs font de
bonne augure & prouvent que l’éducation a été bien foignée.
Les Vers à Soie forcent de la quatrième mue avec la tête fort groffè ,
la queue large , le corps gros & ramaffé : plus on les mettra au large, mieux
ils croîtront & plus leurs cocons feront beauxJ Le troifiéme ou quatrième
jour après cette dernière mue, il leur prend une fougue d’appétit qu’il eft
très-important de fàtisfaire : c’eft ce qu’on appelle la grande fre\e , pendant
laquelle ils confomment deux fois plus de feuilles que depuis leur naifïànce.
Elle eft . à fon plus haut dégré au feptiéme ou huitième jour ; alors au lieu de
leur donner trois repas par jour, en couvrant les tables de feuilles à quatre
ou cinq pouces d’épaiffeur, il vaut mieux partager la dofe en f i r , & avant
de leur en fervîr de nouvelles , remuer avec la main celles du repas précédent
pour les ranimer.
Le thermomètre doit être à i 8 ou 2 o° pendant la grande freze, qui par
ce moyen durera quatre ou cinq jours & l’âge entier neuf à dix ; un dégré plu*
fort hâterait trop la montée , la foie ou la gomme foyeufe qui la produit
ne feroit pas à fa maturité & les Vers ne donneraient que de petits
cocons peu fournis. Si l’on éprouve pendant ce tems de fortes chaleurs dans
l’atmofphère , il faut employer tous les moyens poflibles de fe procurer
du rafraîchîffement, en ouvrant la porte & les fenêtres du côté du nord, &
en arrofant fréquemment l’attelier : il fera même prudent de donner les repas
plus petits & plus fréquents.
A cette époque le Ver a pris toute fa croiffance , & on en diftingue de
trois couleurs différentes , des blancs, des noirs ou tigrés , & des verds ou
verdâtres : cette dernière couleur eft affez rare. Sa longueur eft d’environ
trois pouces quatre lignes. Il dédaigne la feuille , ou devient plus difficile
fur la qualité : il feroit bon de laiffer en réferve pour ce tems-là, celle des
vieux arbres qui croiffent dans un terrein graveleux ; elle eft petite, mince
& plus délicate que celle des jeunes arbres, ou de ceux qui pouffent dans
un bon terrein : on voit de tems en tems l’infeâe relier immobile, la
tête élevée ; cette partie prend une demie tranfparence , qui peu à peu
gagne le relie du corps ; il court fur les tables en laiffant des traces de foie
fur fon paffage : quelques-uns plus hâtifs, s’échappent par les montants des
tables & vont filer leurs cocons dans un coin de l’attelier.
Lorfqu’on apperçoit tous ces fignes d’une montée prochaine il faut préparer
fes rameaux , & fe pourvoir d’ouvriers pour les pofer. Il y a bien
quelqu’inconvénient à ramer trop - tôt à caufe de 1 embarras du fervice ,
de l’augmentation de la litière, & de la circulation moins libre de l’air :
mais fi on le fait trop-tard on court rifque de perdre une partie.de fes
Vers , qui ne trouvant point d’endroit qui leur foit propre, fe contraélent,
fe racourciffent & fe changent en Crifalide fans avoir filé , ou apres avoir
fait une toile inutile.
Si on eft à portée de choifir fes rameaux, on préférera ceux dont la tige
eft droite, la tête touffue , & dont les menues branches font anguleufes
ou tortillées. On fent qu’il faut en ôter les feuilles , de maniéré qu aucune
de leurs parcelles ne puiffent fe mêler avec la foie du cocon. On nettoie le
pied, à la hauteur de cinq ou fix pouces , de tous les chicots ou menus
brins qui pourraient bleffer le Ves en montant ; enfin,on les coupe tous
de mefure , en forte qu’ils aient quelques pouces de plus en hauteur, qu il
n’y a de diftance d’une table à l’autre. On compte ordinairement qu il faut
un quintal de rameaux fecs ôc dépouillés de leurs feuilles pour tamer dix
tables.
Si on manquoit abfolument de rameaux on pourroit y fuppléer par de la
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